Plantes menacées

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Les choses qui disparaissent – pages 313-316

 

En 1981, l’Almanach Cousteau de l’Environnement s’inquiétait aussi du sort de quelques 25 000 espèces de plantes menacées de disparition, dont 250 espèces dramatiquement en péril selon l’UICN (Union Internationale pour le Conservation de la Nature). Ces plantes étaient menacées à cause du surpâturage, des pesticides, des incendies, de la déforestation, de la cueillette sauvage… mais surtout à cause de l’urbanisation croissante qui détruisait des écosystèmes entiers.

 

France, Suisse, Belgique

Romulée d’Arnaud

Romulée d’Arnaud

Les plantes les plus menacées se trouvaient dans les zones humides (iris de Sibérie, glaïeul sauvage…), en montagne (sabot de vénus, lis orangé, lis martagon, gentiane jaune, chardon bleu, orchis vanillé…) et sur la côte méditerranéenne (tulipe de Clusius, pivoine officinale, ophrys guêpe, ophrys miroir-de-Vénus, lis pompon, pancrace maritime, urginée maritime…)
En 2012, La liste rouge de l’UICN recensait 512 espèces de plantes vasculaires (fougères, plantes à graines ou à fleurs) sur les quelques 4400 espèces de France métropolitaine. La destruction et la modification des milieux naturels sont les principales menaces (pollution ou assèchement des milieux humides, urbanisation, agriculture industrielle…). Concernant les exemples de plantes choisis par l’Almanach Cousteau en 1981, l’UICN n’en classait qu’une partie en 2012 : iris de Sibérie (DD), glaïeul des marais (EN), pivoine officinale (VU), ophrys guêpe (VU), ophrys miroir-de-Vénus (VU). [EN (en danger) ; VU (vulnérable) ; DD (données insuffisantes].
Certaines plantes vasculaires de Métropole ont entièrement disparu, comme la  cotonnière négligée et la violette de Cry (1930), d’autres n’existent plus à l’état sauvage (brome des Ardennes, tulipe d’Aime, tulipe de Marjoliet, tulipe de Maurienne), d’autres encore n’existent plus qu’en dehors du territoire français (ail à trois feuilles, orchis des collines…). De nombreuses espèces, certaines endémiques de Métropole, sont en danger critique d’extinction, telles l’armérie de Belgentier, l’armoise insipide, la statice de Duby, la romulée d’Arnaud, la tulipe du Mont-André, la violette de Rouen…). Le panicaut vivipare (Eryngium viviparum), par exemple, est une petite fleur ombellifère endémique des péninsules ibériques et bretonnes qui a subi depuis 40 ans une réduction drastique de son aire de répartition. En France, il ne reste plus qu’une station d’à peine 1000 m2 (Morbihan) sur la quarantaine autrefois répertoriées. Elle a été victime de l’urbanisation et de la disparition des pratiques pastorales traditionnelles qui permettaient de maintenir des milieux ouverts en limitant l’embroussaillement.
La France, c’est aussi des Territoires d’Outremer caractérisés par une biodiversité endémique à la fois exceptionnelle et extrêmement fragile. A la Réunion, sur 905 espèces indigènes de fougères et de plantes à fleurs, 49 espèces ont déjà disparu et 275 autres sont aujourd’hui menacées. A Mayotte ce sont 43% des 610 espèces composant la flore vasculaire indigène qui sont menacés. 186 espèces en Guadeloupe et 162 espèces en Martinique sont inscrites elles aussi sur la liste rouge de l’UICN.

 

Pédiculaire de Furbish

Pédiculaire de Furbish

Etats-Unis

La plus célèbre des plantes menacée était la pédiculaire de Furbish (Pedicularis furbishiae) dont on a découvert environ 1 000 pieds répartis sur quelques 200 km le long de la St. John River, au Nord du Maine. En 1981, il était question de noyer toute cette zone en construisant une retenue hydroélectrique. Les écologistes avaient obtenu des autorités une remise en question de ce projet, mais les promoteurs ne comprenaient pas que l’on s’intéresse encore à une plante que  l’on pensait éteinte depuis 1880, avant qu’elle ne soit redécouverte en 1976.
La pédiculaire de Furbish n’est même plus inscrite sur la liste rouge de l’UICN, mais reste présente sur le site américain Environmental Conservation Online System (ECOS) dédié à la préservation des espèces en Amérique du Nord.

 

 

Afrique du Sud

Les quelques 1 500 espèces de bruyères et de plantes grasses de la famille des euphorbes étaient menacées en Afrique du Sud, en particulier par le commerce illégal qui progressait au fur et à mesure de la raréfaction de certaines espèces. Des plantes se sont vendues à des prix exorbitants et un spécimen de Encephalartos woodii, volé au jardin botanique de Durban, aurait été vendu 65 000 $.
En 2016, la liste de rouge de l’UICN contenait 692 espèces de plantes d’Afrique du Sud, dont 3 en danger critique de disparition. Encephalartos woodii est considérée comme disparue à l’état sauvage depuis 1916, l’homme s’étant chargé directement d’extraire les derniers spécimens.

