Promesses de retour : Le bison de prairie

Bison de prairie

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Promesses de retour – pages 293-294

 

Avant 1870, près de 60 millions de bisons sillonnaient les grandes plaines d’Amérique du Nord et se déplaçaient en troupeaux énormes (certains observateurs de l’époque ont raconté en avoir vu défiler pendant plus d’une journée). Pendant des millénaires, les tribus indiennes des plaines ont tiré leur nourriture,  leurs vêtements, leurs abris et leurs outils de ces gros bovidés sauvages. Ils considéraient le bison comme un animal sacré (Pour les Sioux-Lakotas, le bison était la représentation terrestre du soleil) et ne prélevaient des troupeaux que ce qui leur était nécessaire. Grâce à cette gestion durable des ressources naturelles, cet écosystème aurait pu continuer pendant encore des siècles.

Malheureusement, l’homme blanc ne partageait pas ce respect profond de la nature. Il réussit l’exploit d’anéantir en à peine 20 ans, de 1870 à 1890, pratiquement tous les troupeaux de bisons. Le but était d’affamer les Cheyennes, Sioux et autres tribus, pour laisser la place à sa “civilisation”, ce qui n’était pas très glorieux. Les sociétés de chemin de fer payèrent des chasseurs pour faire le sale boulot, pendant que l’armée américaine faisait la guerre aux indiens. Entre 1872 et 1874 les chasseurs blancs massacrèrent 3,6 millions de bisons, laissant les carcasses pourrir sur l’herbe. A lui seul, le célèbre “Buffalo-Bill” (William Cody) en extermina 4280 en une seule saison, pour le bénéfice du Kansas Pacific Railroad. Les guerriers indiens, malgré leur bravoure, ne faisaient pas le poids face aux blancs. En 1884, il restait moins de 500 bisons sauvages ! Bien que la plupart des bisons rescapés fussent placés en 1894 sous la protection du parc national de Yellowstone, les braconniers continuèrent à les tuer allègrement, si bien que le dernier troupeau sauvage ne comptait plus que 20 animaux.

A cette époque, le sort des Amérindiens n’était guère plus enviable que celui des bisons. Le 29 décembre 1890 à Wounded Knee (Dakota du Sud), le 7° régiment de cavalerie massacra sans raison valable plus de 300 sioux de la tribu Lakota dont des dizaines de femmes et d’enfants. La stratégie morbide des envahisseurs blancs consistant à affamer les peuples indigènes avait porté ses fruits.

Chasseurs de bisons des plaines

Chasseurs de bisons des plaines

Heureusement, un groupe d’écologistes, soutenus par le Président Theodore Roosevelt, fonda en 1905 l’American Bison Society pour inciter le gouvernement à créer des réserves naturelles permettant d’accueillir des bisons sauvages en Oklahoma (15 animaux), dans le Montana (34), le Dakota du Sud et le Nebraska (23). Les troupeaux se développèrent rapidement et on comptait près de 10 000 animaux à la fin des années 1970 et plus de 500 000 en 2016. C’est le premier cas américain de réintroduction réussie d’une espèce de mammifères à l’état sauvage. En mai 2016, le bison a été promu “Mammifère officiel des États-Unis” à la suite de la promulgation du National Bison Legacy Act.

Les bisons ont commencé à poser des problèmes de surpâturage et d’évasions en dehors des parcs naturels où ils vivent aujourd’hui. Les éleveurs les accusent de transmettre la brucellose à leurs troupeaux. Les gardes des parcs sont obligés depuis quelques années à abattre tous les ans plusieurs centaines de bisons afin de réguler leur population. Ainsi, 1900 bêtes ont été abattues pendant l’hiver 2007. Pourtant les Indiens demandent depuis des années, généralement sans succès, à ce que les bisons en surplus dans les parcs leur soient donnés pour les réimplanter sur leurs réserves, ce qui ne serait, après tout, qu’une infime compensation des dommages subis.

 

Promesses de retour : La loutre de mer
Promesses de retour : Le cygne trompette
Promesses de retour : L’oryx d’Arabie
Promesses de retour : L’oie d’Hawaï
Promesses de retour : La vigogne
Promesses de retour : L’alligator du Mississippi
Promesses de retour : La grue blanche d’Amérique

Comments are closed