Chers vacanciers, respectez la mer

Chers vacanciers, respectez la mer

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Le travail, les loisirs – pages 580-582

La Grande Motte

En France, à la fin des années 70, la moitié des vacanciers d’été allaient à la mer. La Mer Méditerranée était dèjà bien polluée, notamment à cause de l’agriculture, de l’industrie et du tourisme. Certains fonds marins qui abritaient des écosystèmes luxuriants juste après la Seconde guerre Mondiale étaient devenus de véritables déserts. La destruction mécanique des côtes pour la construction de zones d’habitation au plus près de la mer et de ports de plaisance de plus en plus grands avait détruit une grande partie des herbiers littoraux où de nombreuses espèces venaient se reproduire. Plus de la moitié du littoral maritime français était urbanisé (2800 km sur 5500). Ce taux dépassait même les 90% dans les Pyrénées-Atlantiques et les Alpes-Maritimes. Il serait difficile de reprocher au citoyen ordinaire de profiter de paysages réservés à une élite fortunée au début du XX° siècle.

Pour tenter de préserver les écosystèmes de ses bandes côtières, la France a créé en 1975 le Conservatoire du Littoral. L’Almanach Cousteau de l’Environnement préconisait aussi l’étalement des vacances d’été et l’interdiction de construire à moins de 500 m du rivage.

Aujourd’hui le Conservatoire du Littoral gère, avec ses partenaires, plus de 200 000 hectares et continue d’en acquérir en moyenne 3000 nouveaux chaque année. Ces espaces permettent non seulement de préserver les habitats naturels, les paysages et la biodiversité, mais aussi de maintenir des activités d’usages comme l’agriculture, l’élevage ou la pêche. Ils attirent près de 40 millions de touristes par an.

L’étalement des vacances estivales est discuté en France depuis les années 60 (INA). Un zonage comme pour les vacances de printemps permettrait peut-être d’améliorer la situation, mais il faudrait pour cela réduire la durée des vacances scolaires estivales, décision qu’aucun Gouvernement ne semble prêt à prendre, de peur de devoir faire face à une forte opposition du monde de l’éducation.

La loi Littoral de 1986 a permis de freiner les grands projets immobiliers et portuaires qui défiguraient les côtes françaises. Elle a fixé comme principes fondamentaux préalables à toute construction littorale, la sauvegarde des espaces naturels, le refus du mitage du territoire et l’utilisation économe de l’espace. La loi interdit toute construction et installation nouvelle à moins de 100 mètres du rivage et toute construction de nouvelle route à moins de 2 km.

L’urbanisation du littoral est un problème rencontré dans sur toutes les côtes du monde. En Espagne, deuxième destination touristique mondiale après la France, la surface de littoral urbanisée a plus que doublé en 30 ans,  passant de 240000 hectares en 1988 à 530000 hectares en 2018. Si ce pays s’est aussi doté d’une loi de protection du littoral (1988), le texte a été peu appliqué pendant des décennies et n’a pas fait le poids face à la corruption urbanistique et à la bulle immobilière des années 2000. Aujourd’hui, poussée par la reprise économique, la bétonisation est de nouveau à la mode.

Partagez si vous aimez ...

Comments are closed