La flore n’est pas épargnée

La flore non plus n’est pas épargnée

Washington, séquoia d'environ 2850 ans

Washington, séquoia – 2850 ans

En 1981, l’Almanach Cousteau de l’Environnement s’inquiétait aussi du sort de quelques 25 000 espèces de plantes menacées de disparition, dont 250 espèces dramatiquement en péril selon l’UICN (Union Internationale pour le Conservation de la Nature). Ces plantes étaient menacées à cause du surpâturage, des pesticides, des incendies, de la déforestation, de la cueillette sauvage… mais surtout à cause de l’urbanisation croissante qui détruisait des écosystèmes entiers.

Selon le rapport de mai 2016 du Centre de Recherche des Jardins Botaniques Royaux de Kew (Londres) sur “l’état du monde des plantes” (“State of the World’s Plants“), un cinquième (21%) des espèces végétales sont menacées d’extinction. Près d’un dixième des 391.000 espèces de plantes “vasculaires” recensées dans le monde servent à nourrir, soigner ou divertir l’homme. 17 810 plantes ont un usage médical identifié. Et la liste n’est pas exhaustive puisqu’on découvre chaque année environ 2 000 nouvelles espèces, principalement au Brésil, en Australie et en Chine. Alerter l’opinion publique sur l’intérêt de préserver une petite fleur de montagne est beaucoup moins aisé que dans le cas de la baleine ou du grand panda. Selon les auteurs du rapport, la flore mondiale est d’abord menacée par l’agriculture à cause d’un défrichage excessif et des pesticides, mais aussi par l’urbanisation et l’extraction minière. Le réchauffement climatique ne jouerait pour l’instant qu’un rôle marginal.

Même les géants peuvent disparaitre

Les espèces animales ne sont pas les seules à pouvoir être en danger. Prenons l’exemple du séquoia géant, une espèce de conifère emblématique de l’Ouest des Etats-Unis apparue voilà près de 160 millions d’années. Jusqu’aux années 1850, ces arbres monumentaux couvraient près de 800 000 hectares. La plupart n’ont pas survécu  à  la ruée vers l’or, marquée par une déforestation frénétique pour construire les villes de Californie. En 1925, un tiers des séquoias avaient disparu, dont certains avaient pourtant survécus plusieurs siècles avant de faire la rencontre de l’homme blanc. Le 30 juin 1864, en pleine guerre de Sécession, le président Abraham Lincoln signait le premier acte de l’histoire garantissant la sauvegarde d’un patrimoine naturel, le Yosemite Grant Act, qui classait définitivement la vallée du Yosémite et ses grands séquoias. Aujourd’hui, le parc de Yosemite n’abrite que trois bosquets de séquoias géants (Mariposa, Tuolumne, Merced) protégés par l’État américain depuis plus de 150 ans. Les forêts de séquoia ne couvrent plus qu’une superficie d’environ 14 400 hectares, sur une zone étroite d’environ 300 km de long sur le flanc ouest de la Sierra Nevada en Californie. La plupart de ces forêts se trouvent dans le Parc National de Sequoia (créé en 1968), le Parc National de Kings Canyon (1890) et le Giant Sequoia National Monument (2000). La réserve de biosphère de Sequoia et Kings Canyon a été reconnue en 1976 par l’UNESCO et les séquoias y sont protégés comme de véritables monuments historiques et reçoivent chaque année la visite de milliers de visiteurs venant admirer des géants illustres comme le “General Sherman”, le plus gros arbre du monde, “Washington”, “General Grant”, “President” ou “Lincoln”.

L’une des images les plus connues de séquoia géant est celle où l’on voit un tunnel creusé dans un tronc, assez large pour être traversé en automobile. L’arbre-tunnel de Wawona a été creusé en 1881… cette intervention fut la cause de son décès en 1969, à l’âge de 2100 ans. Heureusement, la leçon fut retenue et il fut décidé de ne plus creuser de tunnel dans un arbre. Le plus incompréhensible dans cette histoire c’est que quelqu’un puisse avoir eu l’idée saugrenue de creuser un tunnel dans un arbre, au lieu de simplement le contourner, en pensant qu’il survivrait.

Il arrive parfois que certaines actions réalisées dans l’objectif de préserver la nature aient pour conséquence un effet contraire. Ainsi, la politique de lutte contre les incendies suivie durant la première moitié du XXème siècle a dégradé les forêts de séquoias. Il faut savoir que ces arbres exigent des conditions très particulières pour se reproduire, ce qui explique que les populations restent cantonnées à leur niche écologique. En effet, leurs cônes ne s’ouvrent que lors de grosses chaleurs provoquées par les incendies qui leur offrent aussi un avantage compétitif en éliminant les espèces concurrentes. Depuis une quarantaine d’années, des feux sont allumés volontairement dans les parcs pour favoriser la régénération des sous-bois et favoriser le développement des forêts de séquoias. Nous ne comprenons pas toujours l’extrême complexité de l’équilibre fragile des écosystèmes; pourtant nous n’hésitons jamais à perturber cet équilibre.

Faire-part de décès : Les espèces animales éteintes

L’hécatombe

 

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