Un simple litre d’essence

Traction avant (1973)

Traction avant (1973)

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Racines – pages 218-221

 

En 1981

  • Le pétrole s’est formé il y a environ 500 millions d’année. Les hommes commencèrent à utiliser les nappes affleurant la surface du sol vers l’an 3000 avant J.C., mais l’extraction moderne ne commença qu’en 1859 (puits de Titusville en Pennsylvanie). Nous avons commencé à pomper avidement l’or noir à partir du début des années 40 et 30 ans plus tard, nous en avions épuisé les réserves aisément accessibles. A la fin des années 70 il fallait creuser une cinquantaine de puits pour pouvoir en exploiter un seul de façon rentable.
  • En 1938, le premier puits offshore fut foré dans le Golfe du Mexique, dans moins de 9 mètres d’eau. A la fin des années 70, il existait plus de 300 puits offshore, dont certains forés à plus de 1000 mètres de profondeur. On estimait que 25% des réserves de pétrole se trouvaient au fond des océans, ce qui suffisait pour inciter les exploitants à négliger les risques de pollution marine.
  • Le pétrole ne s’écoulait pas toujours de lui-même, poussé par le gaz naturel comme dans une bouteille de soda secouée. Il fallait souvent pomper, injecter de la vapeur, de l’eau, des détergents (environ 560 tonnes par hectare). Toutes ces méthodes ne permettaient de récupérer que 40% à 60% du pétrole présent.
  • Pour être valorisé, le pétrole brut devait subir toute une série de traitements (élimination des impuretés, séparation des fractions d’hydrocarbures (légers, essence, kérosène, mazouts, gazoles, goudrons). Un baril de pétrole (159 litres) raffiné pouvait donner environ 79,5 litres d’essence, 39,7 litres de fuel et 39,7 litres de carburants industriels. Un baril de pétrole (130 kg) représentait une énergie équivalente à celle de 209 kg de charbon.
  • Pour répondre aux normes des constructeurs automobiles, l’essence devait être purifiée et enrichie d’additifs chimiques (détergents, alcools, lubrifiants, antigels…). Le plomb tétraéthyle était ajouté comme agent antidétonant depuis les années 20, pour éviter que le mélange air/essence n’explose trop tôt. Dans les années 60 plus de 2000 tonnes de ce produit très toxique ont été incorporées dans l’essence, pour être ensuite libérées dans l’atmosphère avec les autres produits de la combustion (oxydes de carbone, de soufre et d’azote…).
  • En 1976, les véhicules ont consommé quelques 405 milliards de litres d’essence, dont 75% pour les seules voitures.
Biocarburants et bonne conscience

Biocarburants et bonne conscience

En 2016

  • La consommation d’énergie finale dans le monde en 2013 avoisinait les 9,30 milliards de tonnes d’équivalent pétrole (Mtep), contre 4,76 Mtep en 1973. En réalité, il a fallu produire environ 13,5 milliards tep d’énergie dont une partie d’énergie primaire (charbon, pétrole, gaz naturel, uranium, hydraulique, éolienne, marine, géothermique, solaire biomasse) a servi à produire une énergie secondaire (carburants automobiles, électricité…) créatrice de services (Key World Energy Statitics 2015).
  • En 2016, le pétrole est toujours la première source d’énergie primaire utilisée dans le monde (32%), devant le charbon (27%), première source pour la génération d’électricité (40%), et le gaz (22 %) (voir article “Statistiques de l’énergie”). Le transport représente une part toujours plus grande de la consommation des produits pétroliers, avec 63,8% en 2013 contre 45,4% en 1973.
  • En 1980 les réserves prouvées de pétrole étaient estimées à 87,5 milliards de tonnes, celles du charbon à 1307 Mtep et celles de gaz naturel à 68 Mtep. Avec une consommation constante, les réserves pétrolières étaient estimées à un siècle, mais à seulement un quart de siècle si la croissance annuelle devait atteindre 9 ou 10 %. Ces prévisions étaient un peu pessimistes mais on estime aujourd’hui les réserves pétrolières à seulement un demi-siècle si la consommation devait rester stable. Cependant, en tenant compte de la théorie du “peak oil” selon laquelle la production cessera d’augmenter et commencera à décliner à partir du moment où nous aurons épuisé la moitié de nos réserves, cette durée devrait être plus élevée (voir article “Statistiques de l’énergie” ).
  • L’industrie pétrolière reste plus que jamais l’une des plus polluantes du Monde et les épisodiques marées noires ne sont, malgré une ampleur parfois exceptionnelle, que la partie émergée de l’iceberg (voir articles “Marées noires”, “Le Détroit de Malacca”, “Le golfe arabo-persique, artère de l’occident”).
  • Les cours de pétrole vont atteindre des niveaux très élevés, dans un délai de 10 ans correspondant au “peak oil”. Dès lors, il est à parier que tout sera fait pour exploiter la moindre goutte de pétrole, celui au plus profond des océans, comme celui des schistes et sables bitumineux. (voir article “Les combustibles de synthèse”).
  • Les biocarburants peuvent constituer une alternative intéressante aux carburants pétroliers, à condition d’utiliser des bioressources durables, de ne pas entrer en concurrence avec l’agriculture alimentaire et de ne pas utiliser ces technologies uniquement pour se donner bonne conscience (voir article “Le gasohol”).
  • Depuis le 1er janvier 2000, tous les pays européens ont interdit le plomb comme additif de l’essence. Il ne faut pas rêver, cette décision n’a pas été prise pour préserver l’environnement… mais plutôt les nouveaux moteurs et les pots catalytiques (les sels de plomb pouvaient s’y déposer et perturber leur fonctionnement). Grâce à cette interdiction, les émissions de plomb dans les pays européens ont diminué de 60 % depuis 1980. Les moteurs de nos chères voitures continuent cependant de polluer l’air avec leurs émissions de particules fines, de gaz carbonique et d’oxydes d’azote. Mais le tableau n’est pas si noir qu’il n’y parait, ceci grâce aux progrès considérables des véhicules à moteur thermique neufs en matière de pollution. Entre les normes européennes d’émission Euro 1 (oct 2001) et Euro 6b (sep 2015) qui fixent les limites maximales de rejets polluants pour les véhicules roulants, la limite d’oxydes d’azote a été divisée par un facteur 6,25 et la limite de particules fines par plus de 11.
  • Dans un rapport intitulé “Transportation Forecast: Global Fuel Consumption” (Prévisions sur le Transport: Consommation mondiale de carburant), Navigant Research prévoit une diminution de la consommation d’essence à partir de 2021. Ce “miracle” pourrait être le résultat d’une prise de conscience générale de l’impact désastreux de l’automobile sur l’environnement et la santé humaine. Cette diminution sera plus due à une réduction de la consommation des moteurs thermiques que le recours à des énergies de substitutions (électricité, gaz naturel, biocarburants, hydrogène…) (Navigant Research).

 

Comments are closed