Réinventer l’automobile

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Outils propres et impropres – pages 367-368

Embouteillage des villes

L’automobile, c’était une formidable invention … quand il y en avait peu en circulation. C’est devenu un cauchemar dont on aurait du mal à s’en passer. En 1980, on prédisait avant l’an 2000 une chute de la production pétrolière qui devait bouleverser totalement l’industrie automobile. Les constructeurs envisageaient des procédés technologiques pour retarder l’échéance : les performances énergétiques des moteurs ne cessaient d’être améliorées, des carburants non pétroliers étaient à l’étude (alcool, hydrogène) et la voiture électrique peinait à faire ses preuves.

Le gasohol semblait prometteur, mais n’était pas plus écologique que l’essence, surtout lorsque la production d’éthanol entre en concurrence avec la production de denrées alimentaires (lire article “Le gasohol“).

Le moteur diesel, dont le rendement était supérieur à celui des moteurs-essence, était promis à un bel avenir. Il est question aujourd’hui de sa disparition pure et simple des catalogues constructeurs,du moins pour les véhicules de tourisme(lire article “Auto-biographie” ). En 1997, une expertise du CNRS montrait très clairement le lien entre les fumées émanant des moteurs diesel et le risque de cancer des voies respiratoires. Ce rapport, quasiment introuvable aujourd’hui, n’a pas résisté au lobby de l’automobile et a été tout simplement enterré par le gouvernement français de l’époque. Il faudra attendre seize ans, avant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe enfin les gaz d’échappement des moteurs diesel dans la catégorie des cancérogènes pour l’homme. L’industrie automobile a réalisé des progrès notables pour réduire la consommation et l’impact environnemental des moteurs thermiques. Mais elle a si souvent truqué le jeu qu’elle a perdu toute crédibilité. Ainsi, lorsqu’en 2015, nous avons appris la tricherie sur les tests de pollution de Volkswagen, nous étions sceptiques sur la véracité des propos des autres constructeurs affirmant que rien de tel ne saurait être possible chez eux. Nous avions raison; après le “Dieselgate” de Volkswagen, c’était au tour de Nissan, Mitsubishi, Suzuki, Opel, Fiat, Renault et de PSA d’être soupçonnés d’avoir mis en place depuis plusieurs années “des stratégies frauduleuses”. La motorisation diesel émet dans l’air du dioxyde de carbone, des oxydes d’azote (NOx) et des particules en suspension. Les progrès réalisés par les constructeurs pour réduire cette pollution ont leurs limites. Les pots catalytiques ne sont pas efficaces à froid et n’ont donc aucun effet bénéfique sur de petits trajets urbains. Les filtres à particules ne permettent de retenir efficacement que les plus grosses particules, mais pas les plus fines, qui sont à l’origine de différents problèmes de santé pulmonaire et cardiovasculaire. À Tokyo la lutte anti-diesel commencée au début des années 1990 a contribué à faire chuter la concentration en particules fines de 55 % entre 2001 et 2011.

DieselGate

On envisageait construire un jour des moteurs ne consommant pas plus de 4 litres aux 100 kilomètres et pouvant fonctionner avec des combustibles de synthèse, ce qui n’était pas forcément une bonne idée, d’un point de vue environnemental (lire article “Les combustibles de synthèse” ). La production de carburant à partir de schistes ou de sables bitumineux se reposera certainement lorsque les cours de pétrole auront atteint un seuil critique. En attendant, il est possible aujourd’hui d’acheter une voiture de série dont la consommation mixte normalisée est de seulement 3 l/100 km. La consommation moyenne normalisée des voitures neuves immatriculées en France en 2015 était inférieure à 4,5 l/100 km. L’objectif pour 2020, imposé par l’Union européenne, est de 3,8 l/100 km (95 g de CO2/km).

