Malnutrition et développement cérébral

Malnutrition et développement cérébral

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – page 505

En 1980, 500 millions de personnes, soit un huitième de la population mondiale, soufraient de famine ou de malnutrition chronique. Outre les terribles aspects humains, la faim dans le monde posait aussi des problèmes écologiques. On savait que les réserves de nourriture n’étaient pas inépuisables, en particulier celles des océans qui étaient littéralement pillées depuis des décennies. La pêche n’est qu’une vulgaire cueillette et l’aquaculture était encore balbutiante. Les océans étaient, comme les terres arables, pollués par des substances chimiques de plus en plus nombreuses.
La malnutrition n’affectait pas seulement l’aspect physique des enfants, mais aussi leur développement cérébral. Elle créait chaque année des millions de déficients mentaux, légers ou graves, aggravant ainsi le retard de pays du “Quart-Monde” sur les nations dites “développées”. Lors de la croissance, en particulier lors de la vie fœtale et jusqu’à deux ans, le cerveau humain est extrêmement sensible aux privations de nutriments et les altérations qui en résultent peuvent laisser des traces durables à l’âge adulte.

 

Selon l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), on peut estimer en 2017 à près de 815 millions le nombre de personnes souffrant de malnutrition chronique dans le monde, en nette progression depuis 2015 (777 millions). 155 millions d’enfants de moins de 5 ans présentent un retard de croissance et 52 millions d’entre eux sont atteints de maigreur extrême. Bien entendu, ce malheur frappe essentiellement l’frique et l’Asie.
On sait aujourd’hui que la malnutrition chronique dans la première période de la vie (du deuxième trimestre de grossesse jusqu’à l’âge d’environ 2 ans) affecte la croissance et la maturation du cerveau, pouvant alors provoquer des dommages irréversibles. Au cours de cette période, jusqu’à 1 000 nouvelles connexions neuronales peuvent être créées chaque seconde, un rythme qui ne sera plus jamais égalé au cours de la vie. Le développement du cerveau est un processus infiniment complexe, qui nécessite des apports suffisants en micro et macro nutriments tels que le fer, l’iode, l’acide folique (vitamine B9), le zinc, la cobalamine (vitamine B12) et les acides gras polyinsaturés oméga-3. Les déficits cognitifs provoqués par la malnutrition se manifestent généralement par des difficultés de mémorisation, une certaine lenteur intellectuelle, des difficultés d’apprentissage à l’école (lecture, écriture, calcul), une hyperactivité… Le résultat est sans appel et le déficit de QI d’enfants ayant souffert de la faim avant l’âge de 2 ans par rapport à des enfants nourris correctement et vivant dans un environnement similaire, est de l’ordre de 5-15 points. Avoir eu faim dans les tous premiers mois de sa vie est un lourd fardeau que doivent supporter tout au long de leur existence des centaines de millions de personnes à travers le monde. Ce fardeau est parfois porté par une région, un pays tout entier, qui entrent alors dans une spirale d’échec économique.
Le phénomène ne touche pas uniquement les enfants des pays les plus pauvres d’Afrique ou d’Asie. Les enfants issus de familles à faibles revenus et qui souffrent de malnutrition sont confrontés eux aussi à de plus grandes difficultés d’apprentissage et développent plus fréquemment des troubles psychologiques et comportementaux (agressivité, anxiété). C’est en tout cas ce que révèlent différentes études scientifiques. Les plus pauvres peuvent donc avoir un QI plus faible que la moyenne, simplement s’ils ont souffert de déficits alimentaires graves avant l’âge de 2 ans. Et Il ne suffit pas, pour remédier à cette injustice, d’inscrire “Égalité” sur le fronton des mairies, de distribuer des petits déjeuners à l’école ou de mettre plus d’enseignants dans les classes.

 

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