Tsavo Park, Kenya

éléphants au Kenya

éléphants au Kenya

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 91-93

 

Depuis le début des années 60 le gouvernement kenyan avait lancé des programmes de création de réserves naturelles pour protéger les espèces animales emblématiques de l’Afrique dont certaines, comme le rhinocéros noir, étaient en danger d’extinction. En 1981, les immenses troupeaux d’herbivores (zèbres, gnous, antilopes…) avaient pratiquement disparus, alors que la population humaine grandissait à un taux annuel de 3,5 %. Le Kenya des safaris se transformait peu à peu, avec une production agricole en pleine expansion et dont une grande partie était destinée à l’exportation (café, thé…).

Le grand Parc Naturel de Tsavo abritait près de trente mille éléphants sur 20 900 kilomètres carrés de brousse plate et de semi-désert. Le sol était beaucoup trop pauvre pour nourrir tous ces animaux dont des milliers mourraient à chaque épisode de sécheresse (qui se produisait environ tous les dix ans). Instinctivement, ces grands pachydermes auraient dû émigrer vers d’autres terrains plus riches en végétation et en eau. Ce n’était plus possible au Kenya depuis que les agriculteurs, défendant leurs récoltes, les en empêchaient. Les éléphants n’avaient d’autre choix pour survivre que de détruire jusqu’à la moindre pousse toute la végétation, transformant ainsi le parc naturel en désert. Leur population a alors peu à peu diminué. Pour sauver ses grands animaux, le Kenya pris la décision d’en interdire la chasse. Cette mesure fut soutenue par l’interdiction, dans de nombreux pays, du commerce de trophées et autres objets en ivoire ou en fourrure. Le manque à gagner était largement compensé par le produit du tourisme, deuxième source de revenus après l’agriculture…

En 1981, les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement estimaient que la préservation des grands animaux de l’Est africain, patrimoine mondial, ne pouvait être prise en charge par le seul Kenya mais nécessitait l’apport de financements internationaux.

 

La situation s’est-elle améliorée ?

Avec près de 11 000 individus, le Parc National du Tsavo abrite encore aujourd’hui la plus grande population d’éléphants du Kenya, soit un tiers de celle d’il y a 35 ans. Ces grands pachydermes restent toujours menacés par le braconnage illégal. Même si le tourisme vert représente l’une de ses principales ressources économiques, le Kenya ne semble pas avoir pris toute la mesure de l’importance de préserver la biodiversité sur son territoire. Les zones protégées ne couvrent que 7,5 % du territoire kenyan. Mis à part le Parc National de Tsavo qui représente près de la moitié de cet ensemble, le reste est parcellé en 58  parcs et réserves, véritables ilots écologiques entourés de zones agricoles ou urbaines.

En fait, le principal problème du Kenya est de n’avoir pas réussi à concilier préservation de la biodiversité et intérêts socio-économiques des Kenyans. L’explosion démographique n’a fait qu’aggraver les choses, avec une population passant  de 16 millions en 1980 à 46 millions aujourd’hui. La déforestation massive, l’assèchement des zones humides, la pollution des eaux et des sols, l’exploitation massive  des ressources du pays a provoqué, comme partout ailleurs, la destruction de nombreux écosystèmes. On ne compte plus les espèces animales disparues ou en voie d’extinction : rhinocéros blanc du Nord (dont la corne réputée, sans aucun fondement, aphrodisiaque se vendrait au marché noir environ 60 000 euros le kilo!), rhinocéros noir, antilope bubale, zèbre de Grévy, éléphant d’Afrique, lion du Kenya…

Le gouvernement kenyan ne baisse pas les bras et a créé le Kenya Wildlife Service (KWS). La stratégie de cet organisme publique est basée sur une meilleure collaboration entre les différents acteurs locaux. La prémisse défendue est que si les gens peuvent bénéficier de la faune et d’autres ressources naturelles, alors ils vont prendre soin de ces ressources (“If people benefit from wildlife and other natural resources, then they will take care of these resources”). Le Kenya Wildlife Service travaille en étroite collaboration avec de nombreuses structures internationales : WWF (World Wide Fund for Nature), UNESCO (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization), ICRAF (World Agro forestry Centre), Bioversity International, Zoological Society of London… C’est très encourageant et les générations futures pourront peut-être, elles aussi, connaitre un monde avec des éléphants d’Afrique en liberté.

 

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