Les océans s’appauvrissent

Les océans s’appauvrissent

African memory

La crevette et la baleine

L’appauvrissement de la biodiversité continue de s’accélérer depuis le siècle dernier et de nombreuses espèces risquent de disparaitre. C’est le cas du krill, ces petits crustacés rosâtres que vous avez vu dans le film d’animation “Happy Feet” (George Miller – 2011) et qui ressemblent à des crevettes et vivent dans les eaux froides des mers polaires, parfois en énormes bancs de plusieurs centaines de tonnes. Ce sont eux Le krill, c’est avant tout un maillon essentiel de la chaine alimentaire de l’Océan Glacial Antarctique, se nourrissant d’algues microscopiques et de débris divers avant de servir lui-même de plat préféré à de nombreuses espèces de phoques, cétacés (le mot “krill”, d’origine norvégienne, signifie “nourriture à baleine”), oiseaux et poissons. Le drame, pour le krill, c’est d’être aussi une source alimentaire potentiellement intéressante pour l’homme et l’aquaculture actuellement en forte expansion. Les effets du changement climatique, en particulier la fonte des glaces polaires, risquent de porter un coup fatal au petit crustacé dont la population en Antarctique aurait largement baissée depuis la publication de l’Almanach Cousteau de l’Environnement en 1981 (de plus de 90% dans certaines zones). Même si le krill est considéré comme l’une des espèces animales les plus abondantes de la planète, il ne fera sans doute pas le poids face à l’insatiable appétit de l’homme et à son pouvoir de nuisance illimité. Ce n’est pas seulement de la survie d’une minuscule crevette rose dont il est question, mais bien de celle de tout un fragile écosystème dont elle est la véritable clé de voûte.

En plus de risquer d’être privées de repas, les baleines ont bien failli disparaitre des océans. Au IXème siècle, les Basques chassaient les baleines franches dans le Golfe de Gascogne dans de minuscules embarcations et avec de simples harpons. Au XIXème siècle, les américains ont mis en place l’industrie baleinière. Ce fut l’époque de Moby Dick. Les baleines étaient chassées pour leurs fanons (baleines de corsets) et pour leur huile (utilisée pour l’éclairage). Le pétrole, nettement moins onéreux, remplaça l’huile comme combustible d’éclairage et les corsets cessèrent d’être à la mode, ce qui provoqua un ralentissement de la chasse à la baleine. En 1864, l’invention du canon lance-harpon rendit la chasse à la baleine de nouveau rentable. Les baleines, qui n’avaient désormais plus aucune chance de s’en sortir, furent traquées dans toutes les mers du Monde. Le massacre culmina dans les années 30 pendant lesquelles on tua jusqu’à 30 000 baleines bleues en une seule saison. A la fin des années 70, les baleiniers japonais et soviétiques réalisaient 90% des prises. Un moratoire sur la chasse commerciale établi en 1986 par La Commission Baleinière Internationale (CBI) permit de sauver certaines espèces, comme les baleines à bosse. La baleine bleue d’Atlantique est cependant toujours considérée en danger par l’UICN (sa population aurait diminué de 70 à 90 % sur les trois dernières générations). La chasse scientifique est autorisée, ce qui a créé une brèche dans laquelle des baleiniers peu scrupuleux se sont engouffrés. Les autorités japonaises ont émis des permis de “recherche scientifique” autorisant à tuer chaque année plus de 1000 baleines dans l’océan Austral. Très récemment (septembre 2016), une motion du Congrès mondial de la nature de l’UICN a été votée pour condamner le massacre des baleines par le Japon sous couvert de recherches scientifiques (16000 baleines abattues). La Cour internationale de justice a par ailleurs déclaré que la chasse à la baleine n’était pas réalisée “à des fins scientifiques” par le Japon. Certains ont décidé de consacrer leur existence à la sauvegarde des baleines, comme Paul Watson, capitaine du Sea Shepherd (Berger des Mers) qu’il lança en juillet 1979 contre le baleinier pirate “Sierra” au large du Portugal. L’organisation Greenpeace avait opté pour une tactique différente, mais tout aussi téméraire, qui consistait à s’interposer, à bord de petits zodiacs, entre le canon harpon et les baleines.

