La destruction inexorable des écosystèmes

La destruction inexorable des écosystèmes

En 1980, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles (UICN) et le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) ont élaboré une « Stratégie Mondiale de la Conservation », avec l’aide de nombreux organismes gouvernementaux et de protection de la nature dans une centaine de pays. Parmi les résolutions prioritaires il y avait la réservation des meilleures terres de culture à la production de denrées alimentaires, la protection des sols, la préservation des marais et la création d’un réseau mondial de zones naturelles protégées. « C’est un type de développement qui prévoit des améliorations réelles de la qualité de la vie des hommes et en même temps conserve la vitalité et la diversité de la Terre. Le but est un développement qui soit durable. À ce jour, cette notion paraît utopique, et pourtant elle est réalisable. De plus en plus nombreux sont ceux qui sont convaincus que c’est notre seule option rationnelle. »

Aujourd’hui, nous pouvons constater que cette stratégie était réellement utopique…

Il faut sauver l’Amazonie !

La forêt vierge humide amazonienne, la plus grande forêt tropicale du Monde, abrite des milliers d’espèces animales et végétales et est considérée comme le deuxième producteur d’oxygène de la planète, après le plancton des océans. A la fin des années 70, l’Amazonie, la plus grande forêt du Monde (6,7 millions de km²), devait faire face à la déforestation massive liée à la surexploitation des terres. Un rapport de 1980 de l’Académie des Sciences américaine estimait que chaque année disparaissaient 200 000 kilomètres carrés de forêt tropicale. A ce rythme, l’ensemble des forêts tropicales humides devait être rasées à l’horizon 2030, entrainant dans leur perte la disparition de quelques 3 millions d’espèces animales et végétales… Or le rythme avait plutôt tendance à s’accélérer (on estime que plus de 37 millions d’hectares de forêts ont été détruits entre 1990 et 2012). Après un ralentissement sur la dernière décennie, le rythme s’est de nouveau accru. Selon un rapport de l’ONG WWF paru en juin 2016 (Living Amazon Report 2016), la dégradation de l’état de la forêt amazonienne s’est accélérée depuis ces dernières années, poussée par la recherche de profits et les pressions économiques. Ainsi, pas moins de 5 831 km² de forêt ont disparu entre 2014 et 2015. Ce désastre écologique est d’autant plus difficile à endiguer que 60 % de la déforestation se déroule sur des terrains privés ou occupés illégalement. L’arrivée au pouvoir du Brésilien Bolsonaro n’a fait qu’aggraver la situation. Selon une étude parue dans la revue Science selon laquelle 42% de la forêt amazonienne pourrait avoir quasiment disparu d’ici 2020, ce qui correspondrait à un point de non-retour en dessous duquel les équilibres hydrologiques ne pourront subsister et la forêt finirait par se dessécher avant de disparaître.

Pourtant, l’Amazonie était à la fois une formidable usine à capter le gaz carbonique et le plus vaste réservoir de biodiversité du Monde. On estimait qu’elle abritait plus de 40 000 espèces végétales, dont la plupart non encore répertoriées (pour 300 000 espèces répertoriées dans le Monde). La diversité des arbres y étaient dix fois plus importante que dans les forêts des zones tempérées (100 à 200 espèces par hectare contre à peine 10). Cette formidable biodiversité constituait une source encore mal connue de biomolécules potentiellement bénéfiques pour notre santé et notre bien-être. La déforestation forcenée eut pour conséquence directe l’érosion rapide d’un sol déjà particulièrement pauvre en substances nutritives. Il faut savoir que lorsqu’un hectare de forêt dense perd 1 à 2 kg de terre par an à cause de l’érosion, la même surface dénudée en zone tropicale en perd plus de 30 tonnes ! Des études avaient montré que seul 1% du sol tropical était assez fertile pour supporter une agriculture intensive sans recours massif aux engrais. Les conséquences de la destruction de la forêt allaient bien au-delà d’un simple déséquilibre des écosystèmes locaux. Des populations d’insectes se sont mis à proliférer aux Etats-Unis parce les oiseaux qui étaient leurs prédateurs naturels avaient perdu leur zone de repos hivernal. Plus grave encore, des scientifiques imaginaient à la fin des années 70 que la destruction de la forêt amazonienne, le poumon de la planète, l’un des plus importants piégeurs de gaz carbonique (10% de la réserve mondiale de carbone), pourrait modifier le climat mondial. La déforestation contribuerait à hauteur de 15 % des émissions de gaz à effet de serre ; c’est plus que le secteur du transport tout entier. Même les vents et les pluies pourraient être perturbés, puisque la moitié des pluies du bassin de l’Amazone sont dues à l’évaporation issue de la forêt elle-même. La régression de la forêt amazonienne était l’un des bouleversements anthropiques les plus désastreux jamais connus.

