Le club nucléaire

Le club nucléaire

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les chiens de la guerre – pages 453-456

 

En 1980, seuls 6 pays possédaient officiellement l’arme nucléaire (USA, URSS, France, Grande-Bretagne, Chine, Inde) et personne ne pouvait savoir quels seraient les nouveaux membres de ce club très fermé. On savait que de nombreux pays avaient les ressources scientifiques pour maîtriser la technologie du nucléaire, d’autant plus qu’une grande part de l’information était déjà tombée dans le domaine public. On pensait même qu’un petit groupe terroriste était tout à fait capable de déclencher une catastrophe nucléaire en bricolant une bombe artisanale. La multiplication des réacteurs nucléaires à travers le monde engendrait mécaniquement la dispersion des sites de productions de radionucléides susceptibles d’être intégrés dans une bombe rudimentaire.

Parmi les pays candidats à l’entrée au club nucléaire, on pouvait distinguer les anxieux avec des voisins puissants et hostiles (Pakistan, Israël, Corée du Nord, Corée du Sud…) et les parias, tenus à l’écart de la communauté mondiale (Afrique du Sud, Taïwan…). L’Afrique du Sud possédait l’une des plus grandes réserves d’uranium au monde et possédait la technologie nécessaire pour fabriques des bombes nucléaires. Israël restait sous la menace de nombreux pays arabes. La Libye, l’Égypte et l’Algérie possédaient des réacteurs nucléaires et le Pakistan était sur le point de fabriquer sa première bombe atomique. Israël possédait déjà l’arme atomique, si l’on en croit un rapport de la CIA au Président Lyndon Johnson en 1968. La CIA estimait en 1976 que ce pays possédait au moins 10 armes nucléaires. La même agence prédisait en 1974 que Taïwan aurait elle aussi sa bombe atomique avant la fin de la décennie.

La prolifération des armes nucléaires semblait s’accélérer, mettant en grand danger l’existence même de l’humanité, d’autant plus que le monde était devenu très belliqueux depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale (130 conflits).

 

Les candidats au club nucléaire en 1980

En 1980 on considérait que les pays suivants pouvaient être candidats au club nucléaire :

Les pays techniquement capables de faire exploser une bombe nucléaire moins de 3 ans après en avoir pris la décision : Allemagne de l’Ouest, Argentine, Canada, Espagne, Italie, Japon, Suède. Aucun ne possède d’arme nucléaire en 2017.

Les pays techniquement capables de faire exploser une bombe nucléaire 4 à 6 ans après en avoir pris la décision : Allemagne de l’Est, Belgique, Brésil, Corée du Sud, Irak, Norvège, Pakistan, Pays-Bas, Pologne, Suisse, Tchécoslovaquie. Seul le Pakistan possède aujourd’hui l’arme nucléaire.

Les pays techniquement capables de faire exploser une bombe nucléaire 7 à 10 ans après en avoir pris la décision : Autriche, Corée du Nord, Danemark, Égypte, Finlande, Iran, Mexique, Portugal, Roumanie, Turquie, Vietnam, Yougoslavie. Seule la Corée du Nord possède aujourd’hui l’arme nucléaire.

Le club nucléaire en 2017 

Seulement neuf pays font aujourd’hui partie du club nucléaire : Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord. A eux seuls, les Etats-Unis et la Russie possèderaient près de 93% du stock mondial de quelque 15 000 têtes nucléaires. 190 États membres de l’Organisation des Nations unies (ONU) ont ratifié le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires en vigueur depuis 1970 (lire l’article “Chiffons de papier ou accords de contrôle ?” ).

