Recette de l’eau du robinet

Recette de l’eau du robinet

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – page 512

Judith Serrin, une journaliste scientifique décrivait dans le Detroit Free Press (28 mai 1978) comment l’eau du robinet de la ville de Detroit était traitée. L’eau tirée du fleuve Saint-Laurent était d’abord grossièrement filtrée pour ôter les grosses impuretés telles que les branches d’arbres et les poissons. Ensuite on y ajoutait du chlore comme antimicrobien, du fluor pour la protection dentaire, du sulfate d’alumine pour fixer les impuretés, du charbon actif pour éliminer les mauvais goûts… La production moyenne quotidienne d’eau potable à Détroit en 1975 était 2,6 milliards de litres et la consommation de 740 litres par personne. La consommation augmentait brutalement pendant les “pointes TV”, lorsque la plupart de téléspectateurs se levaient au même moment de leur fauteuil pendant les pubs, pour se rendre aux toilettes ou boire un verre d’eau.

La recette n’a pas beaucoup changé depuis 1978 : captage, grillage, tamisage, floculation, décantation, filtration sur sable, ozonation, filtration sur charbon actif, chloration. L’ozonation permet de supprimer les microorganismes (bactéries, virus…) et certaines molécules organiques.

Une eau est dite potable lorsqu’elle présente certaines caractéristiques qui la rendent propre à la consommation humaine. Les spécifications, qui varient en fonction des pays, concernent les paramètres suivant : qualité organoleptique (couleur, turbidité, odeur, saveur) ; température, pH, concentrations en ions (chlorures, sulfates, nitrates, nitrites), en  pesticides, en hydrocarbures, en métaux lourds (arsenic, cadmium, plomb….), présence de microorganismes.

Aujourd’hui, seulement 3% de l’eau de la planète est de l’eau douce et 1% de la population (748 millions de personnes en 2015) n’a pas accès à de l’eau potable. Selon les experts du Programme Mondial des Nations-Unies  pour l’évaluation des ressources en eau, le monde pourrait faire face à un déficit hydrique global de 40 % à partir des années 2030. On parle de stress hydrique lorsque les ressources en eau douce disponible sont insuffisantes pour répondre aux besoins humains de base, c’est-à-dire inférieures à 1 700 m3 par an et par personne. Le risque de stress hydrique ne concerne pas uniquement les zones désertiques, mais menace aussi le Sud Méditerranéen (Espagne, Portugal, Sud de l’Italie, Grèce…). La montée des eaux, accélérée par le réchauffement climatique, entraîne une pénétration d’eau salée dans les nappes phréatiques, comme dans certaines îles du Pacifique contraintes d’importer de plus en plus d’eau douce. Les pays les plus riches (Californie, Pays du Golfe) pourront toujours construire des centres de dessalement pour produire de l’eau potable à partir de l’eau de mer, mais les plus défavorisés risquent de payer très cher la pénurie de l’or bleu.

Produire de l’eau potable a un coût non négligeable, loin d’être à la portée de toutes les régions du monde. Selon l’ONU, il faudrait investir au moins 250 milliards d’euros pour  atteindre une couverture universelle. C’est beaucoup, mais sans doute encore sous-estimé si l’on tient compte de la pression démographique (9,5 milliards en 2050), des besoins croissants de l’industrie et de l’agriculture, de la pollution continue des eaux, du réchauffement climatique….

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