Pas de place pour les Aborigènes d’Australie

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Les choses qui disparaissent – page 324

 

Ce n’est qu’en 1770, soit presque trois siècles après la “découverte” de l’Amérique, que l’expédition du Capitaine Cook débarqua à Botany Bay, sur la côte orientale de l’Australie. Les britanniques y rencontrèrent une civilisation aborigène dont ils ignorèrent superbement tous les droits. A partir de 1788, ils décidèrent d’y fonder une colonie pénitencière, ce qui fut le point de départ de l’extermination de la population aborigène, estimée alors à 400 000 personnes, par les maladies contagieuses importées d’Occident (rougeole, tuberculose, syphilis, petite vérole…) et par les conflits armés avec les colons.

Génocide aborigène

La découverte d’or sur le continent australien en 1851 accéléra le processus de confiscation des territoires indigènes. Les aborigènes furent chassés dans les zones les plus arides et inhospitalières. Les compagnies minières n’hésitaient pas, avec l’aval du gouvernement, à dévaster des lieux sacrés pour y extraire aluminium ou uranium. Les indigènes n’avaient aucun droit. Un certain nombre d’enfants furent placés de force dans des familles blanches ou chez des missionnaires selon une véritable politique d’acculturation initiée par le gouvernement australien. C’est ce qu’on appela plus tard la Génération Volée (“Stolen Generation“) qui a fait l’objet du rapport “Bringing Them Home” demandé en 1996 par le gouvernement australien pour rétablir la vérité sur cette partie sombre de l’histoire du pays. La plupart des adultes étaient sans emploi et les soins leur étaient souvent inaccessibles. Moins d’un siècle après l’arrivée des blancs, la population aborigène, était tombée à 60 000. En 1911 ils n’étaient plus que 31 000 et le risque de voir ce peuple disparaitre était sérieusement envisagé….

En 1970, la situation n’avait guère évoluée et taux de mortalité dans les réserves et les bidonvilles comptait parmi les plus élevés de la planète. En 1980, on comptait environ 150 000 aborigènes en Australie.

Ce n’est qu’en 1992 que la loi fondée sur le principe de “terra nullius” fut abolie. Cette loi considérait que le pays était inoccupé avant l’arrivée des Britanniques, qu’il n’appartenait à personne et pouvait donc être légitimement conquis. C’est sous le couvert de cette loi que les aborigènes, comme tant d’autres peuples indigènes à travers le Monde, ont été spoliés de leurs terres ancestrales. L’homme blanc avait inventé la notion de possession du sol, notion incompréhensible pour des peuples primitifs pour qui la terre était une richesse commune.

Les australiens reconnaissaient enfin les droits des aborigènes et Paul Keating déclara, lorsqu’il devint premier ministre en décembre 1992 : “Pour commencer, nous devons reconnaître que ce problème, nous en sommes la cause initiale.(…) Reconnaître que nous avons été l’artisan de la spoliation. Nous avons confisqué les terres ancestrales et anéanti une culture et une manière de vivre traditionnelle, nous avons apporté des maladies, l’alcool. Nous avons commis des crimes. Nous avons arraché les enfants à leur mère. Nous avons pratiqué la discrimination et l’exclusion...”

Aujourd’hui, plus de la moitié des Aborigènes, qui représentent environ 2% de la population australienne, vivent dans les ghettos des villes et nombreux sont ceux qui travaillent comme ouvriers agricoles. Il existe encore aujourd’hui de larges disparités entre les aborigènes et le reste de la population australienne. La situation des aborigènes en matière de santé reste préoccupante. Ils sont plus exposés que la moyenne australienne à des risques liés à une mauvaise hygiène de vie : maladies cardio-vasculaires, diabète… Le taux d’incarcération au sein de cette population est de 14 fois supérieur à celui du reste des Australiens et cette différence est encore plus grande chez les jeunes.

Ceux qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont pu, à partir de 1992, en tant qu’autochtones, faire reconnaitre leur droit foncier sur des terres rurales d’Australie et préserver leur mode de vie ancestral. La culture aborigène, vieille de plus de 50 000 ans et qui a failli s’éteindre à jamais, semble aujourd’hui pouvoir être préservée.

 

One Comment:

  1. Je ne peux que vous remercier pour ces articles qui représentent une des actions adoptées afin de pérenniser dans les esprits l’existence de ces peuples qui ont su créer un équilibre entre leurs besoins et ceux de l’environnement dans lequel ils vivent, on aurai pu en tirer beaucoup en exploitant leurs connaissances tout en respectant leur mode de vie… mais l’intérêt économique détruit tout principe.

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