Violettes africaines

Violettes africaines

 

Tanzanie

Les  violettes africaines (Saintpaulia ionantha), plantes d’intérieur courantes, étaient devenues rares sur les falaises humides de  Tanzanie, leur habitat d’origine, menacées par l’abattage des arbres qui leur procuraient l’ombrage nécessaire.
En 2016, pas moins de 1 263 espèces de plantes de Tanzanie sont inscrites sur la liste rouge de l’UICN, dont 55 en danger critique de disparition. La violette africaine est aujourd’hui préservée dans différentes réserves naturelles de Tanzanie.

Mélèze du Chili

Mélèze du Chili

 

Chili

L’araucaria (Araucaria araucana), arbre des forêts andines, était menacé de disparition à cause de la demande des usines de contre-plaqué. Le gigantesque mélèze du Chili (Fitzroya cupressoides) était quant à lui surexploité par l’industrie papetière.
Aujourd’hui les populations d’araucaria et de mélèze du Chili continuent de décroitre de façon alarmante, principalement à cause des incendies d’origine anthropiques et de la déforestation. Ces deux arbres sont inscrits comme espèces menacées sur la liste rouge de l’UICN.

 

 

Indonésie

Rafflesia magnifica

Rafflesia magnifica

Le Japon, qui était au début des années 80 le plus grand importateur mondial de bois et de pâte à papier, exploitait des forêts du Brésil, du Chili, de Bornéo, de Malaisie, de Java, de Nouvelle-Guinée et de Sumatra. Cette activité économique menaçait une plante de Sumatra, Rafflesia arnoldi, plante parasite rarissime, incapable de photosynthèse, qui vit en volant sa nourriture aux racines des lianes. Sa fleur, la plus grande du monde, peut atteindre 1,5 mètre de diamètre et dégage une odeur de pourriture qui attire les mouches pollinisatrices.
Ce n’est pas Rafflesia arnoldi qui est inscrite sur la liste rouge de l’UICN, mais Rafflesia magnifica, plante endémique des Philippines (vallée de Compostela) découverte seulement en 2005 et qui est considérée en danger critique d’extinction.

 

Baobab (Adansonia digitata)

Baobab (Adansonia digitata)

 

Sahel

Tout le monde connait le baobab (Adansonia digitata), ce gros arbre dont le tronc gorgé d’eau peut atteindre un diamètre de trente mètres et dont certains spécimens sont réputés être âgés de cinq mille ans. Ce symbole botanique de l’Afrique de l’Ouest, objet de croyances locales, était menacé par les populations indigènes qui s’en servaient comme combustible, faute de mieux.
Aujourd’hui, le baobab, espèce très répandue au sahel et sur une grande partie du territoire africain, n’est pas inscrit sur la liste rouge de l’UICN.

 

 

Ginseng

Panax ginseng

Panax ginseng

Le ginseng (Panax ginseng), utilisé pour ses propriétés toniques dans la Pharmacopée traditionnelle chinoise, a été victime de son succès, à tel point que cette plante, à qui il faut 10 à 15 ans pour être bonne à récolter, était menacée dans son habitat sauvage.  Heureusement, la culture du ginseng s’est développée dans des pays comme la Chine, la Corée, la Sibérie ou le Canada.
Aujourd’hui, l’aire naturelle du ginseng sauvage est fragmentée et cette espèce a pratiquement disparu du Nord-Est de la Chine et du Nord de la péninsule coréenne.
La demande toujours plus forte en plantes médicinales avait déjà conduit quelques espèces au bord de l’extinction. Certaines espèces disparaissaient avant même que nous en connaissions les vertus éventuelles. Un laboratoire de stockage de graines a été créé à Fort Collins (Colorado) pour créer une banque de plus de cent mille échantillons espèces  végétales. Un laboratoire analogue fut aussi créé à l’INRA de Jouy-en-Josas, tandis que d’autres banques permettaient de stocker des graines de céréales au Mexique, de haricots en Colombie, de millet et de pois en Inde, de riz aux Philippines…

Mais la préservation de la flore mondiale passe surtout par celle des habitats naturels. C’est ce qu’ont compris les habitants de l’Uttar Pradesh (Inde) lorsqu’ils ont empêché en 1977 l’abattage d’une forêt (lire article «Le mouvement Chipko »). C’est ce même respect de la nature qui avait poussé les ouvriers de la fédération Syndicale du Bâtiment de se mettre en grève pour refuser que l’on abatte des figuiers centenaires de la baie de Moreton, simplement pour la construction d’un parking.

Selon le rapport de mai 2016 du centre de recherche botanique des Jardins Botaniques Royaux de Kew (Londres) sur “l’état du monde des plantes” (“State of the World’s Plants“) un cinquième (21%) des espèces végétales sont menacées d’extinction. Près d’un dixième des 391.000 espèces de plantes “vasculaires” recensées dans le monde servent à nourrir, soigner ou divertir l’homme. 17 810 plantes ont un usage médical identifié. Et la liste n’est pas exhaustive puisqu’on découvre chaque année environ 2 000 nouvelles espèces, principalement au Brésil, en Australie et en Chine. Alerter l’opinion publique sur l’intérêt de préserver une petite fleur de montagne est beaucoup moins aisé que dans le cas de la baleine ou du tigre du Bengale. Selon les auteurs du rapport, la flore mondiale est d’abord menacée par l’agriculture à cause d’un défrichage excessif et des pesticides, mais aussi par l’urbanisation et l’extraction minière. Le réchauffement climatique ne jouerait pour l’instant qu’un rôle marginal.

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