Mpambaa, Tanzanie

Agriculture en Tanzanie

Agriculture en Tanzanie

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 93-95

 

L’économie de la Tanzanie, comme pour la plupart des pays africains sous le contrôle des puissances coloniales européennes, fut basée pendant plus d’un siècle et demi sur la culture d’exportation, notamment du coton, du tabac, du cacao, du thé et du café. Même après l’indépendance du pays, la Banque Mondiale continua d’encourager cette stratégie, favorable au taux de croissance mais qui maintenait la population dans la précarité.

A partir de 1964, Julius Nyerere, nouveau Président de la Tanzanie, soucieux d’émanciper son pays (fondé la même année par la  fusion du Tanganyika et de Zanzibar) vis-à-vis du monde occidental, mis en place un développement économique dans lequel chaque village devenait une unité sociale responsable de sa propre subsistance. Ce n’est que lorsque celle-ci était assurée que des ressources pouvaient être engagées dans l’agriculture d’exportation. Les membres d’un même village étaient considérés comme faisant partie d’une grande famille (“ujumaa”) et travaillaient dans une ferme collective, tout en ayant leur propre lopin de terre. La Tanzanie avait ainsi établi un modèle de société à la fois humaniste et écologiste.

Chaque village possédait son dispensaire et son école. En 1980, 90% des enfants de 7 à 12 ans allaient à l’école, contre à peine 50% en 1973. Le système d’éducation, particulièrement innovant, était un mélange d’instruction classique et de cours sur l’agriculture. Pour éviter d’être tributaires des technologies occidentales, le gouvernement encourageait la main d’œuvre manuelle et animale (bœufs) plutôt que les machines agricoles.

Ce modèle de l’ujumaa, qui pouvait paraitre idyllique, n’était cependant choisi que par 10% des villages de Tanzanie, à cause des rivalités inter-tribales (plus d’une centaine de tribus) et d’une tradition d’indépendance des agriculteurs locaux.  Le modèle tanzanien, basé sur une agriculture durable, était considéré (en tout cas par les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement) comme un exemple à suivre  pour les autres pays d’Afrique. La question se posait de savoir s’il allait pouvoir résister aux problèmes engendrés par une démographie galopante et aux conflits entre tribus.

La situation s’est-elle améliorée depuis 1981 ?

Il ne faut pas rêver. Une politique aussi utopique et dirigiste, soutenue par la Chine communiste, ne pouvait être efficace et les productions manufacturière et agricole ont fortement régressé. Les déplacements massifs de population (9 millions de personnes déplacées dans la période 1973-1976) ont fini par casser les repères humains et communautaires qui maintenaient les équilibres sociaux.

La guerre contre l’Ouganda de Idi Amin Dada en 1978 a fini de détruire l’économie fragile de la Tanzanie dont l’agriculture était devenue improductive. A partir de 1984, la Tanzanie a été incitée par la Banque Mondiale et le FMI à libéraliser progressivement son économie. Malgré une croissance soutenue depuis plusieurs années (6,5 à 7%), elle appartient toujours à la catégorie des pays les moins avancés (PMA), au 159ème pays sur 187 en termes d’indice de développement humain, avec un revenu annuel par habitant de seulement 930 $.

Le modèle utopique défendu par l’Almanach Cousteau de l’Environnement s’est avéré non efficace. Il faut cependant relativiser cette remarque car la plupart des pays voisins n’ont pas non plus brillé par leur réussite économique et sociale.

Ce que l’on peut conclure, c’est qu’ une société humaine est comme un écosystème à l’équilibre fragile que l’on ne peut pas bouleverser impunément du jour au  lendemain. L’Afrique a payé un lourd tribut à la méconnaissance par les occidentaux de cette règle fondamentale. Pour s’en convaincre il suffit de se souvenir de la Conférence de Berlin en 1884-1885.

Comments are closed