Rencontre improbable

Rencontre improbable

Rencontre improbable

La célèbre pièce de théâtre “Rhinocéros” d’Eugène Ionesco est une satire de certains comportements humains face à l’émergence d’une idéologie, plus particulièrement de la lâcheté de la plupart des français sous l’occupation pendant la seconde guerre mondiale. Il décrit comment un phénomène minoritaire mais violent peut entraîner l’incrédulité des habitants qui le rejettent dans un premier temps. Il montre que ce rejet est rapidement suivi d’une indifférence générale lorsque le phénomène s’amplifie. Les individus, la société dans son ensemble, s’accoutument en fait assez facilement à ce à quoi ils étaient théoriquement opposés. La passivité, le renoncement du peuple devant les régimes totalitaires semble être une règle qui défie les âges et les frontières.

Franck Pavloff ne parlait pas d’autre chose dans sa nouvelle “Matin brun” (1998), une métaphore antifasciste contre la pensée unique qui décrit comment, les libertés peuvent être subrepticement ôtées, sans que personne ne se révolte. C’est aussi ce que Mathieu Kassovitz dénonce dans son film “La Haine” sorti en 1995. Un personnage y raconte l’histoire d’un type en train de tomber du haut d’un immeuble et qui dit à chaque étage : “Jusqu’ici tout va bien !”

L’allégorie de la grenouille est une petite fable qui illustre parfaitement ce comportement humain : Imaginez une marmite remplie d’eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Vous allumez un feu sous la marmite. Lorsque l’eau est tiède le batracien est ravi et continu sa nage. La température continue de grimper et l’eau devient chaude, pas trop chaude mais juste assez pour alanguir la grenouille qui continue de nager dans sa marmite. Même l’eau devenue trop chaude pour le petit animal ne suffit pas à le faire réagir et il advint ce qui doit advenir : La grenouille finit par mourir sans s’être enfuie… C’est triste, surtout si l’on sait qu’une grenouille plongée directement dans une eau un peu trop chaude bondirait aussitôt hors de la marmite…

Alors, réveillez-vous, indignez-vous, comme disait Stéphane Hessel, sortez de votre torpeur et commencez à vous poser enfin les vraies questions… Et surtout, réapprenez à vous émouvoir devant la beauté du monde.

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