La foule dans la nature sauvage

La foule dans la nature sauvage

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Le travail, les loisirs – pages 583-585

Yosemite

A la fin des années 70, les sites naturels étaient littéralement envahis par les touristes. Il avait fallu limiter la fréquentation du Colorado dans le Grand Canyon. Il a aussi fallu instaurer des couloirs d’ascension au Mont-Blanc, tant les alpinistes étaient nombreux…

Les touristes venus chercher un coin de nature préservée, faisaient étrangement tout pour la dégrader, par ignorance ou pur vandalisme, abandonnant leurs déchets n’importe où, marchant en dehors des chemins balisés, allumant des feux au risque de générer des incendies… Il fallait restreindre le nombre de visiteurs, de plus en plus nombreux, et interdire certaines activités (comme l’utilisation de véhicules motorisés). Il fallait aussi protéger les sites les plus fragiles, aménager des pistes balisées, construire des abris, des toilettes et autres structures pour limiter les dégâts. Le parc national Yosemite, reconnu patrimoine de l’humanité par l’UNESCO en 1984, possédait même deux usines de traitement des eaux usées. Bien entendu, la nature aménagée perd de son authenticité, mais c’était un compromis alors jugé acceptable… Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui et il faut envisager de nouvelles mesures de préservation de la biodiversité. La pression croissante de la fréquentation touristique pose à nouveau des problèmes environnementaux dans les parcs naturels victimes de leur succès.

La préservation de la biodiversité dans les parcs naturels est d’autant mieux acceptée qu’elle ne constitue  pas un obstacle au développement économique des territoires. C’est plus difficile à réaliser en France métropolitaine dont les paysages ont été progressivement modelés par une forte présence humaine, contrairement à des immenses pays tels que les Etats-Unis, l’Australie ou la Russie. Dans les années 70, la stratégie était de cloisonner, en créant d’un côté des sites touristiques et de l’autre des réserves naturelles. Aujourd’hui, les parcs nationaux ou régionaux permettent de préserver à la fois les activités traditionnelles (agriculture, tourisme, artisanat) et la biodiversité. Certaines actions de protection de la nature peuvent avoir des bénéfices économiques indiscutables. Par exemple, la réintroduction du bouquetin ibérique a permis de renforcer l’attractivité du Parc national des Pyrénées.

L’écrivain écologiste Edward Abbey, auteur du  mythique roman  “Le Gang de la clé à molette”, avait proposé de sanctuariser certaines réserves naturelles et d’en interdire l’accès aux visiteurs. Seuls quelques scientifiques seraient autorisés à y pénétrer. Aujourd’hui, de nombreux Etats ont créé des sanctuaires pour préserver la biodiversité de certains spots remarquables. On peut citer le Parc National et Réserve Marine des Galápagos, lieu de naissance de la théorie darwinienne (crabes rouges, iguanes, tortues requins à cornes, otaries à fourrure…). Il y a aussi la réserve marine de 1,6 million de km2 de Pacific Remote Islands Marine National Monument dans le Pacifique (tortues de mer, requins de récifs, dauphins d’Electre, coraux cinq fois millénaires…). La Commission pour la Conservation de la Faune et la Flore Marines de l’Antarctique (CCAMLR) se réunira en octobre 2018 pour statuer sur la création de la plus vaste réserve marine dans la mer de Weddell (Antarctique), sur une surface de 1,8 million de km2, pour préserver manchots, baleines, phoques, krill (petites crevettes à la base de la chaîne alimentaire –  lire l’article “Le krill“).

 

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