Autre cétacé, le cachalot a lui aussi bien failli disparaitre. La population mondiale de cachalots, estimée à plus d’un million d’individus au début du XVIIIème, avant l’exploitation industrielle du spermaceti, a chuté des deux tiers. Le spermaceti (“blanc de baleine”) était utilisé pour les cosmétiques (rouges à lèvres), les bougies, le tannage du cuir, comme lubrifiant… Dans les années 70, il a été question d’utiliser des huiles végétales, comme celle du jujubier, mais c’est sans doute l’essor de l’industrie pétrolière qui a sauvé le cachalot. C’est ce qu’on appelle tomber de Charybde en Scylla. En 1985, la Commission Baleinière Internationale a interdit la chasse au cachalot.

Où sont passés les harengs ?

A la fin des années 70, la pêche connaissait une crise grave due à la raréfaction généralisée des poissons. Même le hareng, richesse longtemps supposée comme inépuisable, était devenu rare et son prix ne cessait de grimper. Pourtant, ce poisson avait constitué pendant tout le Moyen-Age la principale source de protéines des régions côtières de l’Europe Septentrionale. Il avait fait la fortune des villes en bordure de la Manche et de la Mer du Nord, en particulier en Hollande et au Danemark. Au XIV° siècle, la pêche au hareng aurait employé près d’un million de personnes rien qu’en Hollande et les prises étaient si abondantes qu’elles furent à l’origine de l’industrialisation de la filière. En France, le hareng a participé dès le XIX° siècle à l’essor économique de villes comme Boulogne-sur-Mer et Fécamp. En 1965, les prises s’élevaient à 1,2 million de tonnes. En 1976, elles s’étaient effondrées à 0,17 million de tonnes. Cette catastrophe était la conséquence d’une gestion déplorable des bancs  ayant conduit à une surexploitation des ressources. Les techniques de pêche de plus en plus efficaces (localisation des bancs par sonar) ne laissaient même plus le temps aux poissons de grandir et de se reproduire. Les prises n’avaient guère plus de 3 ou 4 ans, alors qu’au début du XX° siècle on pêchait encore des poissons de 15 à 20 ans. A cela s’ajoutait la pollution de plus en plus importante des fleuves des régions industrielles du Nord de l’Europe (Escaut, Meuse, Rhin, Elbe…). Après une quasi-disparition à la fin des années 70, il a fallu 20 ans pour que les stocks de harengs se reconstituent en Mer du Nord. Au niveau européen, la Politique Commune de la Pêche (PCP) est entrée en vigueur en 1983 pour gérer les stocks de poissons. Cette politique a permis de réduire la pression globale de la pêche, sans permettre cependant de reconstituer les stocks naturels. On considère que l’exploitation du hareng dans l’Atlantique Nord a atteint le plafond au-delà duquel la pérennité des stocks ne serait plus assurée. Ce plafond est remis régulièrement en question par les pêcheurs qui mettent en balance défense de l’emploi et préservation des ressources marines. La reconstruction d’un écosystème est bien plus long et difficile que sa destruction, surtout lorsque d’autres facteurs viennent s’ajouter à la pression de la pêche, comme le réchauffement climatique ou la destruction des habitats côtiers. Il serait temps de se rendre compte qu’une gestion purement comptable n’est pas compatible avec la préservation des écosystèmes.

La morue ne va pas bien non plus

L’un des poissons les plus consommés à la fin des années 70 était la morue, alors très abondante. Au XVIIIème siècle plus de 300 bateaux de pêche européens faisaient le voyage jusqu’en Atlantique Nord pour pêcher la morue près de Terre-Neuve. En 1981, ces zones de pêche autrefois si poissonneuses étaient devenues de véritables déserts marins. Les prises ont chuté drastiquement pour la morue de l’Atlantique qui est devenue, à ses dépens, le symbole de la surpêche, bien avant le thon rouge de Méditerranée.

La fin du poisson ?

L’invention de l’agriculture et de l’élevage, il y a près de dix mille ans, représenta l’une des révolutions les plus importantes de l’humanité. Aujourd’hui, le même progrès ne s’applique toujours pas aux océans et la pêche, forme de cueillette marine, est devenue industrielle.

