Un simple hamburger

Hamburger

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Racines – page 197-202

 

En 1981

  • La première chaîne de vente de hamburger (White Castle) est née aux USA dans les années 1920. A la fin des années 70 le hamburger, symbole de l’American Way of Life, avait déjà conquis un grand nombre de pays. En 1980, la moitié des américains mangeaient au moins une fois par mois dans un McDonald’s (plus de 5 000 restaurants).
  • Pour fabriquer ses quelques 3 milliards de hamburgers par an, McDo consommait 300 000 bovins, 113 000 tonnes de farine, 94 000 litres de sauce, 155 000 hectares de forêts (emballage) et autant d’électricité que les villes de Boston, Washington et San Francisco réunies.
  • La consommation de viande était depuis longtemps un signe de prospérité qui progresse naturellement avec la richesse des pays. A la fin des années 70 la consommation moyenne annuelle de viande par habitant était de 28-30 kilogrammes (11 kilos de viande bovine), soit une progression d’environ 20% par rapport au milieu des années 60 (FAO).
  • L’appétit des pays riches pour la viande eut des conséquences désastreuses pour les pays pauvres, notamment du fait d’un détournement des terres agricoles de ces derniers pour nourrir le bétail. Ainsi, un tiers des cacahuètes produites en Afrique étaient données aux animaux d’Europe et d’Amérique du Nord. Les Etats-Unis ne se contentaient pas d’acheter des oléagineux mais aussi de la viande, 1,45 millions de tonnes chaque année, dont la moitié provenait des pays pauvres d’Amérique Centrale (Honduras, Guatemala, Costa Rica). Ceci eut pour conséquence d’entraîner une chute de la consommation de viande dans ces pays.
  • Le rendement de l’élevage bovin était catastrophique : Comparé à la même quantité de protéines végétales, la production de protéines de bœuf nécessitait 3 fois plus de terres, 10 fois plus d’engrais, 15 fois plus d’eau, 18 fois plus d’énergie. Pour produire un kilogramme de viande, il fallait seize kilogrammes de céréales et d’oléagineux.
  • Le fumier dans les grands élevages industriels n’était pratiquement pas valorisé et participait à la pollution des eaux des nappes phréatiques et des rivières (eutrophisation)
  • Depuis 1954, de nombreux bovins étaient traités par des hormones pour accélérer la prise de poids, notamment au diéthylstilbestrol (DES). En 1980, l’association UFC-Que-Choisir appela avec succès au boycott de la viande de veau aux hormones en France. Il n’y avait pas que les anabolisants : 40% des antibiotiques produits étaient administrés aux bovins
  • En 1980, il était déjà scientifiquement avéré que la consommation excessive de viande nuit à la santé, notamment à cause de la teneur en acides gras saturés, facteurs de risque cardiovasculaire, principale cause de mortalité dans les pays riches. Les nutritionnistes s’accordaient à dire qu’il est possible de se nourrir parfaitement sans consommer de viande
  • La prise de conscience par les consommateurs américains de l’absurdité de consommer autant de viande grandissait et 7 millions d’américains se considéraient végétariens en 1978.
  • Les chaînes de Fast-food ne craignaient pourtant pas grand-chose. Elles avaient réussi à transformer en rite social un repas prévisible, identique à des milliards d’autres dans le monde, symbole d’une communauté de consommateurs soutenu par une communication très élaborée.

