Sahel : Quand les ingénieurs préparaient la famine

Sahel : Quand les ingénieurs préparaient la famine

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 183-186

L'Initiative Africaine de la Grande Muraille Verte

L’Initiative Africaine de la Grande Muraille Verte

Les Touaregs ont habité pendant des siècles au Sahel, guidant leurs troupeaux sur anciennes routes de migration reliant les différents points d’eau, veillant à ne pas épuiser les régions traversées par des pâturages excessifs (le nombre de voyages sur un même itinéraire était limité par des lois islamiques).

La civilisation occidentale arriva et bouleversa la vie des Touaregs. Des frontières politiques furent tracées et coupèrent les anciennes routes de migration. Dans les années 50, l’administration coloniale française crut bon d’améliorer l’élevage et l’agriculture du Sahel en y important sa technologie, creusant des puits, vaccinant le bétail, favorisant l’irrigation, la mécanisation et le recours aux engrais. Le nombre de têtes de bétail explosa et des cultures d’exportations comme le coton et l’arachide permirent de faire entrer rapidement des devises étrangères Tout ceci fut fait au détriment de l’agriculture vivrière et nécessita de grandes quantités d’eau.

Entre 1969 et 1974 le Sahel connut une grave sécheresse qui entraina une famine coûtant la vie à plus de cent mille personnes. Les media s’emparèrent de cette tragédie et un mouvement international de solidarité permit d’éviter le pire. Pourtant, ce n’était pas une fatalité. Le peuple Touareg avait su faire face pendant des siècles à ce genre d’épisode de sécheresse. Les méthodes d’irrigations mises en place n’étaient pas adaptées aux sols fragiles du Sahel, ce qui accéléra leur érosion. Le bétail, trop nombreux, épuisa rapidement les pâturages et les points d’eau et finit par disparaître.

En 1980, le Sahel se remettait encore de la terrible sécheresse de 1974 et ne savaient pas encore qu’ils devraient affronter celle de 1983-1985. Les occidentaux s’étaient complètement trompés en voulant, dans une région soumise régulièrement à de tels bouleversements climatiques, augmenter rapidement la productivité sans prévoir de stockage de nourriture pour les mauvaises années.

La zone sahélienne subit par ailleurs une phase historique d’aridification  du  climat  lié  sans doute au réchauffement global de la planète. La dégradation des sols ne doit cependant pas être imputée uniquement au climat, mais aussi à des facteurs anthropiques : déforestation (le bois-énergie représente 85 % des besoins énergétiques des populations du Sahel), surpâturage (les routes de migration historiques ont été oubliées), monoculture, activités minières… Les sols extrêmement fragiles s’appauvrissent et les rendements agricoles diminuent.

Le Sahel est marqué par la prolifération des luttes entre communautés pour le contrôle des maigres ressources naturelles. Cette situation risque de s’aggraver avec le réchauffement climatique et le terrorisme religieux qui y trouve des conditions favorables à son expansion.

Pour tenter de freiner l’avancée du désert, un projet de plantation gigantesque d’une Grande Muraille Verte d’environ 7 000 km de long et 15 km de large, du Sénégal à Djibouti, a été lancé en 2007 par les États au Sud du Sahara (Burkina Faso, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan, Tchad) et sous l’égide de l’Union Africaine. C’est un beau projet mais qui n’a aucune chance de réussir tant que la déforestation sera plus importante que le reboisement.

Pour lutter contre la déforestation, il faudra proposer aux populations d’autres sources d’énergie que le bois. Le développement des énergies renouvelables dans cette région d’Afrique est d’un importante capitale, tant pour le bien-être de la population, que pour l’environnement et la lutte contre l’intégrisme.

 

One Comment:

  1. les projets sont nécessaires. Il est vrai que les plus ambitieux et les plus gigantesques- qui ne sont pas tjs bons malgré les bonnes intentions affichées- ne sont pas ceux qui réussissent le plus ou le mieux. Outre la mobilisation nécessaire des organisations relevant des UN, ne saurait réussir sans la prolifération de petites associations locales, fédérées aux échelles antinales, régionales et internationales.

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