Méditerranée, Mare nostrum

La poubelle méditerranéenne

La poubelle méditerranéenne

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 99-100

 

L’Almanach Cousteau de l’environnement concluait son tour du Monde non conformiste avec le cas emblématique de la Méditerranée. La région méditerranéenne a été depuis des millénaires le cadre de grands bouleversements écologiques : disparition des forêts de cèdres du Liban et des forêts de chênes et de pins de Grèce et de Crète; désertification des terres d’Afrique du Nord autrefois si fertiles. Plus proche de nous, la bétonisation des côtes et l’accumulation des déchets chimiques industriels et agricoles a mis en péril les écosystèmes marins. Déjà en 1981 le fond de la Méditerranée était décrit comme un véritable dépotoir par les plongeurs de la Fondation Cousteau.

Face à cette dégradation de leur patrimoine commun, tous les pays du littoral se sont réunis en 1975 à Barcelone pour élaborer un Plan de Protection de la Méditerranée, avec l’aide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).  Le “Plan d’Action pour la Méditerranée” prévoyait de mettre en place les outils nécessaires pour l’étude de la pollution et de poser les bases d’un développement durable (“Plan Bleu“).

La Méditerranée n’était pas la seule zone en danger de la planète. C’est pourquoi, en 1980, le PNUE, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles (IUCN) et le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) ont élaboré une “Stratégie Mondiale de la Conservation”, avec l’aide de nombreux organismes gouvernementaux et de protection de la nature dans une centaine de pays. Parmi les résolutions prioritaires il y avait la réservation des meilleures terres de culture à la production de denrées alimentaires, la protection des sols, la préservation des marais et la création d’un réseau mondial de zones naturelles protégées.

“C’est un type de développement qui prévoit des améliorations réelles de la qualité de la vie des hommes et en même temps conserve la vitalité et la diversité de la Terre. Le but est un développement qui soit durable. À ce jour, cette notion paraît utopique, et pourtant elle est réalisable. De plus en plus nombreux sont ceux qui sont convaincus que c’est notre seule option rationnelle.” (Stratégie mondiale de la conservation, UICN, PNUE et WWF, 1980)

En 1979, le document “Pour une politique de l’Océan Mondial” de la Fondation Cousteau énonçait les principes de la protection des océans. Il était question de régulation de la pêche industrielle, d’extraction minière sous-marine, de répartition équitable des bénéfices financiers tirés des ressources naturelles, d’interdiction de rejet de déchets toxiques et de protection du littoral.

La situation s’est-elle améliorée depuis 1981 ?

Les auteurs de l’Almanach Cousteau ne comptaient ni sur les politiciens, ni sur les industriels, mais sur l’éducation de chaque citoyen de la Terre pour l’encourager à être acteur de la préservation de son environnement. ” …Mais ce qui est nécessaire à l’existence ne change pas. Pour survivre, les humains dépendent toujours des cinq ressources fondamentales de la biosphère : l’air pur, l’eau propre, la terre, les plantes et les animaux. Les systèmes vitaux ne peuvent être recréés artificiellement, du moins sur une grande échelle… “

Force est de constater qu’aujourd’hui, malgré toutes ces bonnes résolutions et les nombreuses qui ont suivi, la biosphère n’a jamais été autant en péril. C’est ce que je dénonce dans ce blog qui fait le bilan des 35 années dernières années (1981-2016) perdues au cours desquelles nous n’avons pas particulièrement agi efficacement pour la préservation notre environnement et de la biodiversité. Les politiques n’ont pas pris la mesure de la fragilité de notre planète. Nous avons collectivement choisi, pour notre intérêt immédiat, d’exploiter intensivement les ressources naturelles, en laissant le soin aux générations futures de gérer les pénuries à venir.

Prenons simplement l’exemple de la Méditerranée, “notre mer” (mare nostrum). C’est simplement dans cette mer que les concentrations de plastiques sont les plus élevées au monde, avec 250 milliards de micro-plastiques qui flottent au gré des courants. Selon un récent rapport du Sénat, la biodiversité de la Méditerranée ne doit pas être négligée. Bien que ne représentant que 0,3% du volume des eaux océaniques, elle abrite 7 à 8% des espèces marines connues, dont 25% sont endémiques. La démographie de cette région a explosée au cours des dernières décennies, notamment avec un déploiement urbain souvent incontrôlé et le développement de mégapoles comme Le Caire, Barcelone, Marseille, Rome, Athènes, Gênes, Naples ou Alexandrie. Cette démographie pèse lourdement sur les équilibres naturels avec un flux touristique démesuré (31% du tourisme mondial pour 7% des terres émergées), une agriculture productiviste basée sur l’utilisation massive de pesticides, une surpêche industrielle mettant en danger la survie de certaines espèces (thon rouge) et favorisant la prolifération des méduses, un trafic maritime très dense, des industries déversant en amont  des déchets pour certains très toxiques, sans oublier l’exploitation pétrolière offshore…

Pourtant, l’Europe ne semble pas ménager ses efforts financiers puisque la Banque Européenne d’Investissement (BEI) a consacré 1,5 milliards d’euros de prêts à un investissement d’amélioration de l’environnement dans la zone méditerranéenne. L’un des principaux défauts, que l’on retrouve presque systématiquement dans ce genre de projet, est que la BEI n’a rien prévu pour le maintien en fonctionnement des équipements dont l’installation a été financée.

Pour assombrir encore un peu le tableau, rappelons que l’accroissement démographique dans les zones  Sud et Est de la Méditerranée va se poursuivre et que le réchauffement climatique va sans doute bouleverser encore d’avantage les équilibres naturels (diminution de la pluviométrie et des apports en eaux douces encore plus concentrées en polluants, hausse de la salinité, modification des courants marins, acidification des eaux menaçant la calcification de nombreuse espèces (mollusques, crustacés, coraux…).

Pour conclure, il est évident que nous sommes très performants pour constater les problèmes et définir les mesures à prendre, mais que nous sommes par contre archi-nuls pour agir de manière pertinente et efficace.

 

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