Pendant des milliers d’années des tribus amérindiennes ont cultivé la terre d’Amazonie, brûlant de petites parcelles de forêt afin que la cendre, riche en minéraux, fertilise le sol pour l’agriculture, laissant la forêt reprendre ses droits lorsque les rendements diminuaient. Ces droits, la forêt les a perdus rapidement après la Seconde Guerre Mondiale car elle était devenue un obstacle à la croissance économique du Brésil. Au cours des années 70, l’Amazonie était devenue le lieu d’affrontement entre promoteurs et écologistes. En 1977, les sept pays qui se partagent l’Amazonie se sont engagés à coopérer pour la préservation de l’environnement, mais deux ans plus tard, le Brésil annonçait un projet d’exploitation de 50 millions d’hectares destinés au bois de construction. Cette décision répondait à une logique économique court-termiste. Le Brésil avait besoin de devises et les multinationales les lui offraient, en échange de la dévastation de son capital naturel… Après la crise pétrolière de 1973, sa balance commerciale était très déficitaire à cause de l’explosion des cours de pétrole et le taux d’inflation avoisinait les 80%. Le gouvernement eut la curieuse idée de baser son économie sur l’exploitation à grande échelle de sa forêt tropicale et distribua des avantages fiscaux aux entreprises désirant investir dans cette ressource. C’était un pari dangereux qui mettait en danger des écosystèmes extrêmement fragiles que les amérindiens avaient su préserver durant des milliers d’années. De grands plans de développement accéléré du territoire furent mis en place pour inciter les industries agroalimentaires et les grands éleveurs de bétail à s’installer en Amazonie. Ceux-ci purent acquérir à des coûts incroyablement bas d’immenses espaces forestiers qu’ils défrichèrent (le plus souvent par le feu) avant d’y implanter prairies et cultures intensives. Des puits de pétrole (Bolivie, Pérou), des mines de charbon (Colombie), de fer et de bauxite (Guyane, Venezuela, Brésil), des usines de production de papier commencèrent à s’implanter au cœur de la jungle. Ces activités nécessitaient un réseau routier à la taille de l’immensité de la région. La Transamazonienne, véritable cicatrice au milieu de la forêt qui devait s’étendre sur 4 223 km entre le Pérou et l’Atlantique, est devenue le symbole du désastre écologique et économique. A part quelques sections, elle est aujourd’hui très peu utilisée, voire pas du tout, car impraticable une bonne moitié de l’année, lors de la saison des pluies. Aujourd’hui, les principales causes de déforestation de l’Amazonie sont l’élevage extensif, la culture industrielle du soja et de la canne à sucre (y compris pour la production d’agrocarburant), l’exploitation forestière, l’extraction minière et la construction de barrages hydroélectriques.

Avec l’Amazone et ses affluents, le potentiel hydroélectrique du Brésil est immense et les projets de barrages s’additionnent. Près de 250 barrages seraient en projet en Amazonie brésilienne. D’un point de vue économique, cette stratégie énergétique du Brésil s’inscrit à priori dans une logique de développement durable. En 2015, 64 % de l’électricité produite dans le pays provenait de cette source gratuite et renouvelable. Pourtant, associations écologistes et tribus indiennes s’opposent fortement à certains projets de barrages mettant particulièrement en péril les populations indigènes et la biodiversité. Parfois, ils obtiennent gain de cause. L’autorité environnementale brésilienne vient d’abandonner (juin 2016) la construction d’un méga-barrage sur le fleuve Tapajos qui aurait submergé 729 km² de territoire (soit sept fois la superficie de Paris) et forcé les communautés locales Munduruku à quitter leurs lieux de vie (voir article de Reporterre.net). Mais la plupart du temps, c’est la décision politique de construction d’un barrage qui l’emporte. L’exemple le plus médiatique est celui du barrage de Belo Monte, troisième plus grand barrage hydraulique du monde, inauguré en mai 2016 malgré trente ans de luttes indigènes, menées notamment par le chef Raoni, avec le soutien de stars internationales (Sting, James Cameron, Arnold Schwarzenegger….).

