Une simple feuille de papier

Recyclage du papier

Recyclage du papier

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Racines – page 193-197

 

Depuis environ 300 millions d’années, le papier est fabriqué à partir de pâte de bois par une guêpe, Hymenoptera vespidae. Il fut réinventé en l’an 105 par ts’ai Lun (Tsaï Loun), dignitaire de la Cour Impériale, mais n’arriva en Europe, via les voyageurs arabes, qu’à partir du XI° siècle. A partir de 1440, la fabrication du papier fut dopée par l’invention de la typographie (Gutenberg). C’est l’invention de la machine à fabriquer le papier par le Français Nicolas Robert, pendant la Révolution, permit d’entrer véritablement dans l’ère industrielle. Le papier européen était alors fabriqué essentiellement à partir de chiffons et ce n’est que vers 1850 qu’un nouveau procédé de broyage permit de fabriquer industriellement du papier à partir de bois. La consommation ne cessa alors d’augmenter.

 

En 1981

  • Dans les pays développés la consommation annuelle moyenne de papier et carton par habitant était d’environ 300 kg (dont 85 kg d’emballages).
  • Environ 70 % du papier consommé était jeté avec les déchets. En 1979, les ordures ménagères citadines contenaient 40 à 60 % de produits en papier ou carton.
  • La fabrication du papier nécessitait beaucoup de bois. Jusqu’en 1950, les industries papetières qui exploitaient les forêts laissaient sur place les feuilles et les branches. Avec la mécanisation les bûcherons valorisèrent l’intégrité des arbres, privant les sols de substances nutritives.
  • Produire du papier exigeait aussi d’énormes quantités d’eau : 130 000 litres d’eau pour produire 1 tonne de papier kraft (ou 250 m3 d’eau pour 1 tonne de pulpe). Cette eau était évacuée sous forme d’effluents responsables de pollutions importantes des cours d’eau.
  • Les effluents de papeterie contenaient des morceaux de bois, des résines, mais aussi des produits chimiques (colorants, agents de décoloration, chlore, soufre, mercure, cires, soude, graisses…). Une grande partie était rejetée sous la forme d’eaux mousseuses qui déposaient à la surface une pellicule bloquant les rayons solaires et perturbant ainsi la vie aquatique. De plus, les substances organiques présentes en fortes concentrations (cellulose, lignines, amidon, hémicelluloses) consommaient une grande partie de l’oxygène disponible dans les eaux, au détriment de la faune et de la flore (eutrophisation).
  • L’industrie papetière était devenue synonyme de pollution et, face à la pression de l’opinion publique, les réglementations se durcirent et les industriels durent rapidement trouver des solutions. Ainsi, le mercure (utilisé pour préserver et blanchir les déchets de papier), présent en grandes quantités dans les effluents, extrêmement néfaste pour la santé des populations voisines, fut peu à peu abandonné. Des solutions technologiques pour réduire la consommation d’eau étaient étudiées.
  • Malheureusement, la préservation de l’environnement était considérée comme une préoccupation de pays riches et des pays comme les Philippines ou la Malaisie optaient pour des procédés classiques, plus économiques mais extrêmement polluants.
  • Le recyclage du papier était pratiquement inexistant, alors qu’il aurait permis d’importantes économies. En 1980, cette voie était considérée comme prometteuse. On parlait aussi de remplacer une partie du papier par des supports de type cassettes ou disques…

 

En 2016

  • L’avènement du numérique, prédit au début des années 80, a bien eu lieu. Mais il n’a pas sonné le glas du papier. Au contraire, la consommation aurait été multipliée par 4 au cours des 4 dernières décennies. Nous sommes entrés dans un monde dans lequel la communication occupe une place de plus en plus grande et le papier reste l’un des média les plus efficace. Selon la FAO, la production mondiale de papier et de carton est aujourd’hui relativement stable (près de 400 millions de tonnes).
  • Le papier de conditionnement et d’emballage représente plus de la moitié de la production.
  • Le taux de recyclage du papier, 54% en moyenne, a nettement progressé depuis le début des années 80. L’Amérique du Nord et l’Europe sont les bons élèves (62 %), suivis de la région Asie-Pacifique (51 %).
  • La fabrication du papier nécessite toujours beaucoup de bois puisqu’on estime qu’il faut 2 à 3 tonnes de bois pour fabriquer une tonne de papier classique et qu’un arbre abattu sur 5 est consommé par l’industrie papetière (info CNRS). WWF estime pour sa part que 40% du bois commercialisé dans le monde sert à l’industrie du papier. L’industrie papetière a une part importante dans la réduction de la biodiversité dans le Monde, non seulement à cause de la déforestation, mais aussi à cause du reboisement avec des essences à croissance rapide en monoculture.
  • La plupart des produits chimiques nocifs, voire toxiques, pour l’environnement et la santé humaine ont été supprimés, du moins dans les pays occidentaux, et des technologies plus respectueuses de l’environnement ont vu le jour. De plus, la qualité des effluents de papeteries, purifiés dans des installations de traitement des eaux usées haut de gamme, s’est nettement améliorée, du moins dans les pays occidentaux.
  • Même si l’industrie du papier reste l’une des plus consommatrice d’eau douce, d’énormes progrès ont été accomplis. La production d’une tonne de pulpe en Europe ne nécessite plus que 10-50 m3 d’eau. Une grande partie de l’eau qui entre dans le procédé est aujourd’hui recyclée.
  • L’industrie du papier, forte consommatrice d’énergie (10 MWh / tonne de papier), et l’un des premiers producteurs de gaz à effet de serre. Au cours des dernières années des progrès ont été accomplis pour réduire significativement cette pollution, notamment en mettant en place des stratégies d’économies d’énergie et en valorisant la biomasse.

L’industrie du papier a réussi, en partie du moins, à verdir l’image déplorable qu’elle avait à la fin des années 70. Il lui reste cependant encore beaucoup de progrès à accomplir, notamment au niveau de la préservation des forêts et de la biodiversité. Les technologies développées par les riches pays occidentaux doivent maintenant être utilisées dans les pays défavorisés, pour éviter que ne se reproduisent les erreurs du passé.

 

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