Promesses de retour : La loutre de mer

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Promesses de retour – pages 292-293

 

De nombreuses espèces animales ont disparu à cause de l’activité humaine, et ce phénomène tend à s’aggraver de manière catastrophique (“Faire-part de décès : Les espèces animales éteintes” et “Espèces animales disparues” ). Mais il est aussi arrivé, certes moins souvent, que l’homme parvienne à préserver l’habitat d’une espèce, autrement condamnée à disparaître, ou à élever en captivité les derniers couples d’une espèce en voie d’extinction.

Loutre de mer

La loutre de mer (Enhydra lutris) est un petit mammifère marin plutôt maladroit sur la terre ferme mais extrêmement rapide dans l’eau. C’est un animal fort rusé qui se nourrit de petits crustacés et de coquillages dont il brise la carapace en les frappant avec une pierre plate, tout en faisant la planche sur le dos. Mais la loutre a un problème : sa fourrure soyeuse, la plus dense de tous les mammifères, attirait la convoitise des chasseurs depuis 1741 (date de l’expédition de Vitus Béring, lire “Faire-part de décès : Les espèces animales éteintes”), ce qui a failli entrainer la disparition de l’espèce. Elles furent chassées par dizaines de milliers, depuis l’île de Sakhaline jusqu’en en Californie en passant par l’Alaska et les îles Aléoutiennes. La chasse aux loutres de mer était devenue une activité extrêmement rentable pour les Russes qui n’hésitèrent pas à conquérir les îles Aléoutiennes, puis l’Alaska, dans le seul but d’étendre leurs territoires de chasse. L’hécatombe dura plus d’un siècle, si bien qu’en 1850, la loutre de mer canadienne était déjà considérée comme disparue sur le plan commercial.

L’Alaska, presque entièrement vidé de ses populations de loutres de mer, perdit tout intérêt économique pour le gouvernement Russe qui n’hésita en 1867 pas à vendre cet immense territoire aux Etats-Unis . En 1900, la ressource était épuisée et seulement 127 peaux se vendirent sur le marché, à des prix astronomiques (2500 $). La chasse cessa d’être rentable et en 1911, on ne comptait que 1000 à 2000 individus, soit 1 % de la population initiale. Les Etats-Unis, l’Angleterre (Canada), la Russie et le Japon signèrent alors le “Traité international sur le phoque à fourrure” protégeant les loutres de mer dans la nouvelle Réserve Nationale d’Animaux Sauvages des îles Aléoutiennes (70 îles sur plus d’un million d’hectares). Les loutres de mer recommencèrent à se multiplier et on en comptait plus de 50 000 en 1981 et 85 000 en 2012. Ce n’est pas simplement un petit animal attendrissant à la fourrure soyeuse qui avait été ainsi sauvé, mais un maillon essentiel de l’écosystème marin côtier du Pacifique Nord.

Même la loutre de mer de Californie que l’on croyait disparue fut sauvée, à partir d’un petit groupe de moins de 200 individus découvert près de Monterey (Californie, sud de San-José) en 1904. En 1981, la population avait décuplé, puis fut estimée en 2006 à 2 800 individus vivant sur 400 km de côte. Mais la loutre de Californie devait affronter la colère des pêcheurs qui l’accusaient de dévorer les coquillages, en particulier dans la zone de Pismo Beach connue pour son banc de clams. Pourtant le petit mammifère, même s’il était gourmand, pouvait être bénéfique pour les ormeaux dont il dévorait certains prédateurs comme les échinodermes (étoiles de mer, oursins…).

Pour accélérer la recolonisation de leur habitat naturel historique, de nombreuses tentatives de réintroduction des loutres de mer, plus ou moins couronnées de succès, ont été réalisées dans les années 1960-1970.  Des groupes d’animaux ont été déplacés des îles Aléoutiennes vers les côtes nord-américaines, en particulier en Colombie-Britannique (Canada) et dans l’État de Washington (États-Unis).

Grâce à tous ces efforts, les loutres de mer ont recolonisé la quasi-totalité de leur ancienne zone de présence, mais avec une répartition beaucoup moins dense qu’au début du XIXème siècle. Elles sont inscrites sur la liste des espèces en danger de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). La loutre de Californie reste particulièrement menacée mais la diminution la plus spectaculaire est celle des loutres des Aléoutiennes qui ont vu leur population divisée par dix dans le années 1990. Le responsable  serait l’orque, obligé de mettre le petit mammifère à son menu à cause de la pénurie de phoques, pénurie sans doute due au déclin des bancs de poissons consécutif à la surpêche. L’équilibre des écosystèmes est très fragile et l’homme est souvent responsable de catastrophes qu’il n’imagine même pas.

Les loutres de mer sont aussi menacées par d’autres dangers, notamment la pollution des océans de plus en plus importante. Elles sont particulièrement sensibles aux marées noires, car contrairement aux autres mammifères marins qui sont protégés du froid par leur épaisse couche de graisse, leur protection thermique n’est due qu’à la couche d’air emprisonnée à l’intérieur de leur fourrure. Si leur fourrure est recouverte de pétrole, les loutres meurent de froid. C’est ce qui s’est passé lors de la marée noire de 1965 au large de Great Sitkin (Alaska) au cours de laquelle  une colonie de 600 individus fut réduite à 6 en seulement quelques jours.

 

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