Le gouvernement brésilien ne semble pas encore avoir pris la mesure de la catastrophe et continue de considérer la forêt amazonienne comme une ressource économique nationale, et non comme un patrimoine naturel mondial. Le reste du Monde ne fait pas non plus grand chose pour préserver la grande forêt, bien au contraire : Il faut bien nourrir le bétail et les voitures. C’est ce qu’on appelle « principe de réalité’.

Le parc du Corcovado au Costa Rica

Déjà dans les années 70, le Costa Rica, ce petit pays d’Amérique Centrale d’à peine 50 700 kilomètres carrés, était considéré comme une source d’inspiration pour son action en vue de la préservation de la faune et de la flore, considérés comme un véritable trésor national. On recensait alors dans ce véritable paradis, plus de 150 espèces de serpents et de batraciens, des milliers d’espèces d’oiseaux, d’orchidées, d’arbres… Le Costa Rica c’est aussi des forêts (3/4 du pays), des îles, un récif de coraux multicolores, des volcans, des mangroves. Le gouvernement y avait créé le plus important réseau de parcs naturels du Monde couvrant 3,5% de la superficie du pays. Corcovado est le parc le plus important, avec 36 000 hectares de forêt tropicale humide sur la côte pacifique. C’est un lieu non pas destiné à accueillir un tourisme de masse, mais des scientifiques naturalistes venus y étudier la faune et la flore exceptionnels (singes araignées, ocelot, jaguar…).

Aujourd’hui, le Costa Rica, avec ses 13 043 kilomètres carrés d’espaces protégés, soit près de 26 % du territoire (123 réserves privées et 28 parcs nationaux), a consolidé sa place de leader mondial en matière de préservation de la biodiversité. L’écotourisme est devenu le premier poste économique du pays, devant l’agriculture. Le Costa Rica est en passe de produire 100% de son électricité à partir d’énergies renouvelables, principalement hydraulique, mais aussi géothermie, biomasse, éolien et solaire. Ce tableau si idyllique ne serait pas complet si nous n’évoquions l’autre face du Costa Rica. C’est un leader mondial pour l’exportation de fruits exotiques, principalement l’ananas, dont la production intensive nécessite l’utilisation d’énormes quantités de pesticides. Le Costa Rica est même devenu le pays qui utilise le plus de pesticides par hectare de terre cultivée (plus de 50 kg). La fin du paradis ?

Méditerranée, Mare nostrum

La région méditerranéenne a été depuis des millénaires le cadre de grands bouleversements écologiques : disparition des forêts de cèdres du Liban et des forêts de chênes et de pins de Grèce et de Crète; désertification des terres d’Afrique du Nord autrefois si fertiles. Plus proche de nous, la bétonisation des côtes et l’accumulation des déchets chimiques industriels et agricoles a mis en péril les écosystèmes marins. A la fin des années 70, la Méditerranée était polluée par des milliers de tonnes de produits chimiques, industriels, agricoles et domestiques, sans compter les eaux des égouts de quelques 120 grandes villes côtières. Les zones côtières étaient les plus touchées et des maladies endémiques telles que l’hépatite virale, la dysenterie, la typhoïde ou le choléra sévissaient au Sud de la Méditerranée. La population de poissons diminuait de façon alarmante, les lagunes et les estuaires étaient infestés d’algues, les herbiers de zostères et de posidonies rétrécissaient à cause de la bétonisation du littoral… La Méditerranée se transformait en poubelle géante. Face à cette dégradation de leur patrimoine commun, tous les pays du littoral se sont réunis en 1975 à Barcelone pour élaborer un Plan de Protection de la Méditerranée, avec l’aide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Le « Plan d’Action pour la Méditerranée » prévoyait de mettre en place les outils nécessaires pour l’étude de la pollution et de poser les bases d’un développement durable (« Plan Bleu« ). En 1978, trois traités ont été ratifiés et mis en application. Le premier visait à limiter, voire à interdire le rejet dans la mer de toute substance nocive pour l’homme ou les écosystèmes marins. Le deuxième établissait un protocole d’entraide des pays signataires pour la gestion des accidents graves de type marée noire ou naufrage de navires chargés de déchets toxiques. Enfin, le troisième concernait la pollution venue des terres, en particulier celle charriée par l’Elbe, le Rhône, le Tibre, le Pô, l’Adige, le Nil et leurs affluents. Le coût d’application de ces protocoles qui devaient sauver la Méditerranée était estimé à plus de 50 milliards de francs sur une période de 10 à 20 ans (environ 29 milliards d’euros, en tenant compte d l’inflation).

