Promesses de retour : La grue blanche d’Amérique

Grue blanche d'Amérique

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Promesses de retour – pages 298-299

 

La grue blanche d’Amérique (Grus americana) vit dans des zones humides à la végétation riche. Ce type de milieu qui prédominait en Amérique du Nord à l’époque préhistorique a progressivement disparu et l’espèce n’a pas su s’adapter au changement. A l’arrivée des européens, il n’y avait plus qu’environ 1500 spécimens, concentrés sur un petit territoire compris entre le golfe du Mexique et la Saskatchewan au Canada. Entre 1870 et 1900 les colons asséchèrent les marais pour les besoins de l’agriculture et de l’élevage et pour construire des villes et des routes. Cette destruction de leur habitat naturel provoqua l’extermination de 90% des grues restantes. Déjà en 1900, l’espèce était considérée en voie d’extinction et un spécimen empaillé du Smithsonian Institute portait même l’inscription “presque éteint” aux côtés d’un grand pingouin et de neuf pigeons migrateurs américains.

En 1937, la Réserve Nationale de l’Arkansas (Arkansas National Wildlife Refuge) s’étendant sur 18 800 hectares fut créée pour abriter pendant la période d’hivernage les 18 grues blanches survivantes, malgré la pollution des forages pétroliers à proximité. En 1959, la Réserve de Wood Buffalo (Canada), à 700 km du cercle polaire, accueillait les 36 oiseaux qui restaient pendant la période de nidification. Cette zone naturelle préservée faillit être menacée par un projet de chemins de fer qui fut heureusement modifié, suite aux protestations des écologistes. Les grues blanches étaient suivies tout au long de leur migration par un réseau de volontaires, afin de les protéger des nombreux dangers qu’elles pouvaient rencontrer au cours de leur périple. En 1975, un groupe de 9 grues furent ainsi sauvées en les éloignant d’un marais contaminé par la grippe aviaire. Grâce à cette vigilance, la population de grues blanches augmenta pour atteindre 109 individus en 1979. En 2015 il n’y avait encore que 161 grues en captivité et 462 en liberté, en particulier dans les marais de l’Aransas National Wildlife Refuge et dans le Parc National de Wood Buffalo.

Si la chasse excessive, la dégradation de l’habitat et les perturbations humaines ont causé le déclin de l’espèce, les principales causes de décès chez ces oiseaux sont aujourd’hui la collision avec les lignes électriques haute-tension, la diversité génétique limitée et la dégradation de l’habitat. La grue blanche d’Amérique est inscrite sur la liste rouge UICN des espèces en danger. Les efforts intensifs de sélection et de réintroduction en captivité continuent. Certains œufs produits par des couples captifs sont pris en charge par des humains déguisés en grues blanches, procédé connu sous le nom de “costume-rearing”. Ces oiseaux réintroduits dans leur habitat naturel n’ont pas acquis l’instinct de migration car les oiseaux juvéniles doivent apprendre les itinéraires de migration de leurs parents. De petits avions blancs sont alors utilisés comme oiseaux “parents”  pour guider les juvéniles lors de leur premier voyage vers leur aire d’hivernage. Bien que ces méthodes aient connu un succès mitigé, la population de grues blanches d’Amérique à l’état sauvage augmente régulièrement.

 

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