Selon le TNP, seuls les cinq pays ayant “fabriqué et fait exploser une arme nucléaire ” avant le 1er janvier 1967 auraient eu le droit de détenir la bombe. L’Inde, le Pakistan, et Israël sont donc bien passé outre et n’ont jamais reconnu le TNP. Le père de la bombe atomique du Pakistan, Abdul Qadir Khan, aurait vendu cette technologie à au moins cinq pays comptant parmi les plus instables : Irak, Iran, Syrie, Corée du Nord, Libye. Israël n’a jamais vraiment reconnu, ni démenti, le fait de posséder l’arme nucléaire, laissant peser une terrible menace sur la région, ceci sans être trop inquiétée par l’ONU. Certains pays ont abandonné leur programme nucléaire : l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Brésil, la Suède. La Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine, ex-satellites soviétiques, ont rendu à la Russie les armes nucléaires présentes sur leur sol , dès le démantèlement de l’URSS..

L’Iran, signataire du TNP, a renoncé en juillet 2015 à son programme d’enrichissement de l’uranium, dans le cadre d’un accord signé avec les membres permanents du Conseil de sécurité (+ l’Allemagne) et supervisé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le Joint Comprehensive Plan of Action (plan d’action conjoint). Aujourd’hui, Donald Trump accuse Téhéran de trahir l’esprit de cet accord en raison de son rôle déstabilisateur au Moyen-Orient. Moscou, Pékin, Paris, Londres et Berlin se sont opposés à cette prise de position unilatérale de Washington.

De son côté, la Corée du Nord n’en finit pas de narguer le monde en entier en réalisant des essais nucléaires. Selon certains experts américains, la bombe nucléaire testée le 3 septembre 2017 aurait dégagé une puissance de 250 kilotonnes, soit plus de 16 fois celle de la bombe atomique de Hiroshima (13-15 kilotonnes). Comme à chaque fois, ce sixième essai nucléaire a entraîné le vote au Conseil de sécurité d’une nouvelle résolution de sanctions contre la Corée du Nord ; comme à chaque fois, cette décision n’a aucunement affecter le régime autocratique de Kim Jong-un, bien au contraire.

 

Les accidents des armes nucléaires

Ce qui était peut-être le plus dangereux dans la prolifération des armes nucléaires était le risque d’accidents :

Plusieurs bombes nucléaires avaient été larguées accidentellement, sans heureusement exploser, dont 3 au cours de l’hiver 1958, en Géorgie et en Caroline du Sud.

En juin 1960 dans une base aérienne du New-Jersey, un incendie avait gravement endommagé un missile de défense anti-aérienne Bomarc-A muni d’une tête nucléaire.

En 1962, l’armée américaine avait dû détruire en vol deux bombes atomiques d’une mégatonne lancées à haute altitude par des ICMB Thor. Cette accident avait dans doute contaminé une partie du pacifique.

En janvier 1966, un B-52 américain était entré en collision avec un KC-135 de réapprovisionnement en carburant. Les 4 bombes à hydrogène que le B-52 transportait sont tombées dans la région de Palomarès (Espagne). L’une est retrouvée presque intacte dans le lit asséché d’une rivière, deux autres sont détruites au sol et dispersent environ 4,5 kg de plutonium sur 250 hectares de terres agricoles et la quatrième est retrouvée dans la mer à 869 mètres de profondeur. Bien entendu, les USA ont communiqué un minimum sur la charge des 4 bombes (entre 1,5 et 20 mégatonnes selon certains experts). Deux ans après, c’était au tour d’un autre B-52 de perdre quatre bombes nucléaires, cette fois dans la région de Thulé (Groenland). Trois ont été détruites, leur plutonium largement répandu, mais la quatrième a disparu sous la glace. Les États-Unis se sont engagés en 2015 à prélever quelque 50 000 m3 de terres contaminées du site de Palomarès et de les expédier sur le sol américain par voie maritime.

La liste des accidents sur des armes nucléaires est longue et c’est un miracle si aucun n’a officiellement provoqué de catastrophe. A chaque fois, une ou deux seulement des cinq sécurités destinées à bloquer le déclenchement du feu nucléaire auraient fonctionné. Des accidents de ce genre sont bien entendu inévitables et il y en eu sans doute bien plus que ce que nous en connaissons. C’est un miracle si aucun d’entre eux n’a provoqué de véritable catastrophe. Les militaires aiment jouer à un jeu de roulette russe dans lequel tout le monde serait perdant.

 

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