Un simple morceau de charbon

Devenez Mineur (1945)

Propagande (1945)

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Racines – pages 222-225

 

En 1981

  • Le charbon est, tout comme le pétrole, un carburant fossile d’origine organique. Il s’est formé il y a environ 300 millions d’années* mais ne fut utilisé pour la première fois à grande échelle que vers 1100 av J.C. C’était en Chine, pour fondre le cuivre et le fer. Beaucoup plus tard, au XIIIème siècle, le charbon était utilisé à Londres comme combustible de chauffage et dans les forges, pour remplacer le bois de plus en plus rare. Brûler de la houille provoquait, déjà à l’époque, une telle pollution de l’air londonien que le roi Edouard Ier interdit en 1306 d’utiliser ce combustible pour le chauffage.
  • Aux XVIIIème et XIXème siècles une série d’innovations technologiques liées au charbon furent à l’origine de la révolution industrielle en Angleterre : machine à vapeur (1762, James Watt), chemin de fer, industrie lourde…. Les villes minières des Midlands anglais prospérèrent grâce à l’exploitation du charbon, mais en furent aussi totalement défigurées (les “usines noires et sataniques” dénoncées par le poète William Blake). Cette révolution industrielle contribua à enrichir une minorité de propriétaires, au détriment des ouvriers mineurs dont les conditions de travail étaient abominables (éboulements, coups de grisou, incendies, noyades, silicose…). Les assurances sociales n’existaient pas et c’était la philosophie du “marche ou crève” qui régnait alors. On estime que l’exploitation du charbon a causé la mort de plus d’un million d’hommes au cours des XIXème et XXème siècle.
  • Si le charbon fit la fortune de nombreuses régions du Nord de l’Europe à la Pennsylvanie, son règne fut relativement bref. Fortement concurrencé à partir des années 20 par d’autres énergies comme le pétrole et le gaz, son utilisation fut rendue plus compliquée par les premières réglementations sur la pollution de l’air au début des années 70. Le charbon était devenu un véritable problème de santé publique. En 1952  près de 4000 Londoniens périrent à cause du smog.
  • En 1980, suite à la crise pétrolière, le charbon était redevenu fréquentable et les réserves mondiales semblaient gigantesques (voir article “Statistiques de l’énergie“). Pourtant, son extraction restait dangereuse et sa combustion provoquait toujours d’importantes pollutions par les poussières (suie), le gaz carbonique, dioxyde de soufre, oxydes d’azote … responsables de maladies respiratoires chroniques et de certains cancers du poumon. Les fumées contenaient aussi des quantités non négligeables des composés toxiques tels que mercure, plomb, arsenic, cadmium, benzène, benzopyrène… dont les taux n’étaient pas contrôlés. Les épurateurs qui commençaient à être installés ne permettaient que de capter les particules de suie.
  • L’extraction à ciel ouvert, plus rentable, éliminait certains risques de la mine souterraine mais avait pour principal défaut de laisser derrière elle des paysages ravagés et des sols stériles. Aux Etats-Unis ce procédé détruisait chaque année plus de 2800 hectares.
  • A la fin des années 70, les scientifiques s’inquiétaient déjà de l’augmentation du gaz carbonique dans l’atmosphère depuis le début de la Révolution industrielle (+15% depuis 1860). Selon eux, si l’utilisation du charbon se poursuivait au même rythme, le taux de gaz carbonique atmosphérique aurait été multiplié par 8, et provoqueant, par un phénomène d’effet de serre, une augmentation de la température à la surface de la Terre (voir article “1981, déjà le réchauffement climatique“). Il était alors question de fonte des calottes glaciaires, d’élévation du niveau des océans… Mais pourquoi donc écouter ces Cassandres ?
  • (*A noter qu’il existe aussi des charbons de moins bonne qualité car plus pauvres en carbone, formés plus récemment, jusque dans l’ère tertiaire (lignite) ou quaternaire (tourbe).
L'effroyable smog chinois

L’effroyable smog chinois

En 2016

  • Au contraire d’autres sources primaires d’énergie comme le pétrole, les réserves de charbon sont relativement bien réparties sur l’ensemble de la planète et sont localisées dans plus de 70 pays. En 2014, les trois plus grandes réserves prouvées se situent aux États-Unis (237 Gt, soit 26,6% des réserves mondiales), en Russie (157 Gt, 17,6%) et en Chine (115 Gt, 12,8%). Aujourd’hui, le charbon reste largement utilisé dans les pays d’Europe centrale et d’Asie, surtout en Chine (près de la moitié de la consommation mondiale) où près de 80% de l’électricité est produite à partir du charbon. La Chine est autosuffisante en charbon, ce qui en fait une énergie relativement bon marché, véritable carburant de la formidable croissance économique du pays depuis le début du siècle (la consommation y a triplé entre 2000 et 2013).
  • Le pic mondial du charbon, c’est-à-dire le moment où la production de charbon décline du fait de l’épuisement des réserves, a déjà eu lieu en Europe, en 1982. La Chine, plus grand pollueur du monde, a vu sa consommation de charbon stagner puis légèrement diminuer depuis 2014, beaucoup plus tôt que prévu. Mais il est peu prudent d’interpréter ce phénomène comme un “peak coal”, étant donné le peu de fiabilité des chiffres provenant de ce pays (“China Burns Much More Coal Than Reported, Complicating Climate Talks“).
  • L’avenir du charbon comme source d’énergie “fréquentable” repose à la fois sur l’amélioration des techniques d’exploration et de transformation. Il faudra produire davantage d’énergie à partir d’une même quantité de charbon et réduire significativement l’impact climatique de sa combustion.
  • Les technologies de  captage et stockage géologique du CO2 (CSC) qui permettent de séquestrer le gaz carbonique sous terre, dans des couches profondes, pourraient être une solution d’avenir, à condition de mettre en place de véritables politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le captage du CO2 nécessite d’importantes quantités d’énergie, ce qui limite sa faisabilité économique (dans la seule centrale thermique au monde ainsi équipée, celle de Boundary Dam dans la province du Saskatchewan au Canada, un tiers de l’énergie est utilisé pour le captage, faisant passer la puissance de 165 MW à 110 MW). L’Europe participe au financement de différents projets de captage et de stockage et estime qu’en 2020 ces technologies seront arrivées à un stade de développement suffisant pour être commercialisées.
  • Les deux tiers des centrales au charbon fonctionnent encore sur des technologies anciennes de plus de 20 ans ne permettant qu’un rendement moyen de 29 %. Les centrales plus modernes utilisent des technologies avancées permettant d’améliorer l‘efficacité de combustion, comme la technologie de cycle vapeur supercritique**, pour atteindre des rendements de 45 %. La  Chine ne construit plus aujourd’hui que des centrales supercritiques.
  • Le procédé d’extraction du charbon à ciel ouvert, qui consiste à araser les sommets à l’explosif, a été développé d’abord aux Etats-Unis (Appalaches, Kentucky, Virginie…) avant de se répandre dans les pays en voie de développement. Privilégié par les compagnies minières, car plus économique, ce procédé est particulièrement dévastateur pour l’équilibre des écosystèmes et pour la santé humaine… mais fournit un grand nombre d’emplois.
  • (* Conditions supercritiques : 620 °C et 280/300 bars. La chaleur est utilisée pour une production additionnelle d’électricité selon le principe de cogénération. Les futures centrales supercritiques fonctionnant à 700-760°C et 350-400 bars  pourraient permettre d’atteindre des rendements énergétiques de 50%).

 

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