Petite science atomique

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Outils propres et impropres – pages 380-381

 

Marie Curie est morte en 1934 d’une anémie pernicieuse causée par de trop fortes doses de radiations. Cette scientifique à la fois talentueuse et courageuse a reçu deux Prix Nobel pour ses travaux de recherche, celui de Physique en 1903 (avec son mari Pierre Curie et Antoine-Henri Becquerel) et celui de Chimie en 1911. Trois de ses cahiers d’expériences conservaient encore en 1980 une radioactivité trop élevée pour être manipulés sans précaution. Les carnets de laboratoire remplis par Marie et Pierre Curie restent un témoignage extraordinaire du cheminement scientifique ayant permis la découverte du radium 226, trois millions de fois plus radioactif que l’uranium 238. Il aura fallu une vingtaine de tonnes de pechblende (minerai dont l’uranium est extrait) à Marie Curie pour réussir à isoler 100 mg de chlorure de radium, ce qui lui permit en 1902 de faire une première estimation de la masse atomique du radium : 225±1 uma (unités de masse atomique). Les carnets de laboratoire des époux Curie étaient précisément contaminés par ce radium 226 dont la demi-vie est de 1600 ans.

Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire

Les dangers du nucléaire avaient été entrevus très tôt, dès les premières découvertes, par des physiciens comme Pierre Curie qui déclarait en 1905 lors d’une Conférence Nobel : “On peut concevoir encore que dans des mains criminelles le radium puisse devenir très dangereux, et ici on peut se demander si l’humanité a avantage à connaître les secrets de la nature, si elle est mûre pour en profiter ou si cette connaissance ne lui sera pas nuisible”. Le britannique Francis W. Aston déclara lors de la remise de son prix Nobel de Chimie en 1922 (pour ses découvertes grâce au spectromètre de masse, d’un grand nombre d’isotopes non radioactifs) qu’il prévoyait un monde futur dans lequel l’atome jouerait un grand rôle pour la production d’énergie, avec tous les dangers que cela implique.

Le romancier Herbert-George Wells, l’auteur de “La Guerre des Mondes”, décrivait dans “The World Set Free” (publié en 1914) une guerre future dans laquelle des avions largueraient des bombes nucléaires. Leó Szilárd, l’un des physiciens du projet Manhattan, a reconnu que ce livre lui avait inspiré en 1933 la théorie de la réaction nucléaire en chaîne à l’origine de la bombe atomique. Leó Szilárd, pacifiste convaincu, a été rapidement exclu du “Projet Manhattan” et a passé le reste de son existence à militer contre l’utilisation de l’arme nucléaire. Il a ainsi créé en 1946, avec Albert Einstein, le “Comité d’Urgence des Scientifiques Atomistes”, auquel a participé Linus Pauling, Prix Nobel de la Paix en 1962 pour son action contre les armes nucléaires.

En 1981, l’Almanach Cousteau de l’Environnement notait que, 25 ans après le premier essai de bombe atomique sur l’atoll de Bikini (Îles Marshall, Pacifique), il était toujours interdit de consommer les crabes de la région. Aujourd’hui, près de 70 ans après les 67 essais nucléaires américains, l’atoll est toujours irradié et ses natifs ne sont pas autorisés à regagner leurs terres. Washington peut être accusé de ne rien avoir fait pour assainir le site.

Explosion nucléaire dans l’atoll de Bikini (photo recolorisée)

En 1978, l’un des réacteurs de la centrale de Brown’s Ferry (Alabama) dut être fermé durant dix-sept jours, la durée nécessaire pour qu’une chaussure d’ouvrier tombée dans la cuve soit totalement désintégrée. Coût de l’opération : 2,8 millions de dollars. La centrale est demeurée à l’arrêt de 1985 à 2007, pour être à nouveau mise en service après des dépenses de l’ordre de 1,8 milliard de dollars.

En 1980 on estimait qu’une centrale nucléaire pouvait fonctionner vingt à quarante ans et qu’il fallait ensuite réfrigérer les réacteurs pendant près d’un siècle, le temps qu’ils perdent assez de radioactivité, avant de pouvoir la démonter. En France, chaque centrale est soumise à une visite décennale pour être autorisée à fonctionner dix années supplémentaires, si le niveau de sûreté est jugé conforme. C’est une logique complètement absurde qui sous-entend un vieillissement linéaire des équipements. De toute façon, ce n’est pas EDF qui décidera mais l’Agence de Sécurité Nucléaire (ASN) qui étudiera minutieusement les installations au cas par cas (26 des 58 réacteurs du parc français seront contrôlés entre 2020 et 2025 pour savoir si leur exploitation pourra être prolongée après 40 ans).

Le pictogramme international signalant un danger de radiations semble incompréhensible. On n’avait pas voulu utiliser de tête de mort, peut-être pour ne pas dévaloriser l’atome. Ce pictogramme, censé représenter l’atome d’uranium et son rayonnement, fut proposé en 1946 par le Laboratoire de radioactivité de l’University of California de Berkeley ; le symbole initial était de couleur magenta sur fond bleu.

En 1976, il fallut 3 mois aux techniciens pour qu’ils s’aperçoivent d’une fuite dans le circuit de refroidissement du réacteur de recherche de Tokai (Japon). Pas moins de 500 tonnes de liquide radioactif avaient eu le temps de se répandre dans les eaux du pacifique, 35 ans avant Fukushima.

En 1974, la Commission américaine pour l’Énergie Atomique  répertoriait 861 “évènements anormaux” dans les 42 centrales du pays, depuis leur mise en service. Le parc américain est constitué aujourd’hui d’une centaine de réacteurs en activité répartis dans 62 centrales. Il est difficile de connaitre le nombre d’incidents car cette industrie n’est pas réputée pour sa transparence.

En juillet 1979, un barrage près de Church Rock (Nouveau Mexique) laissa échapper d’énormes quantités de déchets radioactifs dans le Rio Puerco. Seulement 5 personnes de la région, sur 1 500, subirent des examens pour le dépistage de thorium. Des panneaux furent placés le long de la rivière pour avertir les passants du danger. Les habitants de la région étaient surtout des Navajos, dont la plupart ne savaient pas lire… Church Rock reste la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire des Etats-Unis et elle s’est produite la même année que l’accident de Three Miles Island. Les médias n’en ont pratiquement rien dit ; les Navajos seraient-ils considérés comme des sous-citoyens américains ? (lire article “L’uranium des Navajos” ).

 

 

 

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