Force est de constater qu’aujourd’hui, malgré toutes ces bonnes résolutions et celles qui ont suivi, la Méditerranée n’a jamais été autant en péril. C’est dans cette mer que les concentrations de plastiques sont les plus élevées au monde, avec 250 milliards de micro-plastiques qui flottent au gré des courants. Bien que ne représentant que 0,3% du volume des eaux océaniques, elle abrite 7 à 8% des espèces marines connues. La démographie de cette région a explosée au cours des dernières décennies, notamment avec un déploiement urbain souvent incontrôlé et le développement de mégapoles comme Le Caire, Barcelone, Marseille, Rome, Athènes, Gênes, Naples ou Alexandrie. La démographie des pays méditerranéens est passée de 240 millions en 1960 à 480 millions en 2010. Cette démographie pèse lourdement sur les équilibres naturels avec un flux touristique démesuré (31% du tourisme mondial pour 7% des terres émergées), une agriculture productiviste basée sur l’utilisation massive de pesticides, une surpêche industrielle mettant en danger la survie de certaines espèces (thon rouge) et favorisant la prolifération des méduses, un trafic maritime très dense et en forte progression, des industries déversant en amont des déchets pour certains très toxiques, sans oublier l’exploitation pétrolière offshore… La pêche, déjà fortement impactée par l’activité humaine (90 % des stocks de poissons sont surexploités) devrait encore régresser (Données du projet Medtrends de WWF). Pour assombrir encore un peu le tableau, rappelons que l’accroissement démographique dans les zones Sud et Est de la Méditerranée va se poursuivre et que le réchauffement climatique va sans doute bouleverser encore d’avantage les équilibres naturels (diminution de la pluviométrie et des apports en eaux douces encore plus concentrées en polluants, hausse de la salinité, modification des courants marins, acidification des eaux menaçant la calcification de nombreuse espèces (mollusques, crustacés, coraux…).

L’UE s’était fixé pour objectif un retour au « bon état écologique » des eaux marines européennes au plus tard en 2020. Nous en sommes loin… Selon un rapport de Greenpeace en 2017, le bassin méditerranéen concentrerait entre 21% et 54% des particules de micro-plastiques dans le monde.

Il faut sauver l’Antarctique

L’Antarctique, ce continent plus grand que l’Europe (13 millions de km2), particulièrement inhospitalier pour l’homme, est recouvert à 95% d’une calotte de glace représentant près de 90% de toute la glace de la planète. Si elle devait fondre entièrement, le niveau des mers pourrait s’élever de près de 60 mètres ! Cette hypothèse risque de devenir réalité si on en croit une étude internationale parue dans Nature Geoscience qui révèle que la fonte des glaces en Antarctique est dix fois plus rapide pendant les périodes estivales contemporaines qu’il y a 600 ans. Cette fonte se serait accélérée il y a une cinquantaine d’années, menaçant un écosystème à la fois particulièrement vulnérable et d’une importance capitale. L’Antarctique joue aussi un rôle fondamental dans les équilibres climatique, en particulier par l’effet albédo (pouvoir réfléchissant) qui a tendance à augmenter la température. Les courants océaniques profonds qui partent de l’Antarctique remontent en surface au niveau des Tropiques leurs eaux froides riches en éléments nutritifs. On comprend pourquoi la disparition des glaces Australes aurait des conséquences désastreuses sur l’environnement.

