Manaus et l’enfer vert d’Amazonie

Déforestation en Amazonie

Déforestation en Amazonie

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 75-76

 

La forêt vierge humide amazonienne, la plus grande forêt tropicale du Monde, abrite des milliers d’espèces animales et végétales et est considérée comme le deuxième producteur d’oxygène de la planète, après le plancton des océans. En 1981 on la disait déjà menacée par la surexploitation du bois, l’exploitation minière et l’élevage.

Un rapport de 1980 de l’Académie des Sciences américaine estimait que chaque année voyait la destruction de 200 000 kilomètres carrés de forêt tropicale. A ce rythme, l’ensemble des forêts tropicales humides devait être rasées à l’horizon 2030, entrainant dans leur perte la disparition de quelques 3 millions d’espèces animales et végétales.. Or le rythme avait plutôt tendance à s’accélérer.

En 1981, 20% de l’Amazonie était déjà déboisée et deux espèces vivantes disparaissaient chaque semaine au Brésil. Certains experts prévoyaient qu’avant 1990 c’est une espèce qui devait disparaitre chaque heure. Sans parler des tribus primitives amérindiennes assimilées ou décimées par la civilisation.

En 1981, la balance commerciale du Brésil était très déficitaire à cause de l’explosion des cours de pétrole et le taux d’inflation avoisinait les 80%. Le gouvernement eut la curieuse idée de baser son économie sur l’exploitation à grande échelle de sa forêt tropicale et distribua des avantages fiscaux aux entreprises désirant investir dans cette ressource. C’était un pari dangereux quand on connait l’extrême fragilité de l’écosystème due à la pauvreté des sols.

Des organismes comme l’Instituto Nacional de Pesquisas da Amazonia (INPA) et le World Wildlife Fund (WWF) se sont battu pour obtenir du gouvernement brésilien une zone protégée de 100 kilomètres carrés au Nord de Manaus. Il fallait privilégier la protection de vastes zones ininterrompues et éviter les petits îlots clairsemés de nature sauvage qui finissent inéluctablement par se transformer en pièges pour les espèces animales trop confinées. L’Amazonie était devenue le lieu d’affrontement entre promoteurs et écologistes.

 

La situation s’est-elle améliorée depuis 1981 ?

Vous vous en doutez, la situation n’a fait qu’empirer au cours des 35 dernières années. On estime que plus de 37 millions d’hectares de forêts ont été détruits entre 1990 et 2012 (notre-planète.info). Après un ralentissement sur la dernière décennie (le déboisement en 2014 a représenté moins de 20 % de celui de 2004), le rythme de cette déforestation s’est accru récemment et 583 100 hectares de forêt ont disparu au Brésil entre juillet 2014 et juillet 2015, soit un bond de 16% (ministère brésilien de l’Environnement – 26/11/2015).

Selon une estimation de la FAO, la forêt amazonienne pourrait bien disparaitre d’ici 2150 si rien n’est fait pour endiguer la déforestation. Les conséquences pour la planète toute entière, en particulier pour l’humanité, seraient effroyables. Il est même possible que le répit soit beaucoup plus court si l’on en croit une étude parue dans la revue Science selon laquelle 42% de la forêt amazonienne pourrait avoir quasiment disparu d’ici 2020, ce qui correspond à un point de non-retour en dessous duquel les équilibres hydrologiques ne pourront subsister. La forêt finirait par se dessécher avant de disparaître.

Les conséquences sont irréversibles à notre échelle car de nombreuses espèces d’arbres endémiques des forêts primitives ont été définitivement éradiquées. Les causes sont les mêmes qu’en 1981 : expansion agricole, développement des cultures pour l’élevage industriel (soja) et la production de biocarburant (canne à sucre), exploitation du bois (bois de chauffage et charbon de bois), exploitation minière de métaux (or, étain, cuivre, nickel, manganèse, bauxite, argent).

Les conséquences de cette déforestation sont connues depuis très longtemps : perte de biodiversité, aggravation des maladies (rôle barrière naturelle), érosion des sols, diminution des ressources en eau potable (envasement des cours d’eau), augmentation du réchauffement climatique… Concernant ce dernier point, la déforestation contribuerait à hauteur de 15 % des émissions de gaz à effet de serre ; c’est plus que le secteur du transport tout entier.

Le chef Raoni

Le chef Raoni

Le gouvernement brésilien ne semble pas encore avoir pris la mesure de la catastrophe et continue de considérer la forêt amazonienne comme une ressource économique nationale, et non comme un patrimoine naturel mondial. Le reste du Monde ne fait pas non plus grand chose pour préserver la grande forêt, bien au contraire : Il faut bien nourrir le bétail et les voitures, non ? Bon, il y a bien Raoni, ce chef  de la tribu indienne des Kayapos, un homme fantastique qui n’a de cesse de se battre pour sauver la forêt amazonienne. Nous avons l’obligation de l’aider dans son combat, parce que c’est un noble combat, parce que nous le devons aux générations futures.

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