Une simple banane

Chiquita, ex United Brand, ex United Fruit

Chiquita, ex United Brand, ex United Fruit

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Racines – page 206-209

 

En 1981

  • Les bananiers furent, avec la canne à sucre, les principaux végétaux introduits au Nouveau Monde par les colons européens au XVIème siècle. En 1981 les bananes étaient cultivées en Malaisie, aux philippines, en Amérique Latine, en Afrique de l’Ouest et dans les Caraïbes. Deux bananes sur trois étaient consommées en Europe de l’Ouest ou en Amérique du Nord.
  • L’économie de pays comme le Guatemala, le Honduras ou le Costa Rica fut alors basée sur l’exportation de la banane. Les industriels étrangers qui contrôlaient le commerce de la banane contrôlaient en réalité ces républiques bananières, instaurant en quelque sort une véritable colonisation économique. Ils n’hésitaient pas à payer des pots de vin aux gouvernements (en 1974 l’United Fruit Co. a proposé 1,25 millions de dollars au Président du Honduras en échange d’une réduction des taxes d’exportation), ni même à faire renverser ces derniers lorsqu’ils ne les favorisaient pas suffisamment (en 1954 l’UFC a fait renversé le gouvernement du Guatemala).
  • La durée de vie d’une plantation industrielle de banane était d’environ 10 ans, alors que théoriquement un plant de bananier pourrait vivre des centaines d’années. Ceci s’explique par l’épuisement rapide des sols qui n’étaient jamais mis en jachères et dont les écosystèmes étaient détruits par les énormes quantités d’engrais chimiques (1 tonne par hectare) et de pesticides dont une grande partie était lessivée par les tempêtes tropicales. Les plantations rapidement épuisées étaient simplement abandonnées.
  • En 1981, 37% du prix de vente des bananes au détail rémunéraient le transport et le mûrissement, 19% allaient à la publicité et aux grossistes et 32% payaient les détaillants. Il ne restait donc que 12% pour le producteur. La part des travailleurs de la banane n’était que de 1,5%.
  • Dans les années 1950 à 1970 des procès furent intentés contre les trusts de la banane pour lutter contre leur position de monopole. L’intégration verticale (production, expédition, mûrissage et distribution) permettait en effet à quelques sociétés de dominer le marché en absorbant la plus grande part de la valeur ajoutée totale du produit : United Brand (ex United Fruit et future Chiquita), Castle & Cook (Dole), Fyffes, Del Monte et Noboa se partageaient près de 80% du marché.

 

En 2016

  • Avec une production mondiale de 130 millions de tonnes, la banane est l’un des fruits les plus consommés dans le Monde. L’Amérique Latine a perdu sa place de leader et l’Inde est devenu le 1er producteur mondial de bananes devant la Chine, les Philippines, le Brésil et l’Équateur. La plus grande part de la production est consommée sur place et “seulement” 17 millions de tonnes de bananes sont exportées (81% d’Amérique Latine), pour un marché d’environ 7 milliards de dollars (2014). L’Union Européenne est le premier importateur de bananes, en majorité originaires d’Amérique Latine (Équateur, Colombie…) et, de plus en plus, d’Afrique de l’Ouest. Si le marché reste dominé par des sociétés contrôlant presque toute la chaîne de valeur, Chiquita, Dole, Del Monte et Fyffes ne contrôlent plus que 39% du commerce de la banane en Europe.
  • Ce sont aujourd’hui les grandes chaînes de supermarchés qui contrôlent le marché de la banane, en utilisant elles aussi une stratégie d’intégration verticale. Le prix des bananes est souvent utilisé comme référence dans la guerre des prix menée par les chaines de supermarchés, ce qui contribue à maintenir des prix anormalement bas. En France, 86 % des bananes sont vendues par six enseignes de la grande distribution : Carrefour, Système U, E. Leclerc, Casino, Intermarché et Auchan.
  • Bien entendu, les supermarchés font porter la plus grand part de l’effort financier sur les producteurs. Depuis 2001, le prix au détail reste relativement stable alors que le prix de gros à l’import a chuté de près de 25%. La majorité des travailleurs des plantations vivent ainsi dans la pauvreté pour que nous puissions manger des bananes toute l’année. La banane reste un symbole de répartition injuste de la valeur ajoutée.
  • En 2016, 55% du prix* de vente des bananes au détail rémunéraient le transport, les grossistes et le mûrissement et 10% payaient les détaillants. Il ne restait que 29% pour les propriétaires des plantations et la part des travailleurs n’était que de 7%. (* Données BananaLink pour bananes d’Équateur vendues au Royaume-Uni, hors taxes UE)
  • Pour contrer les positions commerciales abusives de la grande distribution, des ONG demandent l’adoption de pratiques commerciales plus équitables. Le commerce équitable de la banane (Fairtrade/Max Havelaar) ne représente actuellement que 3,5 % du marché français. Les consommateurs devront accepter de payer un peu plus cher ce fruit devenu (trop) courant ou accepter d’être co-responsables de l’exploitation abusive des travailleurs pauvres d’Amérique Latine et d’Afrique de l’Ouest.
  • L’utilisation massive de pesticides durant des décennies a favorisé l’apparition de souches pathogènes de plus en plus résistantes, ce qui a nécessité de recourir à des produits toujours plus destructeurs. Certains producteurs de bananes dépensent plus d’argent en pesticides et fertilisants chimiques qu’en main d’œuvre. Tous ces produits se retrouvent inexorablement dans les sols et les eaux. Le Chlordécone, autrefois utilisé massivement dans les Antilles Françaises, est un exemple de cette course au rendement perdue d’avance.
  • Mais le tableau n’est pas si noir, du moins dans les territoires français ultramarins. Les producteurs de Guadeloupe et de Martinique ont réussi l’exploit de réduire de moitié les quantités de pesticides entre 2008 et 2013. Ils y sont arrivés en abandonnant le système de monoculture et en réintroduisant les rotations. Selon les producteurs, 6 kilos d’herbicides par hectares (aucun insecticide !) sont pulvérisés dans les Antilles françaises, contre 70 kilos au Costa Rica.

Peuples-solidaires.org

 

 

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