Seveso : La terreur chimique

Seveso : La terreur chimique

Catastrophe de Seveso (1976)

Catastrophe de Seveso (1976)

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Les choses du passé – pages 290-291

 

Pourquoi donc faut-il toujours attendre qu’une catastrophe ai eu lieu avant de prendre les mesures nécessaires pour protéger les humains, les animaux et/ou l’environnement ? La catastrophe de Seveso a permis néanmoins une prise de conscience des autorités européennes et la sécurité des sites classés Seveso est aujourd’hui sans commune mesure avec ce qui était fait (ou pas) à la fin des années 70.

Le 10 juillet 1976 une terrible explosion eut lieu dans une usine chimique à proximité de la petite ville de Seveso et de trois autres villes de Lombardie du Nord de l’Italie. Un nuage rougeâtre s’échappa d’un réacteur de l’usine chimique suisse ICMESA (“Industrie Chimiche Meda Società Azionaria” – groupe Givaudan – Hoffmann-la-Roche). Le 12 juillet, la végétation et les petits animaux domestiques (chats, chiens, lapins, poules) commençaient à dépérir. Les habitants qui se trouvaient à l’extérieur au moment de l’explosion virent leur peu se couvrir de pustules et de brûlures (chloracné).

Ce n’est que 9 jours après l’explosion que les responsables de l’usine chimique firent savoir aux autorités italiennes que le nuage contenait de la dioxine (tétrachloro-2, 3, 7, 8 dibenzo-para-dioxine (TCDD)). Or les dioxines, sous-produits de processus industriels, forment un groupe de polluants organiques hautement toxiques qui persistent dans l’environnement et s’accumulent dans la chaîne alimentaire, principalement dans les graisses animales. Les dioxines peuvent provoquer des pathologies graves au niveau du développement, du système immunitaire, du système hormonal et causer des cancers. Dans le cas de Seveso, il s’agissait de la fabrication de trichlorophénol utilisé par Givaudan pour produire de l’hexachlorophène. C’est une erreur dans le processus industriel de production qui a entrainé l’explosion du réacteur.

Les ouvriers de l’usine ICMESA ont été obligés de faire grève pour obtenir sa fermeture le 18 juillet. Malgré la dangerosité de la dioxine, les autorités ne décidèrent que tardivement, deux semaines après l’explosion, d’évacuer les 739 habitants du secteur le plus gravement touché (zone “A” ). En 1981, les experts estimaient que cette zone resterait inhabitable pendant des siècles. Les travaux de décontamination ont duré plus de 5 ans, la couche superficielle du sol ayant été remplacée sur une hauteur d’au moins 25 cm dans la zone la plus contaminée En 1984, la zone A était entièrement dépolluée et la zone B déclarée à nouveau constructible. Aujourd’hui, un complexe sportif a été construit sur le site de l’ancienne usine et un parc naturel recouvre le secteur de Seveso le plus lourdement impacté.

Suite à cette catastrophe, les États Européens décidèrent de se doter d’une politique commune en matière de prévention des risques industriels majeurs. Ils mirent en place en 1982 une série de directives, rassemblée sous le nom générique de directive Seveso, qui imposaient aux États membres de l’Union européenne d’identifier les sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs et d’y maintenir un haut niveau de prévention. Cette directive fut amendée à différentes reprises et la version en vigueur depuis juin 2015, la “Directive Seveso 3”, concerne environ 10000 établissements dans l’Union européenne.

 

A propos de l’hexachlorophène

L’hexachlorophène, produit chimique de synthèse développé par une société du groupe Givaudan en 1937 et vendu sous la marque G-11,  était utilisé avant les années 80 comme bactéricide dans le talc pour nourrisson, mais aussi dans des produits d’hygiène comme le savon “Dial” (société Amour, 1948), de nombreux dentifrices (“Ipana”), bains de bouche, shampooings antipelliculaires, anti-transpirants et déodorants, nettoyants et masques pour la peau, crèmes démaquillantes, maquillage (“Revlon Natural Wonder”, “Noxzema Cover Girl Matte Make-up”…)… Aucune étude de toxicité sérieuse n’avait été menée sur ce composé chimique pour en vérifier l’innocuité. Pire encore, les laboratoires qui avaient mis cette molécule sur le marché avaient tenus secrets les résultats d’expérimentations animales trop alarmistes. À cette époque, aucun contrôle scientifique rigoureux n’était imposé pour la mise sur le marché de produits cosmétiques. Ce n’est qu’en 1972, lorsque 204 nourrissons français tombèrent gravement malades pour des raisons inexpliquées, souffrant de lésions cutanées ulcératives et d’encéphalopathie, et que 36 d’entre eux moururent, que l’on établit le caractère toxique de l’hexachlorophène qui s’était retrouvé accidentellement en très fortes concentrations (6,4 %) dans le talc Morhange (groupe Givaudan). Le gouvernement fit supprimer dans l’urgence toutes les boîtes de talc Morhange du marché. Les dirigeants des sociétés impliquées dans la catastrophe sanitaire furent mis en cause et ne furent condamnés, au terme d’une instruction interminable de 8 ans, qu’à de faibles peines (il faut dire qu’ils étaient défendus par Robert Bandinter). A la suite de cette affaire, l’hexachlorophène fut inscrit en 1984 sur la liste D des agents conservateurs non recommandés pour la fabrication de cosmétiques (Europe). Le scandale de l’hexachlorophène dans les cosmétiques a fortement incité les consommatrices à se tourner vers des produits “naturel”, sans additifs chimiques.

Dentifrice à l'hexachlorophène

Dentifrice à l’hexachlorophène

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