 

En 2016

  • Depuis la fin des années 70, la consommation de viande a continué de progresser. Selon la FAO la consommation moyenne annuelle de viande en 2015 était de 41,3 kg, dont 10,1 kg de viande de bœuf. Les plus gros consommateurs de viande bovine sont les Argentins (41,6 kg), suivi des Uruguayens (37,9 kg) et des brésiliens (27 kg)(données OCDE 2014). Les américains arrivent en 4° position avec 24,5 kg et ils consomment à eux seuls environ 50 milliards de hamburgers par an. L’Europe des 27 (ex 28) est plus raisonnable avec “seulement” 10,5 kg.
  • Le géant McDonald’s, présent dans 118 pays avec près de 34 000 restaurants, a perdu en 2010 sa place de numéro un de la restauration rapide dans le monde (en nombre de restaurants) au profit de Subway, lui aussi américain. McDo reste la première chaine en Europe alors que Subway est leader en Amérique du Nord et en Russie. En 2011 McDonald’s a vendu 75 hamburgers chaque seconde. La consommation de hamburgers Mc Do sur le seul marché américain représente 5,5 millions de bovins (~ 450 000 tonnes de viande).
  • L’impact de l’élevage bovin sur l’environnement et les équilibres socioéconomiques est de plus en plus catastrophique. Aux Etats-Unis, on utilise huit fois plus de surfaces agricoles pour nourrir les animaux que pour nourrir les hommes. Cette agriculture intensive utilise d’énormes quantités de fertilisants (7,7 millions de tonnes) qui provoquent d’importants problèmes de pollution des eaux (eutrophisation, prolifération d’algues). Il faut 15 m3 d’eau potable pour produire un kilogramme de viande de bœuf. Les 500 millions de tonnes fumier issus de l’élevage bovin américain dégagent dans l’atmosphère des oxydes d’azote, dont l’impact sur le réchauffement climatique est 300 fois plus important que le dioxyde de carbone. Ces gaz s’ajoutent au méthane (effet de serre 25 fois plus puissant que le dioxyde de carbone) rejeté par les rots des animaux (The hidden costs of hamburgers).
  • L’utilisation de produits chimiques dans les élevages n’a pas diminué, bien au contraire. Si en janvier 1988, la Commission européenne a décrété l’interdiction totale des anabolisants dans l’élevage des animaux, aux États-Unis, la quasi-totalité (> 95 %) de la viande abattue est encore traitée aux hormones. Pour ce qui est des antibiotiques, l’élevage mondial devrait en utiliser plus de 106 000 tonnes en 2030, soit une augmentation de 67% par rapport à 2010 (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America). Cette consommation d’antibiotiques vétérinaires s’ajoute à celle des antibiotiques pour la santé humaine, augmentant significativement le risque d’apparition souches bactériennes multirésistantes. Chaque année, l’antibiorésistance cause le décès de plus de 50 000 personnes en Europe et aux États-Unis et pourrait, selon une étude récente, en tuer plus de dix millions en 2050 ! C’est d’autant plus grave que la recherche mondiale peine à découvrir de nouvelles familles d’antibiotiques, aux mécanismes d’action originaux. Seulement 2 nouvelles familles d’antibiotiques ont vu le jour en 30 ans, selon l’OMS. Mourir des suites d’une infection banale ou d’une blessure mineure dans un pays riche pourrait bien redevenir une réalité.
  • Il est aujourd’hui scientifiquement avéré que la surconsommation de viande, en particulier de viande rouge ou transformée (charcuterie), tend à augmenter le risque de certaines maladies comme le cancer colorectal (Centre international de Recherche sur le Cancer), les maladies cardio-vasculaires et le diabète de type 2 ( Battaglia Richi 2015). Les effets néfastes de la restauration rapide basée sur le hamburger ont été dénoncés au grand public dans Le film “Super Size Me” de Morgan Spurlock (2004). L’acteur, après s’être nourri exclusivement chez McDonald’s pendant un mois à raison de trois repas par jour, avait pris plus de 11 kilogrammes et avait dégradé sérieusement son état de santé.

Les conséquences néfastes de notre surconsommation de viande bovine sont connues depuis plus de 40 ans.Un raisonnement logique voudrait que, conscients de ce problème, nous acceptions de modifier nos habitudes. Que ferons nous lorsque 1,3 milliards de chinois vont se mettre à manger, comme les américains, 3 hamburgers par semaine ?

Super size me

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