L’hydrogène était présenté par les scientifiques comme la réponse à long terme au problème du pétrole (pénurie annoncée et pollution). C’est l’élément le plus abondant dans l’Univers et, en théorie, il est possible d’en fabriquer par hydrolyse de l’eau, mais ce procédé est encore loin d’être économiquement rentable. 95 % de l’hydrogène est fabriqué aujourd’hui à partir de gaz naturel (vaporeformage) ou de charbon de bois (gazéification), ce qui ne constitue pas une solution durable.D’autres technologies vertes, très prometteuses sont étudiées, comme le reformage de liquides issus de la biomasse (éthanol), la gazéification de biomasse, l’électrolyse photoélectrochimique ou photobiologique de l’eau…(energy.gov)

Les véhicules électriques n’étaient encore que peu développés en raison des faibles performances des batteries peu puissantes, volumineuses, lourdes, et dont la recharge était une opération fréquente et très longue. De plus la production et l’élimination de ces batteries étaient des procédés extrêmement polluants à cause des rejets de plomb, de zinc, d’acide sulfurique…

Le principal frein au développement du marché des véhicules électrique est le manque infrastructure pour la recharge rapide des batteries. La voiture électrique a fait des progrès considérables, en particulier au niveau des batteries permettant une autonomie de plus en plus importante et des charges de plus en plus rapides. Mettons à part la batterie de 100 kWh de la version P 100 D de la Tesla S réservée aux plus fortunés (140.300 €) et qui affiche une autonomie record de plus de 600 kilomètres. Samsung SDI, qui fabrique des batteries lithium-ion pour automobiles, a dévoilé récemment une nouvelle génération de batterie qui pourrait offrir 600 kilomètres d’autonomie et se recharger à 80% en seulement 20 minutes. Il y a aussi le problème du lithium nécessaire à la confection des batteries électriques. Les gisements exploitables de ce métal alcalin rare se trouvent essentiellement dans les zones dotées de grands lacs salés comme au Chili, en Bolivie, aux États-Unis, en Argentine, au Tibet, en Afghanistan et en Australie. L’extraction de lithium, consommant de grandes quantités d’eau et polluant sols et réserves d’eau, n’est pas tout à fait compatible avec l’idée que l’on se fait d’une énergie verte (la même remarque pourrait être faite concernant l’extraction d’uranium pour l’énergie nucléaire). Tant que la voiture électrique reste sur son marché de niche, le risque de pénurie de lithium restera éloigné. Mais les réserves limitées de ce métal ne permettront pas de faire face à une forte demande de l’industrie automobile, et il sera nécessaire de développer des filières de recyclage des batteries.

SkyTran

SkyTran

Un autre problème à résoudre pour limiter l’impact environnemental de l’automobile serait d’éviter que celle-ci ne transporte la plupart du temps qu’une personne, le conducteur. C’était déjà le cas il y a 40 ans, ce qui avait pour conséquence de créer de monstrueux embouteillages à la périphérie des villes, puisque beaucoup d’automobilistes se rendaient aux mêmes endroits et aux mêmes heures. On allait parfois plus vite en vélomoteur, en vélo, voire à pied. Certains avaient imaginé le “transport public personnel rapide” qui consistait en un réseau de voitures électrique téléguidées, pilotées par ordinateur. L’imagination ne manquait pas. Pour lutter contre la congestion des routes par des automobiles dont le taux d’occupation stagne autour de 1,2 personne, les services publics tentent, à priori sans grand succès, de rendre plus attractifs les transports en commun,  (les usagers de la SNCF ou de la RATP ont pu constater ces dernières années une dégradation des services associée à une augmentation des tarifs). Le covoiturage permet de contourner la réticence de certains automobilistes à abandonner leur cher véhicule particulier. L’Internet a beaucoup contribué à l’émergence de cette pratique en facilitant la mise en relation entre conducteurs et passagers. Avec 20 millions d’utilisateurs en 2015, BlaBlaCar (covoiturage.fr de 2004-2013) est leader mondial du covoiturage. Pour ce qui est du projet “transport public personnel rapide”, il pourrait être lancé à Tel-Aviv (Israël), grâce au système SkyTran développé par la NASA et qui se présente comme une capsule propulsée par lévitation magnétique. Les utilisateurs pourraient commander leur capsule à l’avance en indiquant leur point de départ et leur destination…

 

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