L’uranium des Navajos

 

Colorado

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L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 28-294

Tout le monde sait qu’en Amérique du Nord les blancs l’ont emporté sur les amérindiens et qu’ils n’ont eu de cesse de les chasser de leurs terres pour les reléguer dans des “réserves”. L’ironie de l’histoire a fait que certaines de ces réserves se sont avérées riches en minerais précieux, en charbon, en pétrole ou en uranium. Les indiens détenaient en 1981 25 à 50 % de l’uranium des États-Unis, 30% du charbon et 2% du pétrole. Dès 1976 certaines tribus indiennes se sont regroupées pour défendre leurs droits (CERT : Council of Energy Resource Tribes) face aux grandes compagnies minières : participations aux bénéfices des exploitations minières, programmes de formation, recherche de financements pour la construction de complexes miniers indiens, d’usines, de centrales électriques…

Une partie de la population indienne s’est opposé à l’exploitation de terres considérées comme sacrées, jugeant que l’air pur et l’eau claire sont les biens les plus précieux. La réserve Cheyenne du Nord Montana avait ainsi renoncé à l’extraction de 23 millions de tonnes de charbon sur un territoire de plus de 200 000 hectares, malgré la pauvreté de ses habitants.

 

Qu’avons-nous fait depuis 1981 pour éviter le pire ?

Les terres indiennes des plateaux du Colorado portent encore aujourd’hui les stigmates de l’exploitation de l’uranium du siècle dernier. Si cette activité minière a été stoppée depuis la fin des années 80, les compagnies minières ont laissé en partant des nappes phréatiques et des sols contaminés, ainsi que des centaines de mines abandonnées. Cette contamination massive est responsable de nombreuses formes de cancer chez le peuple Navajo, en particulier de cancers du poumon. Le gouvernement américain a reconnu ce drame dont il a été en partie responsable et, depuis 2008, l’Agence de protection pour l’environnement (EPA) a lancé de vastes programmes d’assainissement des sols et des eaux sur les territoires exploités par les compagnies minières.

On pourrait s’imaginer que la leçon a été retenue, mais il faut toujours parier sur la cupidité de l’homme… Devant le nouvel essor de l’énergie nucléaire (le nucléaire est une source d’énergie à faible émission de gaz à effet de serre) et la montée du prix de l’uranium (qui va devenir de plus en plus rare), il est fortement question de reprendre l’exploitation de l’uranium dans les réserves indiennes du sud-ouest des États-Unis. Un jour, peut-être, toutes les eaux, tous les sols de ces territoires seront pollués. Ce serait une catastrophe d’autant plus impardonnable pour un peuple dont la civilisation était avant tout basée sur la préservation de la terre nourricière : “Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même. (discours du chef Seattle en 1854)

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