Pulvérisations d’insecticides

Le printemps silencieux (1962)

Le printemps silencieux (1962)

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 172-174

 

L’utilisation d’insecticides chimiques n’a cessé d’augmenter depuis le début du XXème siècle.

  • 1939 : Utilisation du DDT (DichloroDiphénylTrichloroéthane) pour tuer les poux vecteurs du typhus.
  • L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) lança une campagne de traitement au DTT pour lutter contre les moustiques vecteurs de la malaria. Des millions de vies furent sans doute épargnées.
  • 1944 : Premières études montrant l’impact négatif des pesticides sur les abeilles.
  • 1947 : Apparition d’insectes résistants au DTT.
  • 1949 : Le DDD (DichloroDiphénylDichloroéthane) permit d’éliminer les moucherons en Californie mais contamina par la même occasion toute la chaîne alimentaire (poissons, oiseaux).
  • D’autres insecticides organochlorés ou organophosphorés, pour la plupart extrêmement toxique, furent utilisés. Mais à chaque fois apparaissaient des souches résistantes d’insectes.
  • En 1962, la biologiste américaine Rachel Carson tire pour la première fois la sonnette d’alarme en dénonçant de son livre “Printemps silencieux” les effets néfastes des pesticides sur l’environnement. La prise de conscience écologiste était née.
  • En 1981, plus de 200 espèces étaient résistantes aux insecticides. On estimait à seulement 1% la quantité de pesticides atteignant sa cible, mais les écosystèmes étaient impactés en totalité : des espèces comme le faucon pèlerin, les orfraies ou les aigles chauves avaient ainsi pratiquement disparu.
  • En 1981, le tissu adipeux d’un européen contenait en moyenne 12 mg de DDT par kg et le taux chez un travailleur pouvait atteindre 1 g/kg. L’agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) estimait que 200 américains mourraient chaque année à cause des pesticides

En 1981, les scientifiques s’alarmaient de l’utilisation massive des insecticides dans les pays en voie de développement et pensaient que le problème était maitrisé dans les pays riches. Nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien.

 

35 ans après, la situation a empiré

La consommation mondiale de pesticides est en constante augmentation, passant de 0,49 kg/ha en 1961 à 2,0 kg/ha en 2004.

Le principal obstacle pour une réduction de l’utilisation des pesticides (insecticides, herbicides, fongicides…) est la cupidité. Le marché mondial des pesticides est estimé à 40,5 mds $, dont 9,74 mds $ pour les seuls insecticides (Observatoire des pesticides). Ce chiffre est relativement stable depuis le début du siècle.

L’autre obstacle est l’efficacité des pesticides qui, avec les engrais, ont permis en un demi-siècle de multiplier par 3 la productivité. De plus les pertes occasionnées aux cultures restent importantes, ce qui ne va pas dans le sens d’une diminution des produits phytosanitaires.

En 1981 on s’alarmait de l’utilisation de pesticides dans les pays en voie de développement irraisonnée, croyant que les pays riches maitrisaient la situation. Force est de constater qu’il n’en est rien.  Les plus gros utilisateurs de pesticides sont les Européens (12,85 mds $), loin devant l’Asie (9,36 mds $), l’Amérique du Sud (8,41 mds $) et l’Amérique du Nord (8,33 mds $). L’Afrique ne dépense quant à elle que 1,54 mds $ en pesticides (3,8% du total mondial), dont une majorité d’insecticides.

Les pesticides organochlorés de première génération comme le DDT, Polluants Organiques Persistants (POP) particulièrement dangereux pour la santé humaine et interdits dans de nombreux pays comme les Etats-Unis et l’Union Européenne lors de la Convention de Stockholm (mai 2001), persistent encore aujourd’hui dans l’environnement. Ils se retrouvent dans la chaine alimentaire et s’accumulent dans les tissus adipeux des prédateurs tels que l’homme. Ces substances ont été remplacées par d’autres produits dont les organophosphorés, moins persistant dans l’environnement … mais plus toxiques (effets neurotoxiques sur les vertébrés). Parmi les autres grandes familles de pesticides utilisés aujourd’hui  on retrouve les pyréthroïdes (insecticides très toxiques pour les organismes aquatiques) et les carbamates (insecticides et fongicides très toxiques).

Le nombre de décès liés aux pesticides est très difficile à évaluer, ce qui constitue l’un des principaux freins dans la lutte contre les pesticides. En effet, mis à part les cas des suicide par pesticide (~250 000 décès /an) et celui des intoxications aiguës  accidentelles (agriculteurs), le lien entre une exposition chronique de longue durée (alimentation, eau, air) et un nombre important de pathologies (cancers, Parkinson, Alzheimer, stérilité…) ne peut être démontré. Ceci est d’autant plus difficile que nous sommes soumis à de véritables cocktails de molécules donc la toxicité n’a été évaluée que pour les produits purs. Si certaines substances sont mises en cause, c’est souvent parce qu’elles ont été plus étudiées que d’autres dont certaines n’ont pas fait l’objet d’études épidémiologiques sérieuses.

Les autorités ont refusés d’admettre pendant longtemps que les pesticides néonicotinoïdes, fabriqués par les géants de l’industrie chimique Syngenta et Bayer, étaient responsables en grande partie de la diminution significative de la population des abeilles Ce n’est que récemment en 2014, soit plus de 20 ans après la mise sur le marché,  que l’EPA  a  établi des règles pour limiter l’utilisation de cette famille de pesticides en présence d’abeilles et en particulier au moment de la pollinisation. 72 ans après les premières publications sur le sujet… il ne faut jamais désespérer. Albert Einstein prédisait : “Mankind will not survive the honeybees’ disappearance for more than five years.” (l’humanité ne survivra pas plus de 5 ans à la disparition des abeilles). Heureusement pour nous, il s’est quelque fois trompé… malheureusement pour nous, il a souvent eu raison.

 

Et en France ?

La France est le premier consommateur européen de pesticides, mais c’est aussi le premier producteur agricole, avec 20 % des surfaces cultivées de l’Union européenne. Le profond attachement de la France pour les produits phytosanitaires, dont elle est le plus gros consommateur derrière les Etats-Unis et le Japon, est sans doute dû aux politiques d’après-guerre décidées en réalité par les Etats-Unis. Les Etats-Unis ont importé leur modèle agricole productiviste en Europe grâce à l’aide financière et matérielle du plan Marshall. Sans vouloir heurter notre orgueil, nous n’avons pas mieux résisté que les pays en voie de développement (voir “La révolution verte“). Il sera très difficile de réduire l’utilisation des pesticides dont le marché français représente un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros (2011).

 

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