Ce sont les poissons alimentant les populations d’Europe et d’Amérique du Nord qui virent les premiers leurs populations chuter drastiquement, ceux de la Manche, de la Mer du Nord, de la Baltique et de l’Atlantique Nord. Les prises de carrelets, de morues, de haddocks, de maquereaux, de harengs et de cabillauds ne cessèrent d’augmenter avant de s’effondrer brutalement. Sur trente zones traditionnelles de pêche, plus de vingt furent ainsi transformées en désert marin. Le même sort fut réservé au thon Albacore dans la Mer de Béring, ce qui incita les pêcheurs à se tourner vers le merlan jaune avec une telle rapacité que les prises chutèrent de 75% en moins de dix ans. La pêche à la sardine en Californie, qui connut son apogée en 1936 (675 000 tonnes) dû s’arrêter en 1962, faute de poissons. Les populations de sardines s’effondrèrent pour les mêmes raisons au large de la Bretagne, du Portugal, du Maroc, de l’Egypte… La stratégie employée, connue sous le nom de “pêche périodique”, consistait à épuiser successivement les bancs de poissons, pour y revenir lorsque leur population s’était reconstituée. Cette stratégie démontrait la totale méconnaissance des écosystèmes marins de la part des professionnels de la pêche. C’est ainsi qu’après avoir pillé les eaux de Terre-neuve, les pêcheurs s’en sont pris à l’Antarctique et ainsi de suite.

Dès les années 60, il était devenu évident que la pêche intensive menait droit à l’impasse. Pour compenser la diminution du nombre de poissons dans les océans, les sociétés de pêche pouvaient compter sur les progrès réalisés dans les techniques de détection des bancs, si bien qu’elles ne constataient pas de réduction des prises. Les bateaux-usines ultra-modernes de 90-180 mètres, essentiellement Soviétiques ou Japonais, sillonnaient les océans, ne laissant que peu de chance aux poissons de s’en sortir. Les bateaux traditionnels des pays limitrophes des zones de pêches se voyaient alors dépossédés de leurs ressources halieutiques par les bateaux usines étrangers.

La situation n’a cessé de s’aggraver au cours des 4 dernières décennies. Les chalutiers industriels ultramodernes, inconscients des enjeux écologiques, ratissent allègrement les fonds marins, ne laissant aucune chance aux poissons. Le capital naturel des océans a été grignoté à une vitesse exponentielle  et les biologistes s’alarment depuis longtemps de la dégradation des écosystèmes marins. La diminution des ressources halieutiques entrainait des querelles entre pays : “Guerre de la morue” entre Islande et Grande-Bretagne (1950-1970), “Guerre de la langouste” entre France et Brésil (1961-1963)… Equipé de technologies sophistiquées de détection des bancs, un seul navire-usine pouvait à la fin des années 70 capturer autant de poissons qu’une flotte de plus d’un millier de bateaux de pêche traditionnelle. En 1980, le volume des prises mondiales était égal à soixante-dix fois de qu’il était un siècle et demi auparavant. Ces chiffres trompeurs masquaient déjà une sinistre réalité, celle de la réduction alarmante de la population de poissons.

Plus de 82 millions de tonnes de poissons et crustacés sont pêchées aujourd’hui dans les océans, soit une nette progression par rapport à 1981 (56,8 millions de tonnes), et quatre fois plus que dans les années 50. On estime aujourd’hui que 29 % des espèces connues de poissons et crustacés sont en voie d’extinction et que 90 % de la population des grands poissons prédateurs (thon, requin, cabillaud, flétan) a déjà disparu. Les proies naturelles telles que les petits poissons, les crevettes ou les crabes se multiplient et épuisent les stocks de zooplancton dont elles se nourrissent. Le zooplancton épuisé, le phytoplancton a tout loisir de se multiplier et de former des marées vertes… et ainsi de suite. Selon la FAO en 2010, deux tiers des espèces de poissons sont surexploitées (on estime qu’une espèce s’effondre quand les prises de pêche ont diminué de 90%. Greenpeace soutient que les Aires Marines Protégées devraient couvrir environ 40% de la surface des océans pour assurer une gestion durable des ressources halieutiques de l’humanité, au lieu de 2,8 % actuellement. Les mises en garde des biologistes n’ont jamais été réellement prises en compte et certains prédisent aujourd’hui que les poissons pourraient totalement avoir disparu du globe d’ici 2050, si nous nous acharnons à surexploiter les océans (Worm et al. Impacts of Biodiversity Loss on Ocean Ecosystem Services. Science 03 Nov 2006: Vol. 314, Issue 5800, pp. 787-790).

