Pluies acides sans frontières

Forêt dévastée par pluies acides (Plöckenstein)

Forêt dévastée par pluies acides (Plöckenstein)

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 174-177

 

Dans les années 60 les biologistes suédois s’inquiétaient déjà de la surmortalité des alevins dans leurs lacs. Ils découvrirent que cette mortalité était due aux pluies acides venues des cheminées des usines d’Allemagne et d’Angleterre qui crachaient des tonnes d’oxydes de soufre et d’azote dans l’atmosphère. Pour la pollution, c’était déjà la mondialisation. Le même phénomène fut alors constaté au Canada et dans le Nord des Etats-Unis, ainsi que dans certaines régions d’Europe et d’Asie. l’OCDE s’est alors mobilisé pour faire adopter en 1979 la convention de Genève sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance (elle n’était pas bloquée aux frontières comme le nuage radioactif de Tchernobyl)..

La source de cette pollution était clairement identifiée : essentiellement les centrales thermique au charbon ou au pétrole et les automobiles. Les cheminées étaient assez hautes pour ne pas polluer les villes à proximité des usines, ce qui permettait au dioxyde de de soufre (SO2) et aux oxydes d’azote (NOx) d’atteindre plus facilement les hautes couches de l’atmosphère, d’y être transformés en acides sulfurique et nitrique et de voyager sur des milliers de kilomètres, portés par les vents dominants, avant de retomber en pluies.

Les effets des pluies acides sont multiples : augmentation de la mortalité des alevins, inhibition de la microflore aquatique (bactéries, microalgues) entrainant une prolifération de champignons parasites, libération de métaux (essentiellement l’aluminium) sous forme de sels (nitrate, sulfate) se retrouvant dans la chaine alimentaire, diminution de la fertilité des sols, destruction des bactéries  du genre Rhizobium vivant en symbiose avec les légumineuses, altération de la croissance des arbres (perte des feuilles et épines) et de la reproduction des fougères, mousses et lichens, dégradation de certaines cultures (épinards, soja). L’ensemble de l’écosystème est impacté, en particulier au niveau des lacs, ruisseaux, marécages et autres milieux aquatiques.

Différentes stratégies ont été mises en place pour réduire ces pluies acides. La solution à priori évidente serait de diminuer la combustion des carburants fossiles au profit des énergies renouvelables, mais il faudra attendre encore quelques décennies. L’utilisation de charbons à faibles teneurs en soufre et de dispositifs de désulfuration des gaz de cheminées (laveurs) apportent des solutions techniques pour réduire les émissions de SO2 (jusqu’à 95%). Concernant les automobiles, les pots catalytiques ont permis de réduire significativement les émissions de NOx. Les résultats de ces efforts ont été tangibles : Les émissions anthropogéniques de dioxyde de soufre qui avaient atteint un pic en 1970 diminuent depuis 2000, essentiellement en Europe et en Amérique du Nord (réduction d’environ 30% depuis 1970). La Chine est aujourd’hui le principal contributeur à cette pollution (30% des émissions globales de SO2), devant l’Inde (Earth Institute – Columbia University).

Les premières conclusions des études scientifiques établissant une relation de cause à effet entre les pluies acides et le dépérissement des forêts furent remises en questions, notamment au cours du symposium européen de Grenoble en 1987. Ceci reste l’un des arguments majeurs des “climatosceptiques” pour remettre en cause la crédibilité des théories scientifiques à propos du réchauffement climatique.  Quoi qu’il en soit, toutes les mesures prises pour réduire cette pollution ont été à posteriori salutaires pour la santé publique et l’environnement. De plus, l’impact des pluies acides sur les écosystèmes des milieux aquatiques reste problématique.

Les média ne parlent pratiquement plus du phénomène des pluies acides, alors que c’était le sujet à la mode au début des années 80. Le problème n’a pas été définitivement réglé pour autant, mais il y a eu entre-temps l’affaire de la dégradation de la couche d’ozone polaire, avant que la presse, les politiques et l’opinion publique se focalisent sur l’effet de serre et le réchauffement climatique sont arrivés… Même la défense de l’environnement est devenue un phénomène de mode.

Note : C’est le chimiste écossais Robert Angus Smith qui a décrit pour la première fois en 1852 la relation entre les “pluies acides” et la pollution atmosphérique à Manchester.

 

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