Promesses de retour : La vigogne

Vigogne

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Promesses de retour – pages 296-297

 

La vigogne (Vicugna vicugna) est une sorte de chameau miniature vivant sur les hauts plateaux des Andes, à plus de  4000 mètres d’altitude, dans un désert rocailleux entrecoupé de plaques de végétation éparses. Ce sont ces conditions très rudes qui ont contribué à la survie de cette espèce parfaitement adaptée à son milieu naturel, de même que son statut divin attribué par les Incas. Mis à part les nobles, les Incas n’avaient pas le droit de chasser les vigognes. Seuls les souverains pouvaient porter des vêtements tissés à partir de laine de vigogne dont les brins étaient deux fois plus fins que ceux des meilleurs mérinos. Pas moins de 12 toisons entières étaient nécessaires pour réaliser un mètre de tissu.

Tout se passa autrement avec l’arrivée des espagnols qui se mirent rapidement à massacrer les vigognes pour en vendre les toisons. Abattre tout un troupeau de vigognes était chose aisée. Il suffisait de tuer le mâle dominant qui s’avançait généralement devant les intrus pour protéger les siens, puis d’exterminer le reste du troupeau qui revenait toujours sur les lieux du massacre. Heureusement, un excellent taux de fécondité empêcha la population de vigognes de chuter trop rapidement. En 1900, il en restait près d’un million au Pérou et en Bolivie. Mais face aux chasseurs modernes en hélicoptères, la vigogne avait peu de chance de s’en sortir. Il n’en restait plus que 100 000 en 1950, 10 000 en 1960 et moins de 6000 en 1974 (dont une grande majorité au Pérou).

Un diplomate péruvien, Felipe Benavides, abandonna sa carrière pour se consacrer à la préservation des vigognes dans son pays. Il réussit à alerter l’opinion publique et à convaincre le Pérou de construire la réserve de pampa Galéras, dans les monts Ayacucho. Un troupeau initial de 650 têtes a pu ainsi prospérer pour atteindre en quelques années  une population de 23 000. En 1969, le Pérou et la Bolivie signèrent un traité interdisant de tuer des vigognes, suivis peu après par le Chili et l’Argentine. En 1970, la vigogne fut inscrite sur la liste UICN des espèces rares et menacées.

En 1980, un marché noir existait encore en Bolivie pour de la laine de vigogne, vendue à des sommes très élevées, parfois à des maisons de haute couture telles que Dior. D’autre part, les troupeaux étaient devenus si importants que la nourriture commençait à manquer dans les réserves et qu’il devenait impératif d’ouvrir d’autres parcs… ou de recommencer à abattre des vigognes. Malgré ces menaces, la population de vigogne a réussi à se restaurer et était estimée à 150 000 animaux en 2008.  Néanmoins, le Groupe de spécialistes des camélidés de la Commission de la sauvegarde des espèces (CSE) de l’UICN s’est alarmé de l’ampleur du braconnage de vigogne et estime que plus de 5000 vigognes auraient été tuées pour leur laine au cours des huit dernières années.

Il faut dire que la laine de vigogne est exceptionnellement rare et coûte 8 à 10 fois plus cher à produire que le cachemire ! Les lainiers Loro Piana, récemment achetée par le Groupe LVMH, Agnona et Ermenegildo Zegna, regroupés dans l’International Vicuna Consortium, commercialisent depuis 2002 la laine de vigogne dans des conditions réglementées. Même si Loro Piana a créé deux réserves privées, l’une au Pérou et l’autre en Argentine, pour élever des vigognes en semi-liberté, il n’en demeure pas moins que c’est la demande qui crée le marché. Si l’engouement pour la laine de vigogne continue à croître chez les fabricants de vêtements de luxe, comme c’est le cas depuis 2014, l’explosion des prix risque d’attirer certaines convoitises. Le plus drôle c’est que Loro Piana revendique d’avoir sauvé l’espèce andine…

 

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