Statistiques de l’alimentation

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Le recensement mondial – pages 140-145

 

En 1981 plus d’un milliards d’êtres humains étaient menacés de sous-alimentation, alors qu’on commençait à parler de problèmes d’obésité dans les pays riches. Les séries de chiffres dans cet article peuvent paraître rébarbatives, mais si on prend la peine de s’y intéresser, on comprend rapidement comment nous en sommes arrivé à mettre en danger l’équilibre de notre environnement. Nous pouvons aussi constater que le fléau de la faim dans le monde est loin d’être résolu, alors que les pays riches doivent faire face à une véritable épidémie d’obésité..

Production mondiale de denrées alimentaires

 1978 (Mt)2013-2014 (Mt)Variation (%)
Population mondiale (milliards)4,37,267%
Blé44172965%
Riz37649431%
orge196140-29%
Maïs363843132%
Avoine5025-50%
Millet3828-26%
Sorgho6957-17%
Soja80280250%
Pommes de terre27337437%
Tomates47120155%
Carottes1026160%
Olives9,33,3-65%
Huile d’olive1.82,750%
Huile de palme4541250%
Canne à sucre7811 700118%
Betteraves à sucre289250-13%
Pommes3164106%
Poires7,723199%
Abricots1,6225%
Fraises164,3-73%
Raisin56607%
Pêches et nectarines6,820194%
Oranges, mandarines…415022%
Citrons et limes4,614204%
Mangues1433136%
Bananes37110197%
Ananas6,819179%
Café vert4,67,461%
Thé1,84,1128%
Cacao4,84,5-6%
(Mt : millions de tonnes; Sources FAO et Planetoscope.com)

 

Le tableau ci-dessus met clairement en lumière certaines dérives de notre société. On observe par exemple une nette diminution de la production de céréales vivrières d’Afrique et d’Asie, telles le sorgho et le millet, au profit de céréales importées par la colonisation comme le blé. Nous constatons aussi une forte progression de la production mondiale de maïs (devenue 1ère céréale mondiale et destinée principalement à l’alimentation animale) et de soja, en majorité transgéniques. Mais la production qui a véritablement explosé au cours des dernières décennies est celle de l’huile de palme (+1250%) dont on connait pourtant les effets néfastes, directs ou indirects, sur l’environnement (déforestation) et la santé (acides gras saturés). Il semble néanmoins que l’engouement des consommateurs pour une alimentation saine puisse avoir contribué à la progression d’aliments reconnus scientifiquement pour leurs bénéfices santé. C’est le cas du thé (riche en polyphénols), des fruits et des légumes (vitamine C, caroténoïdes, polyphénols, oligoéléments, fibres).

Production mondiale de produits animaux

 1978 (Mt)2012-2014 (Mt)Variation (%)
Viande133295122
Viande de porc4911712
Viande bovine476740
Volaille26101288
Lait45877068
Beurre71043
Fromage1020100
Œufs de poule2672177
Poissons72154114
(MT : millions de tonnes; sources FAO et Planetoscope.com)

 

La production mondiale de viande a fortement progressé au cours des dernières décennies, environ deux fois plus rapidement que la population humaine. La progression la plus forte concerne la volaille. Chaque personne consommerait donc en moyenne 800 grammes de viande par semaine soit plus que les 500 g que préconise le GIEC à l’horizon 2050 dans un scénario de stabilisation du climat. Nous savons aujourd’hui que nos choix culinaires jouent un rôle très important sur l’environnement. Nous savons malheureusement aussi que la consommation de viande va encore augmenter. Selon la FAO, elle pourrait atteindre 465 millions de tonnes en 2050, selon les prévisions de la croissance démographique et de l’évolution des habitudes alimentaires. Or, pour nourrir ce bétail supplémentaire, il faudra produire encore plus de céréales, consommer encore plus d’eau potable et de pesticides, détruire encore plus de forêts… (la FAO parle de doubler la production agricole d’ici à 2050). Du fait du droit des populations des pays émergents, en particulier la Chine, à accéder au même niveau de vie que les occidentaux, nous risquons de détruire notre planète par souci d’équité !

La production d’autres sources protéiques comme les poissons a, elle aussi, fortement augmenté, ce qui n’est pas sans poser de graves problèmes pour la préservation des ressources halieutiques et de la biodiversité marine. Selon la FAO en 2010, 2/3 des espèces de poissons sont surexploitées (on estime qu’une espèce s’effondre quand les prises de pêche ont diminué de 90%). Selon l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature), les Aires Marines Protégées ne couvrent que 2,8 % des océans. Or, Greenpeace soutient que ce sont 40% de la surface mondiale des océans sur lesquelles il faudrait arrêter de pêcher complètement pour assurer une gestion durable des ressources halieutiques de l’humanité.

Si les tableaux précédents montrent une augmentation importante de la production mondiale de denrées alimentaires, les tableaux qui suivent montrent que cette nourriture n’est pas distribuée équitablement et témoignent du scandale absolu de la faim et de la malnutrition dont souffrent certains pays pauvres. Rappelons que l’apport calorique journalier recommandé par l’OMS est de 2300 Calories (ou kcal) pour un adulte.

10 pays avec la plus basse consommation calorique par habitant

1977(kcal/jour)2005-2007(kcal/jour)
Tchad1793République Démocratique du Congo1590
Iles Maldives1797Érythrée1590
Ethiopie1838Burundi1680
Cambodge1857Haïti1850
Mauritanie1894Comores1860
Sud Yémen1897Zambie1890
Guinée1921Angola1950
Mozambique1930Ethiopie1950
Bangladesh1945République centrafricaine1960

10 pays avec la consommation calorique par habitant la plus élevée

1977(kcal/jour)2005-2007(kcal/jour)
Pologne3674USA3770
Allemagne (RDA)3610Autriche3760
Bulgarie3594Grèce3700
Luxembourg3565Luxembourg3690
Belgique3565Belgique3690
Autriche3547Italie3660
USA3537Malte3590
Irlande3519le Portugal3580
Hongrie3494France3550

 

Nous pouvons voir que l’apport calorique journalier par habitant n’a pas progressé dans les pays les plus défavorisés, alors qu’il a encore augmenté dans les pays les plus riches. Si en 1977, des pays du Bloc Soviétique occupaient les premières places, ce sont les USA et des pays d’Europe de l’Ouest qui se positionnaient dans le top-ten en 2007. En 2007 l’apport calorique journalier moyen pour l’ensemble des habitants de la planète était de 2780 kcal. Cette moyenne  grimpait à 3420 kcal dans les pays les plus développés et chutait à 1820 kcal au centre de l’Afrique. Aujourd’hui, selon la FAO, environ 793 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde, soit une diminution significative par rapport au début des années 80. Les habitants des pays les plus développés souffrent de plus en plus de pathologies chroniques liées à l’excès de nourriture (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, syndrome métabolique…) alors que ceux des pays les plus pauvres continuent de souffrir et de mourir de malnutrition. Encore un paradoxe dont l’humanité gagnerait à se débarrasser.

Insoutenable drame de la faim

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Obésité infantile

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