Depuis des décennies la richesse du sous-sol austral intéresse beaucoup de monde. Des gisements d’uranium, manganèse, molybdène, fer, titane, cuivre, or, argent, nickel, chrome, cobalt, zinc, plomb ont déjà été découverts. Les réserves potentielles en charbon sont estimées à 500 milliards de tonnes, celles de pétrole et de gaz à 200 milliards de barils équivalent pétrole. L’exploitation de ces ressources naturelles pourrait s’avérer délicate, étant données les conditions effroyables qui y règnent (vents de plus de 300 km/h, températures pouvant descendre à -80°C, icebergs monstrueux de plusieurs km2)… une marée noire dans cette région serait particulièrement catastrophique.

En 1961 le Traité sur l’Antarctique décida des modalités de partage entre 12 nations signataires pour l’exploration scientifique commune du continent austral (Afrique du Sud, Argentine, Australie, Belgique, Chili, Etats-Unis, France, Japon, Nouvelle-Zélande, Norvège, Royaume-Unis, Union Soviétique). Cependant, rien dans ce traité ne répondait à la question de savoir qui exploiterait les ressources naturelles du 6ème continent et qui en serait propriétaire. En 1981, les Etats-Unis, partisans du libéralisme le plus dur, demandaient que l’on permette aux grandes compagnies privées d’exploiter librement les richesses disponibles. A l’opposé, les défenseurs de l’environnement, telle que l’Australie, optaient pour la création d’une réserve écologique mondiale placée sous le contrôle des Nations Unies. Le traité sur l’Antarctique a ensuite été complété par différentes conventions, comme celle de 1972 qui vise la protection des phoques et celle de 1980 qui organise la protection de la faune et de la flore marine. Le Protocole de Madrid, relatif à la protection de l’environnement en Antarctique, signé le 4 octobre 1991, est entré en vigueur le 14 janvier 1998. Ce texte important (48 pays signataires) déclare l’Antarctique « terre de sciences, réserve naturelle, élément du Patrimoine de l’Humanité, interdite à toute activité minéralogique », ceci pour une durée de 50 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2048. Le Protocole de Madrid porte sur l’évaluation d’impact sur l’environnement, la conservation de la faune et de la flore, la gestion des déchets, la prévention de la pollution marine, la gestion de zones protégées la responsabilité découlant de situations critiques pour l’environnement.

Si l’Antarctique est encore préservé pour une trentaine d’années de l’avidité des compagnies pétrolières et minières, le danger peut venir d’une autre forme d’économie : le tourisme de masse. Le nombre de touristes en Antarctique est estimé à 40 000 par an, soit 8 fois plus qu’en 1990 (selon l’Association internationale des tour-opérateurs antarctiques). Or, l’écosystème de l’Antarctique est particulièrement vulnérable à l’invasion d’espèces étrangères (microorganismes, plantes, insectes, animaux) qui peuvent être apportées par l’activité humaine. La réglementation de l’activité touristique a été oubliée dans le Traité sur l’Antarctique. Deux textes contraignants ont bien été votés par le comité consultatif, mais non encore ratifiés par la majorité des pays signataires. Le premier impose aux opérateurs touristiques de couvrir les frais des opérations de sauvetage (2004) et le second interdit aux bateaux transportant plus de 500 passagers de les débarquer (2009). Le code polaire, recueil de règles obligatoires pour les navires exploités dans les eaux polaires, a été finalement adopté par l’Organisation Maritime Internationale en novembre 2014. Il s’agit du premier texte régulant tous les aspects de la navigation dans les latitudes extrêmes de l’Arctique et de l’Antarctique.

Mauvaise nouvelle : Il semble que la Chine et la Russie se préparent déjà à être opérationnels dans la zone Antarctique dès l’expiration en 2048 du moratoire sur l’exploitation commerciale des ressources naturelles de l’Antarctique. En cas de pénurie grave avant cette échéance, il n’est pas sûr que les défenseurs de l’environnement puissent trouver les arguments efficaces pour préserver ce patrimoine mondial.

