Régulation intégrée des insectes nuisibles

Culture du coton

Culture du coton

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 44-46

Les agriculteurs de la vallée de Cañete au Pérou cultivaient le coton depuis le temps des Incas, il y a des milliers d’années, sans aucun pesticide chimique. Ces derniers, en particulier le DDT, le BHC et le toxaphène, ont été introduits dans le pays en 1949 à la suite d’une invasion de vers de coton. A partir de cette date, la culture du coton péruvien a necessité de plus en plus de pesticides répandus en masse sur les cultures, causant la disparition de la plupart des oiseaux et des insectes, mais pas celle des insectes nuisibles. L’explication est simple : les pesticides diminuent le nombre des insectes qui constituent la principale nourriture des oiseaux. La population de ces derniers est alors naturellement diminuée. Faute de prédateurs, les insectes nuisibles peuvent proliférer tranquillement. C’est une suite logique d’évènements dépendants, mais l’agriculteur péruvien est têtu. On se mit à utiliser des composés chimiques de plus en plus toxiques, comme le parathion.

Le rendement à l’hectare, qui était de 500-600 kg avant 1949, est tombé à moins de 350 kg dans les années 50, avec des coûts de production plus élevés, conséquence de l’inflation des produits issus de la pétrochimie.

Les agriculteurs péruviens n’étaient pas plus idiots que les autres. Ce scénario a été reproduit partout dans le Monde.

En 1981, les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement dénonçaient déjà l’utilisation intensive des pesticides chimiques et préconisaient la régulation intégrée des insectes nuisibles basée sur la tolérance d’une population limitée de nuisibles. L’idée était de ne pas utiliser de traitements dont le coût aurait été plus élevé que celui des dégâts qu’auraient causés les nuisibles. On ne pouvait être plus pragmatique. Il était question d’utiliser des moyens de lutte plus naturels, tels que la polyculture. On commençait aussi à parler de lutte biologique qui consiste à utiliser des prédateurs (coccinelles contre pucerons) ou des parasites naturels des nuisibles (guêpes trichogrammatides ou spores de Bacillus thuringiensis contre larves de lépidoptères). Une autre technique efficace consistait à lâcher dans la nature des mâles stérilisés d’espèces nuisibles (mouches charbonneuses). Il était aussi question d’utiliser des phéromones pour attirer les mâles dans des pièges.

Le gouvernement péruvien décida de mettre en place une campagne de lutte intégrée pour sauver ses agriculteurs de la faillite. Il fut décidé de procéder à des pulvérisations d’arsenic et de nicotine, procédé traditionnel avant 1949, et d’alterner la culture du maïs avec celle du coton. Les rendements de coton ont alors grimpé à des niveaux encore jamais atteints.

 

Qu’avons-nous fait depuis 1981 pour éviter le pire ?

35 ans après, la culture du coton utiliserait 10% des insecticides utilisés en agriculture, après le riz et le blé, pour seulement 2,5% de la totalité des terres cultivées. Le coton n’aime décidément pas l’environnement puisqu’il nécessite aussi une irrigation massive (7 000 à 29 000 litres d’eau pour produire 1 kg de coton, 3ème plus gros consommateur d’eau après le riz et le blé) et que des composés chimiques (chlore et azurants) sont utilisés pour son blanchiment.

Et la vallée de la Cañete ? Rassurez-vous, les agriculteurs péruviens se sont définitivement débarrassés de ces foutus pesticides. Ils cultivent du coton biologique “Pima” (Gossypium barbadense),  originaire du Pérou, dans des champs exempts de pesticides, engrais et autres substances chimiques. Le coton Pima, d’une finesse et d’une longueur de fibre exceptionnelle par rapport au coton habituel, est un coton haut de gamme réputé pour sa douceur, sa souplesse, sa solidité et sa durabilité incomparables. Comme quoi il peut être utile d’écouter les scientifiques qui se préoccupent de préserver l’environnement, c’est souvent économiquement très rentable.

 

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