La Mer des Caraïbes

La Mer des Caraïbes

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 71-72

Caraïbes

 

A la fin des années 80, les expéditions de la Calypso du commandant Cousteau, n’avaient plus pour unique objectif d’étudier les merveilles naturelles des fonds marins. Les déchets en provenance de notre civilisation d’hyper-consommation menaçaient déjà les écosystèmes marins et les scientifiques commençaient à en étudier les impacts.

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) décrivait la Mer des Caraïbes comme l’une des étendues marines les plus menacées du Monde. Ceci s’explique par la nature trop “confinée” de cette mer entourée d’îles et formée de bassins situés pour certains en dessous du niveau de l’océan Atlantique, ce qui entraine une stagnation et une concentration des polluants qui ne peuvent être entrainés par les courants de haute mer. La pollution de la Mer des Caraïbes était due principalement aux déchets agricoles riches en pesticides en provenance des terres agricoles des USA et du Mexique, mais aussi des îles de la région (café, coton, banane, canne à sucre, cacao…). A cela venait s’ajouter en quantité grandissante les déchets de l’industrie (pétrochimie, métallurgie…).

En 1981 les Caraïbes constituaient potentiellement l’une des régions pétrolifères les plus importantes du Monde, avec pas moins de 38 plateformes de forage off-shore en construction, notamment au large des côtes du Venezuela. Des marées noires liées au transport de pétrole et de déchets pétroliers s’ajoutaient à la pollution déjà forte.

L’explosion démographique dans les îles caribéennes a entrainé une augmentation significative des effluents drainés vers la mer, d’autant plus que la plupart n’avaient pas installé de systèmes d’épuration des eaux usées. C’était le cas de la Jamaïque, des Bahamas, de Belize et de certaines villes de Colombie, du Panama, du Venezuela et du Mexique.

La menace la plus insidieuse était celle liée à l’industrie du tourisme de masse. On construisit des hôtels le long des côtes, les touristes s’adonnèrent à la pêche sous-marine aux espèces menacées et le corail, les coquillages, les étoiles de mers furent rapidement pillés. La survie des écosystèmes récifaux des Caraïbes commença à être menacée.

Les nations des Caraïbes ont pris très tardivement conscience du danger et, avec l’aide du PNUE, élaborèrent des projets d’action concertée.

 

La situation s’est-elle améliorée depuis 1981 ?

Bien entendu, rien ou presque n’a été fait sérieusement pour sauver l’écosystème caribéen.

Suite à une décision de l’Organisation Maritime Internationale (OMI), depuis le 1er mai 2011, les navires ne peuvent plus jeter de déchets dans les eaux de la région des Caraïbes qui est ainsi devenue 6ème zone protégée après la mer Baltique, la mer du Nord, la zone de l’Antarctique, les régions du Golfe et la mer Méditerranée. C’est une sage décision mais dont l’effet ne peut être que limité puisque, selon l’ONU, 75% environ de la pollution marine serait d’origine tellurique et souvent liée à des activités quotidiennes, et non à des accidents tels des déversements d’hydrocarbures. Les pays caribéens ne peuvent donc pas lutter seuls pour la préservation de la biodiversité marine de la région.

Depuis quelques années, un nombre toujours plus important de plages sont envahies d’un tapis d’algues brunes en décomposition, dégageant une odeur nauséabonde, et pouvant atteindre jusqu’à 3 mètres de haut. Ces algues appelées sargasses menacent le tourisme, première richesse économique de la région. Les pays touchés par ce phénomène, au pied du mur pour prendre enfin des mesures pour lutter contre la pollution marine, sont aujourd’hui contraints de financer des opérations de nettoyage très coûteuses, qui s’apparentent souvent au tonneau des Danaïdes. Il faudrait plutôt traiter le problème à la source, c’est-à-dire au Brésil, dont l’Amazone, le plus grand fleuve au monde, charrie vers les Caraïbes les eaux usées pleines de pesticides et d’engrais issus de l’élevage intensif. Le réchauffement climatique n’a fait qu’exacerber le phénomène.

La pollution dans les Caraïbes est multiforme. La production d’électricité dans des centrales thermiques à partir de pétrole et de gaz y restera dominante pendant encore un certain temps. Pourtant, le potentiel de production d’énergie durable est particulièrement élevé dans la région : énergie géothermique (zone volcanique), solaire, éolienne, marine ou issue de la biomasse. La situation pourrait (peut-être) s’améliorer. Lors du Sommet de la Sécurité Énergétique des Caraïbes en février 2015, les dirigeants des Caraïbes ont convenu de mettre en place une stratégie commune de développement de l’énergie durable.

Mais le plus grand risque pour les fragiles écosystèmes caribéens pourrait venir de l’exploitation pétrolière. La compagnie pétrolière Petrobras a commencé à exploiter les gisements géants en off-shore très profond (2000 m de profondeur d’eau + 5000 m sous terre) au large des côtes brésiliennes. La production de brut pourrait passer de 2,2 millions de barils par jour (mbj) en 2012 à 4,1 mbj d’ici 2020. L’extraction de ce pétrole nécessiterait des investissements colossaux qui pourront être rentabilisés dès que les cours remonteront. La pollution marine quasi consubstantielle de l’exploitation pétrolière off-shore finira par s’accumuler dans les Caraïbes, poussée par les courants marins. Cette pollution s’ajoutera à celle issue de l’exploitation des énormes réserves inexploitées de pétrole et de gaz dans les Caraïbes, en particulier au large de Cuba (20 milliards de barils de pétrole) et d’Haïti. Si vous vous demandiez pourquoi Cuba est redevenu fréquentable, vous avez la réponse. Le géant russe Gazprom Neft a d’ailleurs déjà signé un accord avec la compagnie pétrolière d’État cubaine et la Russie a annulé en 2014 90% de la dette cubaine de l’ère soviétique (32 milliards de dollars); Sans oublier l’administration Obama qui s’est engagée dans une campagne de séduction pour réchauffer les relations avec Cuba.

Invasion de sargasses sur les plages caribéennes

Invasion de sargasses sur les plages caribéennes

 

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