Une simple cigarette

Nicotine is not addictive

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Racines – page 202-206

Le tabac nuit gravement à la santé. On le sait depuis longtemps et en 1620 le gouvernement anglais avait interdit la culture de cette plante “nuisible au nez, au cerveau et aux poumons” et imposé de lourdes taxes à son importation.

 

En 1981

  • Les premières cigarettes apparurent au Brésil à la fin de XVIII° siècle. Les premières cigarettes modernes, roulées à la main (à une cadence de 20/min), apparurent en France vers 1843 et ce n’est qu’en 1884 que James Boussick inventa une machine pouvant fabriquer 120 000 cigarettes par jour. L’ère industrielle du tabac avait commencé.
  • En 1913 la J.J. Reynolds Tobacco Company lança la marque de cigarettes Camel, la première à bénéficier d’une promotion mondiale et qui révolutionna l’industrie du tabac. La consommation de cigarettes par habitant augmenta alors à une vitesse phénoménale. Aux Etats-Unis, elle passa de 108 par an en 1911 à  4 040 en 1972.
  • Cette augmentation de la consommation de tabac aux Etats-Unis et en Europe s’accompagna d’une forte progression du nombre de cas de cancers du poumon, peu fréquents jusqu’alors. Dans les années 1950, l’ensemble du corps médical alertait déjà sur la nocivité du tabac.
  • Il fallut de nombreuses campagnes des autorités de santé pour que le grand-public en soit convaincu. A la fin des années 70, des pays comme la France, les Etats-Unis ou l’Union Soviétique lancèrent les premières campagnes anti-tabac. Dans de nombreux pays d’Europe ou d’Amérique du Nord, il devint interdit de fumer dans les lieux publics. La consommation déclina alors dans la plupart des pays développés (aux Etats-Unis, elle était redescendue à 3 900 en 1979).
  • Les géants de l’industrie du tabac, inquiets de voir leurs bénéfices diminuer, adoptèrent deux stratégies : la diversification (agroalimentaire, hôtellerie, petfood…) et l’expansion dans les pays en voie de développement dont les gouvernements accueillirent favorablement cette nouvelle manne fiscale. La consommation du tabac explosa dans ces pays pauvres avec une progression annuelle de l’ordre de 5%. Les enfants furent particulièrement atteints par ce nouveau fléau venu du Nord. 69% des terres de culture du tabac se trouvaient dans les pays en voie de développement.
  • En 1980, ce qui rendait la cigarette attrayante, c’était avant tout la nicotine, molécule apparentée aux amphétamines qui induit une plus grande dépendance que la plupart des opiacés. La nicotine est aussi un produit toxique, d’ailleurs utilisé comme insecticide (Black Leaf 40), qui s’ajoute aux goudrons et aux plus de 400 substances toxiques, voire cancérigènes, identifiées dans la fumée de cigarette. On avait aussi mis en évidence l’effet délétère du tabac sur le système respiratoire du fumeur et sur son potentiel d’aggravation de nombreuses pathologies (obésité, hypertension artérielle, infarctus…). On estimait alors que chaque cigarette réduisait l’espérance de vie de plus de 5 min. A la fin des années 1970, on connaissait les dangers de la cigarette pour l’entourage des fumeurs, notamment les enfants, et ceci dès les premiers instants de la vie embryonnaire.
  • Le tabac était surtout associé au cancer du poumon qui touchait un fumeur sur dix. Ce cancer était l’un des plus meurtriers, avec un taux de survie à 5 ans d’à peine 10%. La cigarette était aussi liée à d’autres cancers comme ceux de la bouche, du larynx, de l’œsophage, des reins et du pancréas.
  • On estimait que plus d’un demi-million de personnes mourraient chaque année à cause du tabac et le coût sanitaire et social du tabac se chiffrait en milliards de francs.
  • Malheureusement, les bénéfices et les taxes que tiraient du tabac les industriels et les gouvernements étaient si gigantesques que l’industrie du tabac restait florissante. D’autant plus que les gouvernements français, chinois, soviétiques, japonais… gardaient le monopole de la vente. Aux Etats-Unis et en Europe la culture du tabac était largement subventionnée : le gouvernement américain a versé pas moins de 35 millions de dollars à l’industrie du tabac en 1977 ; de son côté la Communauté Économique Européenne subventionnait plus de la moitié des revenus des agriculteurs cultivant le tabac.
  • Bien entendu, dès qu’il s’agit de culture d’exportation, les grandes organisations internationales comme la Banque Mondiale, le Fonds des Nations Unies pour le Développement et la FAO, interviennent, pas toujours à très bon escient. Elles n’ont rien trouvé de mieux que d’aider au développement de l’industrie du tabac dans des pays comme la Jordanie, le Yémen, l’Ethiopie, l’Ouganda, la Tanzanie, la Zambie et même le Pakistan.
  •  Le gouvernement américain exportait régulièrement dans les pays pauvres ses surplus de tabac dans le cadre de son programme “Food for Peace”, non seulement pour soutenir les prix à l’intérieur de son territoire, mais aussi pour accoutumer d’autres populations à ce poison (on pourrait aussi chercher un but humanitaire, mais je n’ai pas encore trouvé lequel).
  • En 1980, l’industrie du tabac avait réussi à imposer ses règles, au bénéfice d’une petite minorité d’actionnaires et au détriment de centaines de millions d’individus. Les firmes américaines dépensaient 500 millions de dollars par an pour la publicité.

