Pas de place pour les Bushmen du Botswana

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Les choses qui disparaissent – page 325

 

Les Bushmen (bochimans) sont un peuple très ancien de chasseurs-cueilleurs nomades qui occupaient, depuis près de 44 000 ans, tout le Sud de l’Afrique, jusqu’au fleuve Zambèze. Pendant les deux siècles qui suivirent l’arrivée des colons Afrikaners, ils furent systématiquement massacrés. A la fin des années 70, il n’en restait plus qu’environ 50 000, le plus souvent réduits à l’esclavage. Une minorité de Bushmen, environ 2 000, avaient cependant réussi à préserver leur mode de vie ancestral, en fuyant la civilisation blanche pour se réfugier dans le désert aride de Kalahari (Botswana). Chasseurs incomparables, ils connaissaient parfaitement leur environnement et pouvaient survivre pendant des mois aux périodes de sécheresse. Malheureusement, la fuite dans le désert leur a fait perdre une part de leur culture, comme l’art de la peinture traditionnelle sur les rochers. Les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement ne savaient pas encore que le plus ancien peuple du Sud de l’Afrique allait perdre bien plus que des talents artistiques…

Une Réserve naturelle de gibier fut créée au Kalahari pour protéger le territoire ancestral des Bushmen et l’écosystème dont ils dépendaient. Au début des années 1980, on y découvrit d’importants gisements de diamants, ce qui incita le gouvernement à en chasser les malheureux Bushmen (entre 1997 et 2005) pour les reloger dans des camps en périphérie où ils n’avaient souvent plus le droit de chasser. Les Bushmen, devenus dépendants des rations alimentaires distribuées par le gouvernement, étaient réduits à la clochardisation, à l’alcoolisme et à de nombreuses maladies importées par les blancs, telles que la tuberculose ou le SIDA.

Bushmen du Kalahari

Bushmen du Kalahari

Bien que les Bushmen aient gagné en 2006 le droit de retourner librement sur leurs terres, après un long procès qui conclut que l’éviction des Bushmen avait été “illégale et anticonstitutionnelle”, le gouvernement fit tout pour les en empêcher, n’hésitant pas à leur interdire la chasse et l’accès à un puits d’eau qu’ils utilisaient avant leur expulsion. Ils n’avaient même pas le droit de rapatrier leurs troupeaux de chèvres dans la réserve dont l’entrée leur était interdite sans un laisser-passer. Au même moment, le gouvernement ne se privait pas de forer de nouveaux puits pour la faune et la flore, les compagnies minières et les touristes friands de safaris. Il a fallu un autre procès en 2011 pour que les Bushmen puissent récupérer leur accès aux puits d’eau. En 2013, les Bushmen sont retournés devant la Cour pour exiger le libre accès à leur réserve.

Le gouvernement du Botswana a, semble-t-il, décidé de sacrifier tout un peuple sur l’autel du tourisme de masse et des précieux diamants. Vivre au cœur de la région la plus riche en diamants au monde n’a jamais rein rapporté aux pauvres Bushmen, si ce n’est de les conduire au bord de l’extinction.

Les Bushmen représentent aujourd’hui une population d’environ 100 000 personnes dispersées dans plusieurs états du Sud de l’Afrique, essentiellement au Botswana et en Namibie. Le gouvernement du Botswana n’accorde l’autorisation d’habiter dans la Réserve du Kalahari qu’à à nombre restreint de Bushmen.

Le plus ahurissant dans cette triste histoire est l’argument brandit par le gouvernement du Botswana pour justifier la persécution des Bushmen. Leur mode de vie fondé sur la cueillette et la chasse à l’arc serait devenu incompatible avec la protection de la vie sauvage dans la réserve !

A noter que l’ONG Survival appelle les agences de voyage et les voyageurs du monde entier à soutenir la cause des Bushmen en boycottant le tourisme au Botswana.

 

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