Nous devenons tous sourds

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Les choses qui disparaissent – pages 337-338

 

En 1979, le programme de l’ONU relatif à l’environnement a désigné la pollution sonore comme l’une des quatre grandes menaces émergentes de la planète, les trois autres étant la schistosomiase, le tourisme et la résistance des insectes aux pesticides. Le niveau sonore dans les zones urbaines était deux à trois fois plus élevé qu’à la fin des années 50. C’est surtout au début de la révolution industrielle que le bruit a commencé à entrer dans la sphère privée et à être perçu comme une menace, à l’époque où les machines hurlaient littéralement à l’oreille des travailleurs qui n’avaient alors aucune protection auditive. Le rivetage dans les usines du XIXème siècle a rendu sourd de très nombreux ouvriers, victimes de ce qu’on appelait alors “l’oreille du chaudronnier”. La surdité a été la première maladie du travail reconnue légalement, ce qui a obligé les industriels, dès les années 30, à réduire significativement le niveau de bruit dans leurs usines.

Le bruit, lorsque son intensité est trop élevée, produit sur nous des effets indésirables. D’ailleurs, notre organisme l’identifie comme une menace : nos muscles se tendent, notre tension artérielle augmente et notre respiration s’accélère, réaction caractéristique d’un stress. Une agression répétée engendre fatigue et irritabilité et peut être responsable de nombreux troubles : nausée, impuissance, perte d’appétit, palpitations cardiaques, instabilité psychologique, insomnie…

Dans les centres urbains et à proximité des grandes voies de circulation, l’augmentation de la population et du niveau de vie général a été responsable d’un accroissement des bruits de circulation. En 1980, les scientifiques considéraient déjà que la principale cause de diminution du niveau auditif des citadins n’était pas seulement due à l’âge, mais surtout à l’augmentation du bruit général. Si une vieille personne de la tribu Mabaa (Soudan) conservait souvent la même acuité auditive que dans ses jeunes années, ce n’était pas du tout le cas d’un Parisien qui commençait à souffrir de perte d’audition dès l’âge de 35 ans.

Echelle du bruit

ref consoglobe.com

Aujourd’hui, nous en savons un peu plus sur les dégâts causés par des bruits trop intenses. Que ce soit à la maison, à l’école, dans la rue, dans les lieux publics, nous sommes soumis, dès notre plus jeune âge à une pression sonore permanente qui détériore notre qualité de vie. Les moments de silence se font de plus en plus rares et la plupart des enfants sont devenus accrocs au bruit. Selon l’ADEME, 43% des français déclarent être gênés par le bruit.

Dans une boite de nuit, le niveau sonore moyen devrait être limité à 105 décibels et le niveau de crête à 120 dB (selon décret du 15 décembre 1998 relatif aux prescriptions applicables aux établissements ou locaux recevant du public et diffusant à titre habituel de la musique amplifiée). C’est largement suffisant pour entrainer l’installation insidieuse de lésion irréversible. Les cellules ciliées de l’oreille interne, peu nombreuses et particulièrement fragiles, sont dégradées de façon irréversible, entraînant une perte irrémédiable de l’audition.

Les personnes habitant près d’un aéroport ou d’un grand axe routier sont exposées à une pollution sonore quotidienne responsable à termes de troubles du sommeil, de fatigue, d’une augmentation du risque cardiovasculaire, d’hypertension, de syndrome métabolique, de troubles psychiques comme le stress ou la dépression. En France, plus de 6 à 8 millions de personnes (12 à 13% de la population) sont touchées par des problèmes d’audition.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande, pour un repos nocturne convenable, un niveau de bruit ambiant inférieur à 35 décibels (dB) et fixe le seuil de danger acoustique à 90 dB. Une longue exposition au bruit affecte notre audition de façon irréversible, ceci à partir de 85 décibels (la dose de bruit reçue double quand le niveau de bruit augmente de 3 décibels). Selon l’OMS, plus d’un milliard de jeunes dans le monde, parce qu’ils ont pris l’habitude d’écouter la musique trop forte, sont menacés par des troubles auditifs plus ou moins sévères (2015).

 

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