Un problème indépendant des idéologies

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les affaires continuent… – pages 418-419

 

En 1980, les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement voulaient démontrer que la course au profit au détriment de l’humain et de l’environnement n’était pas l’apanage des multinationales capitalistes. Les industries du bloc socialiste n’étaient pas plus vertueuses, loin s’en faut.

 

Le culte du secret en Russie

Dzerjinsk (Russie)

En 1979, le Comité d’État au Travail et aux Questions Sociales de l’URSS prit une résolution faisant perdre leurs bonus sur le résultat aux ingénieurs coupables de ne pas respecter la réglementation pour la préservation de l’environnement. Des directeurs se sont même vus infliger des amendes à titre personnel. Mais le propriétaire des sites industriels, L’État soviétique, ne risquait absolument rien. En Hongrie, des journalistes avaient dénoncé le manque de réaction du gouvernement face à la pollution croissante et aux violations répétées de la loi sur l’environnement.

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl (1986) avait favorisé l’émergence d’un mouvement écologiste en Union Soviétique et à la création en 1988 d’un Comité pour la Protection de l’Environnement de l’URSS, qui deviendra en 1991 le Ministère de l’Environnement de la Fédération de Russie. La nouvelle Constitution russe, adoptée en 1993, prévoyait le droit des citoyens à un “environnement sain” et à une “information fiable sur l’état de l’environnement”. La transparence n’est cependant pas le point fort de la Russie. La Loi sur la Sécurité de 1993 considérant l’écologie comme faisant partie intégrante de la sécurité du pays, toute information sur l’état de l’environnement relevait du secret d’État et ne pouvait être divulguée. La politique environnementale de la Russie s’était très rapidement heurtée aux réalités économiques qui ont suivi la fin de l’Union Soviétique. En 2000, l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine a mis fin au Ministère de l’Environnement. Les préoccupations environnementales furent alors transférées au Ministère des Ressources Naturelles et classées comme secret d’État. Sous prétexte d’éviter des mouvements de panique dans la population, le Ministère des Ressources Naturelles classifia en février 2003 toutes les informations relatives à la prévision des catastrophes naturelles. La situation n’était pas meilleure dans les ex-satellites de l’Union Soviétique qui ont eux aussi préféré maintenir leur économie en délaissant les préoccupations écologiques.

La politique irresponsable de Poutine a eu des effets catastrophiques sur l’environnement, si bien qu’en 2012, Medvedev déclarait “15% du territoire russe est dans un état écologique critique”. Selon le Ministère des Ressources naturelles et de l’Écologie, le pays se réchaufferait 2 fois et demi plus vite que la moyenne mondiale. Il n’y a pas que le réchauffement climatique. Le lac Karatchaï est fortement contaminé par les déchets radioactifs enfouis depuis 1949. L’Oural, véritable poumon économique de la Russie, concentre toujours une forte pollution radioactive, conséquence de la catastrophe nucléaire de Tchéliabinsk (1957). A Norilsk en Sibérie, plus grand centre industriel métallurgique au monde, la nature a complètement disparu dans un rayon de 60 km du fait de la concentration de métaux lourds dans le sol (nickel, cuivre). C’est même le 8ème site le plus pollué de la planète en 2007, selon l’ONG Blacksmith Institute (devenue Pure Earth en 2015). Le 7ème site le plus pollué est aussi situé en Russie. C’est la région de Dzerjinsk, qui après avoir accueilli pendant la Guerre Froide le principal complexe de production d’armements chimiques, s’est convertie dans l’industrie chimique. Pas moins de 300000 tonnes de déchets chimiques y auraient été entreposés entre 1930 et 1998 et contaminent aujourd’hui les réserves d’eau potable (arsenic, mercure, dioxine). Cependant, le bilan est plus contrasté qu’il n’y parait et en 2015, l’organisation Global Footprint Network a indiqué que la Russie est un des 57 pays (sur 181) préservant ses ressources (réserve en biocapacité), notamment grâce à sa capacité forestière (le territoire est couvert à 60% de forêts) qui compense largement son empreinte carbone. 2007 a même été déclarée en Russie “Année de l’Écologie“. De nombreuses initiatives devraient être prises en faveur de l’environnement. C’est le cas notamment de l’application de la loi sur le “Bouclier vert” visant à constituer des ceintures vertes de forêts et de parcs pour améliorer la situation de l’environnement dans les mégalopoles.

