La protection de la nature crée des emplois

La protection de la nature crée des emplois

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Le travail, les loisirs – page 569-571

La préservation de l’environnement a été très tôt perçue comme étant incompatible avec le développement économique. Dans les années 70, les industriels affirmaient que la mise en conformité avec les lois environnementales allaient supprimer des emplois et faire baisser le niveau de vie des citoyens. Les écologistes étaient perçus comme des privilégiés incapables de comprendre, et donc de défendre, le monde ouvrier. C’était en particulier le cas dans les pays en voie de développement où la population ne comprenait pas pourquoi elle devrait renoncer à vivre, et donc à polluer, comme des occidentaux. Selon l’Almanach Cousteau, la préservation de l’environnement créait plus d’emplois qu’elle en supprimait, à condition de favoriser la reconversion des ouvriers.

L’application des normes antipollution aux Etats-Unis aurait coûté plus de 21000 emplois entre 1971 et 1979. Elle en a créé durant la même période plus de 700000, selon l’EPA (Environmental Protection Agency), dont 300000 emplois spécialisés dans le contrôle environnemental.

Le Sénat américain avait estimé que 1,5 milliard de dollars de subventions accordées pour améliorer les performances énergétiques des habitations devait permettre de créer près de 400000 emplois. La Sheet Metal and Air Conditioning Contractor’s Association avait calculé que l’installation d’équipements solaires dans 3 millions de logements allait permettre de générer près de 12,2 millions d’heures de travail par an pendant 10 ans.

La Federal Energy Administration avait estimé en 1977 qu’une loi sur la réutilisation des emballages permettrait de créer environ 118000 emplois aux Etats-Unis.

Une étude du California Policy Center avait démontré en 1978 qu’une utilisation optimale de l’énergie solaire en Californie permettrait de créer chaque année environ 376 815 emplois en Californie entre 1981 et 1990.

Une sous-commission du Congrès américain estimait que la conversion rapide du pays à l’énergie solaire associée à des mesures intensives de protection de la nature pouvait créer près de 2,9 millions d’emplois, en particulier des postes d’installateurs. L’augmentation du pouvoir d’achat libéré par cette mesure devait à son tour générer 1,8 million d’emplois supplémentaires.

En 1975, le Dr Bruce Hannon du Centre pour la Communication Avancée de l’Université de l’Illinois avait calculé qu’en dépensant 5 milliards de dollars par an pour les transports en commun, au lieu de les verser au National Highway Fund (275 milliards entre 1956 et 1975 pour l’entretien du réseau routier américain), pourrait générer une augmentation de 3,2% des emplois dans la construction des moyens de paiement.

En 1976, la Federal Energy Administration, étudiant la consommation de gaz naturel de 34372 foyers, avait estimé qu’environ 40 milliards de mètres cubes pourraient être économisés jusqu’en 1985, ce qui permettrait une économie de 1,7 à 2,3 milliards de dollars pour les consommateurs, ainsi que la création de près de 487000 emplois en 7 ans pour fabriquer les équipements plus économes en énergie.

Le Council on Environmental Quality avait calculé que le coût de la lutte contre la pollution de l’air et de l’eau ne contribuerait, entre 1979 et 1986, que pour 0,1 à 0,2% au taux d’inflation, mais diminuerait le taux de chômage de 0,2 à 0,4%.

Aux Etats-Unis, le secteur de l’équipement pour lutter contre la pollution de l’air et de l’eau avait réalisé un chiffre d’affaires de 1,8 milliards de dollars en 1977, soit une croissance deux fois plus importante que les autres secteurs.

La crise de l’énergie avait entrainé la création de nouvelles activités : General Electric avait investi 40 millions de dollars et créé 300 emplois pour la mise au point d’une ampoule basse consommation ; le chiffre d’affaires du contrôle de l’énergie devait passer de 450 à 850 millions de dollars entre 1979 et 1985 ; des entreprises de l’aérospatiale s’orientaient vers la fabrication d’éoliennes ou la production d’énergie à partir de la biomasse.

Selon l’Organisation Internationale du Travail, environ 1,2 milliard d’emplois dépendent aujourd’hui directement de “la gestion efficace et de la durabilité d’un environnement sain, en particulier les emplois dans l’agriculture, la pêche et la sylviculture qui reposent sur des processus naturels tels que la purification de l’air et de l’eau, le renouvellement et la fertilisation des sols, la pollinisation, la lutte contre les parasites, la modération des températures extrêmes et la protection contre les tempêtes, les inondations et les vents violents”.

Selon l’OIT, 24 millions d’emplois pourront être créés dans le monde grâce à l’économie verte d’ici 2030… à condition que les engagements de l’Accord de Paris (COP21) soient tenus, ce qui n’est pas gagné. Selon une étude de l’OIT parue en 2018, seuls 14 secteurs économiques sur les 163 analysés vont subir des suppressions d’emplois importantes (supérieures à 10 000 postes), dont ceux de l’extraction pétrolière, du raffinage (environ un million d’emplois supprimés) et des énergies fossiles (400 000). L’énergie renouvelable permettra par contre de créer 2,5 millions d’emplois et l’économie circulaire (recyclage, réparation, location) 6 millions.

Les emplois verts sont définis comme des emplois décents qui contribuent à la préservation et la restauration de l’environnement. Ils concernent aussi bien les secteurs traditionnels (industrie manufacturière, agriculture) que de nouveaux secteurs émergents comme les énergies renouvelables.

 

 

 

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