Trafiquants d’armes

Trafiquants d’armes

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les chiens de la guerre – pages 459-461

 

Samuel Cummings

Samuel Cummings

Entre la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la fin des années 70, plus de 130 guerres ont fait la fortune des trafiquants d’armes. Le plus prospère des marchands d’armes légères était l’Américain Samuel Cummings, Président de la société Interarms (Alexandria, Virginie). Cummings avait travaillé quelque temps pour la CIA en tant qu’expert en armes, avant de créer en 1953 sa propre société, l’International Armement Corporation. Il n’était âgé alors que de 26 ans. Les contacts qu’il avait conservés avec l’Agence, l’ont sans doute beaucoup aidé et influencé dans la vente d’armes en Amérique Latine, notamment aux dictateurs soutenus par le gouvernement américain. Au Guatemala en 1954, il a fourni des armes au gouvernement de Castillo Armas, en République Dominicaine, il a armé le dictateur Trujillo, au Costa Rica en 1955, il a livré des mitrailleuses aux différents camps. Il avait aussi armé à la fois les forces révolutionnaires de Castro et celles des anticastristes de Batista… Les années de Guerre Froide se sont distinguées par la succession de conflits dans les pays du Tiers-Monde, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique Latine. Sam Cummings, dénué du moindre humanisme, a su en tirer profit à la perfection. A la fin des années 50, il était considéré comme le marchand d’armes le plus puissant du monde. A la fin des années 70, il contrôlait près de 90% du marché des armes légères. Pourtant, son chiffre d’affaires restait minime comparé aux entreprises aéronautiques comme Douglas, Lockheed ou Dassault. Il détenait son pouvoir de sa connaissance du terrain géopolitique et de son extrême habilité à valoriser le moindre conflit armé, n’importe où dans le monde. Il avait le don de recycler des armes sur les différentes zones de conflit du globe. Ainsi, les mêmes fusils américains Galand ont d’abord été exportés en Allemagne dans les années 50 (réarmement de l’Allemagne), avant d’être vendus en Jordanie vers 1960, puis aux Philippine (pour combattre les communistes).

Sam Cummings est mort en 1998. Interarms est aujourd’hui une filière du groupe américain High Standard Firearms (Houston, Texas) et commercialise en particulier le célèbre fusil d’assaut AK-47 (Avtomat Kalachnikova 1947, 700 $ l’unité). Business as usual…

Selon l’ONG Oxfam, il y avait en 2013 près de 1 640 millions d’armes légères en circulation à travers le monde. Comme dans les années 50, une très large partie de ces armes sont issues des surplus militaires. En effet, la grande majorité des États ont pris la fâcheuse habitude de revendre leurs vieux stocks d’armes au lieu de les détruire. Ainsi, l’effondrement de l’Union Soviétique et l’éclatement des Balkans après la dislocation de la Yougoslavie a mis sur le marché des dizaines de milliers d’armes de type AK-47. L’effondrement de la Libye du Colonel Kadhafi n’a fait qu’aggraver le phénomène, en particulier au Mali et dans le nord du Tchad. L’ironie de cette pratique mercantile irresponsable est que ces mêmes pays peuvent être victimes d’agressions commises avec des armes qu’ils ont vendues.

L’ONU a adopté le Traité sur le commerce des armes (TCA) le 2 avril 2013, instaurant ainsi la première réglementation mondiale des ventes d’armement. Le traité, entré en vigueur le 24 décembre 2014, concerne les armes classiques (avions, blindés, sous-marins, missiles…) et exclut les armes nucléaires, chimiques et biologiques. Les armes légères font encore débat, ce qui laisse de belles perspectives aux marchands de mort. L’intérêt du TCA reste limité puisque seulement 5 des 10 plus gros exportateurs d’armes ont ratifié le TCA : les Etats-Unis (n°1), la Russie (n°2) et la Chine (n°3) ne l’ont pas ratifié .

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2 Comments:

  1. Merci Marc. Comme toujours, vos articles remettent le monde en place.
    Meilleurs voeux 2018, malgré cette triste réalité.
    il n y a pas de petits gestes. Chacun pourra, a son niveau, changer le monde…. même si on ne sera plus la pour le voir.

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