A cette hécatombe, il faut ajouter les nombreux “dommages collatéraux” de la pêche industrielle, comme les milliers de dauphins et d’albatros tués lors de la pêche au thon dans le Pacifique ; comme toutes les espèces au sommet de la chaîne alimentaire menacées de disparition par l’épuisement des stocks de poissons dont elles se nourrissent. Et que dire du sort des baleines, dont on estimait à près de 16 000 le nombre d’individus massacrés par les baleiniers japonais dans un but scientifique. Le poisson reste un élément important de l’alimentation dans de nombreux pays, fournissant environ 40 pour cent des protéines à près des deux tiers de la population mondiale, principalement en Asie.

Il faut dire que les enjeux socio-économiques à court/moyen-terme étaient colossaux et qu’on était loin, à la fin des années 70, d’une réglementation mondiale de la pêche maritime. Par exemple, une réduction de 45% du tonnage des prises nippones aurait causé, selon le gouvernement, la perte de plus d’un demi-million d’emplois au Japon, pays qui comptait beaucoup sur la mer pour apporter les protéines nécessaires à sa population. Les Etats-Unis, pour leur part, pratiquait leur politique hégémonique habituelle en protégeant férocement leur zone d’intérêt économique des deux cent milles tout en s’octroyant le droit d’aller violer les zones réservées d’autres pays comme l’Équateur. Le Fisherman’s Protective Act de 1967 prévoyait ainsi que le Trésor rembourserait aux pêcheurs américains les amendes, les prises confisquées et les dommages subis en cas de conflit.

A la fin des années 70; l’aquaculture était aussi présentée comme une solution intéressante pour préserver les réserves maritimes. Cette activité, traditionnelle dans ce pays, permettait alors à la Chine d’occuper le rang de deuxième producteur mondial de poissons. L’aquaculture peut être considérée à la base comme une bonne idée, mais tout comme l’agriculture industrielle, l’aquaculture industrielle pratiquée aujourd’hui contribue à la destruction massive des écosystèmes. L’expansion actuelle de l’aquaculture, qui fournit près de 50 millions de tonnes de poissons, soit près de 15,6 fois plus qu’en 1981, a provoqué une explosion de la demande de krill et une intensification de la pêche industrielle minotière (espèces transformées en farines et en huiles). Près d’un tiers des poissons (21 millions de tonnes) ne sont pas destinées directement à l’alimentation humaine mais à d’autres applications, notamment à l’alimentation animale (pisciculture, volailles, porcs) sous forme de farines de poissons. Rappelons que nous vivons dans un monde où un milliard de personnes souffrent de malnutrition…

Si l’océan a souvent été considéré par la plupart des gens comme une réserve illimitée de nourriture (en plus d’être une méga-poubelle), la préservation des ressources halieutiques n’est possible que par l’ajustement de la capacité de pêche aux possibilités de prise. Les stocks de poissons et les totaux admissibles de captures (TAC) doivent être gérés en s’appuyant sur les meilleurs avis scientifiques disponibles, selon une approche volontairement alarmiste tenant compte de l’extrême fragilité des écosystèmes marins. Des biologistes se sont spécialisés dans le difficile recensement des populations de poissons pour déterminer des quotas de pêche permettant de préserver la biodiversité marine. Malheureusement, les chiffres qu’ils donnaient étaient trop souvent contestés par les pêcheurs qui mettaient en avant le fait que les prises ne diminuaient pas. Malgré tout, l’idée d’établir des règlements pour une gestion respectueuse des populations halieutiques les plus menacées basée sur des quotas commençait à être acceptée à partir des années 70. Pour reconstituer des stocks en danger, il  fallait limiter par exemple le nombre de journées de pêche autorisées dans une période définie, en fonction des données biologiques régulièrement mises à jour, mais aussi réduire la prise de juvéniles et d’espèces non commerciales. Au cours des quatre dernières décennies, différentes résolutions ont été prises au nouveau international pour tenter de garantir la pérennité des ressources marines. Les États européens se sont entendus en 1983 pour une politique commune de la pêche basée sur ce type de mesures, améliorées régulièrement tout au long des années qui suivirent, jusqu’au sommet mondial de Johannesburg (2002) au cours duquel ils s’étaient accordés sur l’objectif de reconstitution des ressources halieutiques avant 2015. Il apparait que les experts Européens aient fait preuve d’un optimisme exagéré, même si depuis 2009, l’état des stocks de certaines espèces de poissons dans les eaux Atlantiques européennes et les eaux adjacentes s’est amélioré. En 2013, 29 % des stocks d’espèces étaient considérés comme exploités à l’intérieur des limites biologiques de sécurité, 21 % étaient toujours considérés comme étant en dehors de ces limites biologiques et la situation restait inconnue pour la moitié des stocks. Le 25 septembre 2015, les États Membres de l’Organisation des Nations Unies ont adopté le “Programme de développement durable à l’horizon 2030” dont certains “objectifs de développement durable” s’appliquent directement à la pêche et à l’aquaculture.