Lobby du tabac

En 2016

  • Le tabac nuit gravement à la santé. C’est un fait établi depuis plus de 60 ans. On sait aujourd’hui que la fumée de tabac contient plus de 7 000 produits chimiques, dont des centaines sont toxiques (plus de 69 substances cancérigènes) et affectent négativement la santé des fumeurs et de leur entourage. Les enfants nés de mères fumant pendant la grossesse courent un risque plus élevé de maladies congénitales, de cancer, de maladies respiratoires, et de mort subite. Le tabagisme actif et secondaire augmente le risque de maladies cardio-vasculaires, de nombreux cancers et de maladie pulmonaire obstructive chronique.
  • Le tabac, première cause de décès non accidentel, a tué 100 millions de personnes au cours du 20ème siècle, soit beaucoup plus que l’ensemble des deux guerres mondiales. Au moins 80% des décès par cancer du poumon, le plus meurtrier, sont attribuables au tabagisme (1,1 million en 2008). On estime que le nombre de décès liés au tabac pourrait s’élever à environ 1 milliard au 21ème siècle si la tendance actuelle se poursuit. La consommation de tabac est considérée comme le facteur de risque le plus important de mort prématurée chez les hommes et le deuxième facteur de risque le plus important chez les femmes (après une pression artérielle élevée) en 2010-2025. L’espérance de vie des fumeurs est en moyenne de 5 ans plus courte que les non-fumeurs et le risque de cancer du poumon est jusqu’à 20 fois plus élevé.
  • Les industriels du tabac connaissent depuis longtemps les effets dévastateurs de leurs produits, mais cela fait très peu de temps qu’elles le reconnaissent. En 2014, Philip Morris déclarait sur son site être d’accord avec le consensus scientifique affirmant que la cigarette provoque le cancer du poumon, des maladies cardiaques, l’emphysème et d’autres maladies graves chez les fumeurs.
  • Le tabac n’est pas seulement nocif pour les fumeurs, mais aussi pour l’environnement. La culture du tabac implique l’utilisation massive de pesticides et d’engrais chimiques. Elle entre en compétition pour les terres arables avec les forêts et les cultures vivrières. Sans compter les filtres de cigarettes (généralement biodégradables) toxiques pour la vie aquatique. On estime à 4 500 milliards le nombre de mégots jetés chaque année dans l’environnement à partir des 6 000 milliards de cigarettes consommées.
  • Sans oublier les feux de forêts provoqués par des mégots mal éteints. En 1987 un terrible incendie détruisit plus de 1,2 million d’hectares de la forêt de Hinggan Forest (Chine), causant 220 morts, des milliers de blessés, et laissant près de 34.000 sans-abris.
  • Et lorsque l’industrie du tabac se mêle de verdir son image en reboisant, la situation s’aggrave encore. Les essences à croissance rapide qui sont alors plantées en monoculture (cyprès, eucalyptus…), ne peuvent remplacer les arbres indigènes écologiquement adaptés.
  • Il existe un lien pernicieux entre le tabac et la pauvreté. Le tabagisme touche généralement, dans toutes les régions du globe, les segments les plus pauvres de la population. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que dans les pays les plus pauvres jusqu’à 10% du revenu des ménages peut être dépensé en tabac. Comme pour d’autres cultures d’exportation dans les pays les plus défavorisés, les producteurs de tabac sont contraints d’accepter de vendre à prix bas et d’acheter au prix fort les semences, engrais et pesticides rendus indispensables. Et que dire des quelques 1,2 milliard $ que l’industrie du tabac a économisé en utilisant le travail non rémunéré des enfants…
  • Lutter contre la puissante industrie du tabac est devenu un combat de titan. En 2013 les revenus bruts des six premières compagnies de tabac (342 milliards $) étaient équivalentes au PIB du Danemark (34ème PIB mondial). Les compagnies de tabac dépensent chaque année des dizaines de milliards de dollars (USD) dans la promotion, la publicité et le lobbying.
  • De nombreux pays et organisations travaillent avec diligence pour exposer l’influence indue des compagnies de tabac, et la meilleure façon de le faire est de suivre les directives de l’OMS CCLAT (2008) et des recommandations pour l’article 5.3, qui stipule: “Les Parties devraient protéger la formulation et la mise en œuvre de la santé publique les politiques de lutte antitabac de l’industrie du tabac dans la mesure du possible.” L’influence exercée par les compagnies de tabac est observée dans le monde entier, et il est temps pour les pays à appliquer sérieusement les dispositions de l’article 5.3.

Tobacco.org

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