 

“Airpocalypse” en Chine

Linfen (Chine)

A la fin des années 70, l’objectif de la Chine était de s’élever vers l’an 2000 au premier rang des pays industrialisés. La course à l’industrialisation a occasionné une pollution intense des eaux, des sols et de l’air. Dans certaines villes chinoises la qualité de l’air était devenue pire que n’importe où dans le monde. Certaines rivières étaient pratiquement mortes, contaminées par des produits chimiques, des pesticides, des métaux lourds… Ce n’est qu’à la fin des années 70 que le gouvernement chinois se réveilla et qu’il promulgua de sévères lois sur le contrôle de la pollution, indispensables pour contraindre des directeurs d’usines ne pensant qu’à améliorer leurs profits.

La Chine souffre encore aujourd’hui de sa politique d’industrialisation accélérée au détriment de l’environnement. Elle comptait sur son territoire en 2007 deux des trois sites les plus pollués de la planète, les villes de Linfen (2ème site le plus pollué) et de Tianying (3ème site le plus pollué). La ville de Linfen (région minière du Shanxi) comptait encore, il y a quelques années, des complexes métallurgiques et chimiques et des centaines de mines de charbon. La moitié des réserves d’eau n’y est plus potable à cause d’une pollution élevée à l’arsenic. La ville de Tianying, à l’embouchure du fleuve Hai He, héberge un gigantesque complexe industriel de production de plomb. Le taux de concentration de plomb dans l’air et dans les sols y est 8 à 10 fois supérieur aux standards de santé nationaux.

Après avoir longtemps masqué le problème, Pékin a pris (à nouveau) conscience, depuis quelques années, de l’ampleur du désastre écologique, revers de la médaille de sa croissance économique à deux chiffres. La Chine, poussée par ses citoyens, investit aujourd’hui des milliards dans les énergies vertes, pour lutter contre la pollution. C’est même devenu une cause nationale puisque des mégalopoles comme Shanghai et Canton seraient vulnérables à la montée du niveau de la mer résultant du réchauffement climatique. Les autorités chinoises se sont engagées à intégrer une dimension écologique dans “chacun des aspects […] relatifs aux développements économiques, politiques, culturels et sociaux”. En janvier 2017, la Chine a déclaré vouloir porter à environ 360 milliards de dollars ses investissements dans les énergies renouvelables d’ici à 2020. Le plan 2016-2020 de la National Energy Administration vise à réduire à 58% (64% actuellement) la part de charbon utilisée dans le mix énergétique et à augmenter la proportion des énergies vertes à au moins 15%. la Chine a élevé sa capacité totale à près d’un tiers de l’énergie éolienne mondiale et est devenu le premier producteur mondial d’énergie solaire. Le Gouvernement soutient fortement l’expansion du parc de véhicules électriques, si bien la Chine devrait devenir prochainement le premier marché mondial dans ce domaine. La Chine serait-elle devenue un élève modèle ? Le greenwashing ne peut pas faire de miracle et il faudra attendre quelques années avant de voir les problèmes environnementaux disparaître. Ce sera d’autant plus long que les entreprises chinoises semblent avoir du mal à se plier aux nouvelles règles. Un audit du gouvernement chinois en 2017 a montré que 70 % des 20775 firmes contrôlées dans la région de Pékin fraudaient les normes environnementales. En décembre 2016, la municipalité de Pékin avait dû ordonner à 1200 usines de réduire, voire stopper, leur activité en raison d’un pic de pollution de l’air qui paralysait la capitale chinoise, mise en alerte rouge.

Policiers chinois sur la Place Tian’anmen (Pékin) en janvier 2017 (Wang Xin -AFP)

 

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