Västeras, le modèle suédois

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 96-97

En 1981, la Suède était donnée comme exemple pour sa politique ambitieuse d’économie d’énergie. Malgré des conditions climatiques rigoureuses, la consommation d’énergie par habitant était inférieure d’environ un tiers à celle des USA. Tout était fait pour inciter la population à ne pas prendre sa voiture : taxes importantes sur l’essence et les voitures, transports en commun ultra efficaces à des prix modérés… Les méthodes de conservation de l’énergie étaient enseignées dans toutes les écoles suédoises. Des commissions à l’énergie existaient dans chaque entreprise. A la base, cet engouement pour l’économie d’énergie n’était pas lié à un  désir de préservation de l’environnement mais était plutôt une réponse à la crise pétrolière de 1973, le pétrole importé représentant 70% des besoins énergétiques du pays.

Comme le chauffage comptait pour la moitié de la consommation énergétique, le gouvernement suédois avait lancé un programme de subventions pour l’isolation thermique des bâtiments. Les entreprises suédoises, quant à elles utilisaient l’énergie beaucoup plus efficacement que des entreprises équivalentes américaines, en particulier en ayant recours à la cogénération (le surplus de chaleur permet de faire tourner une turbine productrice d’électricité).

A Västeras, ville industrielle suédoise de 120 000 habitants, l’unique centrale électrique de la ville permettait de distribuer de l’eau chaude sous pression dans tous les bâtiments, grâce à un réseau complexe de canalisation. Le système de Västeras recyclait une grande partie les deux tiers de l’énergie qui auraient été perdus dans une installation classique. 25% des villes suédoises étaient équipées d’un système comparable et 35% de l’électricité consommée en Suède était produite par recyclage. L’un des nombreux avantages de ces chauffages centraux municipaux est l’optimisation des investissements et des rendements de combustion ainsi qu’une moindre pollution de l’air, grâce aux hautes cheminées équipées de filtres performants.

La Suède avait donc choisi une stratégie opposée à celle de la France, en limitant volontairement le recours à l’énergie nucléaire. Il n’y avait que 6 centrales en 1980, et il était question de passer à 12 dans la décennie mais avec la volonté de renoncer au nucléaire avant 2005.

énergie renouvelable en Europe

La situation s’est-elle améliorée depuis 1981 ?

En 1981 la Suède était donc largement en avance en matière de stratégie énergétique. Aujourd’hui, elle reste le modèle à suivre avec, depuis 2012, une part d’énergies renouvelables supérieure à 50%, principalement bioénergies et hydroélectricité (ce qui correspond aux objectifs 2020 de la Directive européenne). En 2004 elle était déjà de 38,7%. A noter que la part d’énergie renouvelable consommée en France en 2012 n’était que de 14,9 %, ce qui place ce pays dans le groupe des cancres européens dans ce domaine.

En 2014, le nucléaire a fourni 38% de l’électricité consommée en Suède, qui compte dix réacteurs (trois centrales). Il est prévu de fermer deux de ces réacteurs d’ici 2020 (pour des raisons de rentabilité économique).

Cette avance de la Suède est due en grande partie au développement des réseaux de chaleur alimentés à plus 75% par des énergies renouvelables, dont 52% tirées de la biomasse (cogénération). Les réseaux de chaleur sont les principaux modes de chauffage dans 83% des communes suédoises (source : reseaux-chaleur.cerema.fr). A noter que la part d’énergie renouvelable dans le réseau de chaleur français n’est que de 38%.

La Suède se donne les moyens de ses ambitions en injectant depuis des années des sommes importantes dans des projets de transition écologique avec l’espoir de mettre fin à sa dépendance au pétrole en 2050.  Une grande partie du chemin a déjà été parcouru puisque la part de pétrole dans le bilan énergétique est passée de 70% en 1973  à 30% aujourd’hui (2016).

De son côté la France construisait des centrales nucléaires et EDF incitait les français à consommer toujours plus d’électricité nucléaire…

 

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