C’est bien, mais la cupidité arrive toujours à contourner la législation. La pêche clandestine ne s’est jamais si bien portée et les tonnages de poissons hors quotas, sans valeur économique, rejetés en mer (morts ou blessés) représentent entre 30 et 50 % de la pêche. Les quantités de poissons prélevés dans les océans seraient nettement plus élevées que celles déclarées, sans doute plus de 30 millions de tonnes de plus ! (World Ocean Review).

L’augmentation de la consommation mondiale de poisson n’est pas imputable uniquement à l’explosion de la démographie humaine. En fait, l’approvisionnement de poisson par habitant n’a cessé d’augmenter depuis les années 60 (9,9 kg de poisson par personne) jusqu’aux années 80 (14,4 kg) et aujourd’hui (> 20 kg) (CERES). Si dans les années 80 la surexploitation concernait essentiellement les zones de pêche des pays développés (Atlantique-Nord et Pacifique-Nord), tous les océans du globe sont aujourd’hui concernés. Le poisson reste un élément important de l’alimentation dans de nombreux pays, fournissant environ 40 % des protéines à près des deux tiers de la population mondiale, principalement en Asie.

Flipper le dauphin transformé en chair à pâtée

Les dauphins, “amis de l’homme” depuis l’Antiquité (tuer un dauphin était considéré comme un crime vis-à-vis des Dieux), animaux sacrés pour la plupart des peuples (de la Mauritanie à Terre de Feu, de Madagascar à la Polynésie), étaient pêchés dans les années 70 pour être transformés en chair à pâtée pour les animaux (chiens, chats, cochons…). Les pêcheurs ont commencé par les massacrer parce qu’ils leur reprochaient d’être des prédateurs concurrents qui mangeaient leurs poissons (une prime leur était même versée par l’État). Quelques dauphins étaient massacrés pour être vendus à prix d’or dans les delphinariums du monde entier, mais la plupart finissaient comme “viande de baleine” dans les restaurants. Ce sont les Soviétiques et les Japonais, ceux qui possédaient les dernières grandes flottes baleinières, qui prélevaient le plus de dauphins, causant une véritable hécatombe.

Chaque année, selon une tradition vieille de 400 ans, des milliers de dauphins sont massacrés dans la petite baie de Taiji au Japon. Ce massacre inacceptable a été rendu célèbre par le documentaire “The Cove, la baie de la honte“, récompensé par un Oscar en 2010. Suite au film, la consommation de viande de dauphin fut interdite dans les cantines scolaires de la région, à cause d’un  taux de mercure beaucoup trop  élevé. Les japonais ne sont pas les seuls à aimer massacrer les dauphins. Chaque année, entre juin et octobre, des centaines de globicéphales sont massacrés, lors de leur migration le long des côtes des Îles Féroé, province autonome du Danemark entre l’Écosse et l’Islande. C’est ce qu’on appelle le Grindadrap (“Mis à mort des baleines”), une vieille tradition danoise datant du XVIème siècle. Les dauphins n’abandonnant pas leur famille pendant le massacre, il suffit de rabattre les animaux près de la côte, là où leurs bourreaux armés de couteaux les mettent à mort. Plus de 150 cétacés peuvent être tués en une seule matinée. Le plus absurde dans cette macabre histoire, c’est que la viande de globicéphale a été jugée impropre à la consommation en 2008, notamment pour les femmes enceintes et les enfants, à cause de teneurs trop élevées en métaux lourds comme le mercure. En fait, les dauphins sont massacrés uniquement pour le plaisir.

