Pas de place pour les Tasaday des Philippines

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Les choses qui disparaissent – pages 327-328

 

Les Tasaday, derniers survivants de l’âge de pierre, ne sont sortis pour la première fois de la forêt de l’île Mindanao (Philippines) que le 3 juin 1971. Ils y menaient jusqu’à cette date une vie comparable à celle de l’homme de  Neandertal, du moins selon les anthropologues. La rencontre entre ce peuple primitif et la civilisation eut lieu grâce à un chasseur intrépide de la tribu voisine (Tboli) et à Manuel Elizalde, un prétendu philanthrope de Manille qui défendait les intérêts des minorités indigènes de l’archipel. Ce peuple timide, qui n’avait encore jamais rencontré d’autres tribus, ne connaissait ni les conflits, ni l’agriculture, ni la chasse, ni la médecine et vivait dans des grottes au fin fond de l’épaisse forêt. Il faisait partie de ces très rares peuples primitifs (Négritos des îles Andaman, Yahgan de Patagonie, Semai de Malaisie) qui n’avaient même pas de mot pour la guerre. Ils s’appelaient eux même “Tasaday”, ils n’étaient que 26 individus et devinrent célèbres dans le monde entier grâce à un reportage de National Geographic et à un livre de John Nance “The Gentle Tasaday: A Stone Age People in the Philippine Rain Forest.”

Le 16 juillet 1971, David Brinkley, journaliste de NBC Nightly News, déclarait : “The outside world, after maybe a thousand years, has discovered a small tribe of people living in a remote jungle in the Philippines. Until now, the outside world didn’t know they existed… and they didn’t know the outside world existed. Their way of living is approximately that of the Stone Age.”

Des missionnaires chrétiens se pressèrent de leur porter leur “bonne parole” à ces “malheureux”, des Américains voulurent adopter leurs enfants, des anthropologues et des ethnologues vinrent les étudier …  Pour stopper cette entreprise de destruction accélérée de ce témoignage de notre passé, le Président des Philippines, Ferdinand Marcos,  fit promulguer en 1974 une loi de protection des Tasaday et de leur territoire ancestral.

Jean-Jacques Rousseau aurait été ravi de voir ces bons sauvages, innocents et dépourvus de vices. L’arrivée brutale du progrès inquiétait les spécialistes car une augmentation de population risquait d’empêcher le peuple Tasaday de continuer à vivre selon ses traditions. L’histoire était belle….

Tasaday (photo John Nnance - 1972)

Tasaday (photo John Nnance – 1972)

Un canular politique

… On n’entendit plus parler des Tasaday jusqu’en 1986, après la chute du régime de Marcos. C’est alors que les soupçons d’un gigantesque canular commencèrent à apparaître, en particulier grâce à l’enquête d’un reporter Suisse qui constata que les Tasaday n’étaient pas du tout habillés avec de simples feuilles mais portaient des vêtements normaux, et qu’ils pratiquaient le troc avec les fermiers voisins. Les Tasaday n’auraient été que de simples acteurs payés par Manuel Elizalde qui agissait pour le compte du Président Marcos. La théorie actuellement retenue par les anthropologues est que les Tasaday constituaient un groupe qui aurait été séparé d’une tribu Negritos (populations noires de petite taille du sud-est asiatique) au cours du XIXème siècle.

Tout le monde s’était donc fait berné par le canular; les journalistes, les reporters de National Geographic et même les scientifiques… Dommage car l’histoire était belle… trop belle ?

 

 

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