Au Nord, l’Alaska est aussi la cible des convoitises

Depuis des décennies, l’Alaska est au centre d’une lutte acharnée entre ceux qui veulent exploiter les ressources naturelles prometteuses de son sous-sol et ceux qui veulent protéger son formidable patrimoine naturel. En 1867, la Russie accepta de céder l’Alaska aux États-Unis pour seulement 7,2 millions de dollars parce qu’elle pensait ne plus pouvoir tirer de richesses naturelles de ce qui était alors considéré comme un immense désert de glace. Les loutres de mer, massacrées pour leur précieuse fourrure, avaient déjà pratiquement disparu des côtes. Dans les années 1880-1890, la ruée vers l’or du Klondike permit de considérer différemment le potentiel économique de l‘Alaska. A la fin des années 1970, le débat faisait rage entre ceux qui souhaitaient exploiter les réserves de pétrole, de gaz et de charbon de l’Alaska et ceux qui privilégiaient la préservation de l’environnement. L’Alaska était l’une des dernières régions d’Amérique du Nord ayant conservé intact sa faune sauvage : ours brun géant, loups, élans, caribous, aigle chauve, saumons du Pacifique….Pourtant l’Alaska était confrontée à la fin des années 70 à une multitude de projets de développement économique. Depuis 1977, l’Alaska étaient traversé du Nord au Sud par l’oléoduc géant Trans-Alaska (1264 km) transportant le pétrole extrait sur le site de Prudhoe Bay sur les côtes arctiques (le plus gros gisement des États-Unis) jusqu’au port de Valdez (le terminal a donné son nom à l’Exxon Valdez, pétrolier dont le naufrage provoqua une marée noire en 1989).

L’Alaska est devenu un laboratoire d’étude des effets du réchauffement climatique. Témoins du réchauffement climatiques, les glaciers n’ont cessé de reculer dans des proportions alarmantes. Les glaciers du parc de Glacier Bay ont reculé d’environ 105 km depuis la découverte de la baie en 1794 par George Vancouver. Le dégel du permafrost qui emprisonne des milliards de tonnes de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane) est considéré par de nombreux scientifiques comme une véritable bombe à retardement qui pourrait provoquer une accélération exponentielle du réchauffement climatique. Selon une étude du Government Accountability Office (Cour des Comptes), 31 communes d’Alaska sont menacées à tel point qu’une douzaine d’entre elles étudient la possibilité d’un déménagement.

Les réserves colossales du sous-sol de la zone Arctique, estimées en 2008 par l’Institut Américain de Géologie à 13% des réserves mondiales de pétrole (90 milliards de barils) et à 30% de celles de gaz (47 milliards de mètres cubes), attirent depuis des décennies la convoitise des compagnies pétrolières. Le gouvernement américain a donné en août 2015 son accord à la compagnie pétrolière Royal Dutch Shell pour forer dans les eaux jusqu’alors intactes de la mer des Tchouktches, au nord de l’Alaska. Cette décision est représentative de l’incohérence de la politique environnementale des Etats-Unis, décidés à privilégier une certaine indépendance énergétique et à ne renoncer ni à la liberté d’entreprendre, ni à leur mode de vie consumériste. Fort heureusement, le géant pétrolier a annoncé en septembre de la même année sa décision de cesser toute nouvelle exploration au large de l’Alaska dans l’avenir immédiat, après une exploration jugée non rentable compte-tenu des cours pétroliers relativement bas (~50$ le baril de brut) et de l’accroissement des coûts d’exploitation dû aux conditions climatiques particulièrement difficiles. En juin 2016, Shell, qui avait tout de même dépensé plus de 5 milliards de dollars pour ses projets en Arctique, a cédé à l’ONG Conservation de la nature Canada (CNC) ses droits sur une zone couvrant 8 625 km2 de l’océan Arctique. Cette zone sera dédiée au projet d’établissement d’une aire marine nationale de conservation au large des côtes du Nunavatut qui s’étendra sur 44 500 km2 dans le détroit de Lancaster qui relie l’Atlantique nord à l’océan Arctique. Cette zone située au large d’un vaste territoire autonome inuit est fréquentée par de nombreux mammifères marins tels que le phoque, le narval, le béluga, la baleine boréale, le morse, l’ours polaire et d’importantes colonies d’oiseaux polaires.

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