Selon Sea Shepherd, plus de 630 dauphins ont été tués et 117 capturés lors de la saison 2015-2016 (25 fois moins qu’en 2010). Au cours des six premiers mois de l’année 2017, près de 1000 dauphins ont échoués sur les plages britanniques et françaises, soit le plus haut niveau depuis 14 ans. Les chalutiers géants de la Manche seraient la principale cause de ces décès. Les petits cétacés qui se prennent dans leurs filets, se blessent et finissent par mourir d’épuisement. Le nombre de dauphins ainsi tués serait six fois plus élevé, la plupart mourant en pleine mer. 

C’est triste d’avoir survécu aux dinosaures et de finir en monture de lunette.

Apparues il y a plus de 200 millions d’années, les tortues marines sont, avec les crocodiles, les plus anciens reptiles vivant sur terre. Les occidentaux ont commencé à les massacrer en grands nombres à partir du XVIème siècle, dans toutes les régions du Monde. Les tortues vertes avaient pratiquement disparu à la fin des années 70, massacrées pour en faire des soupes de tortue. On massacrait allégrement les tortues à écaille pour leur carapace dont on faisait des montures de lunette et des bijoux. Les œufs de tortues étaient considérés dans certains pays asiatiques comme de puissants aphrodisiaques. De plus, un nombre important de tortues marines étaient piégées dans les filets des pêcheurs ou accrochées aux hameçons et périssaient noyées (elles ont besoin de respirer en surface). En 1981, les effectifs de toutes les espèces de tortues de mer avaient dangereusement décliné. Devant cette hécatombe, de nombreux pays, notamment les Etats-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud, l’Australie et le Mexique, avaient pris des mesures pour protéger les tortues, allant jusqu’à interdire la commercialisation des produits dérivés. D’autres pays par contre, comme le Pérou, le Brésil et l’Équateur, ne prenaient aucune mesure pour protéger les tortues dont la chair, les œufs et l’écaille représentaient une source importante de revenus pour les populations les plus défavorisées. La protection des animaux migrateurs n’est cependant efficace que lorsqu’elle est internationale. La protection des tortues en Guyane Française s’avérait malheureusement vaine lorsque celles-ci se faisaient massacrer sur les plages du Brésil ou de Guyane lors de leur migration. Il faut dire qu’elles ne faisaient rien pour arranger leur sort. Les tortues de Ridley de l’Atlantique avaient par exemple pris pour dangereuse habitude de pondre toutes le même jour et sur la même portion de plage de Rancho Nuevo, près de Tampico au Mexique. Les riverains n’avaient pas de mal à ramasser les œufs soi-disant aphrodisiaques (les hommes dans certains pays, même les plus machos, semblent avoir des problèmes de ce côté-là). En 1967, la naturaliste Illa Loetscher entreprit de déplacer par avion des œufs de tortues sur une plage de la réserve naturelle de Padre Island au Texas, à 640 kilomètres plus au Nord de la pouponnière naturelle de l’espèce. Le premier contact des jeunes femelles avec leur plage natale est une empreinte si inoubliable qu’elles reviennent immanquablement pondre sur cette même plage, sept ans après.  C’est ce qui arriva et la première tortue femelle Ridley sortit  des eaux pour venir pondre sur la plage de Padre island en 1974. Aujourd’hui, selon WWF, 6 des 7 espèces de tortues marines sont sur la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Aujourd’hui, les tortues marines continuent de faire face à bien d’autres menaces importantes. Chaque année, des milliers de tortues meurent noyées après avoir ingéré des sacs et autres déchets plastiques qu’elles prennent pour des méduses. La probabilité pour qu’une tortue verte ingère ce genre de déchets a quasiment doublé en 25 ans, passant de 30% en 1985 à près de 50% en 2012. Les lumières artificielles des villes et hôtels qui se sont développé le long des côtes constituent un autre grand danger pour les tortues marines. En effet, une tortue marine qui sort de l’œuf se dirige instinctivement vers la source de lumière la plus lumineuse, normalement le soleil ou la lune, pour rejoindre l’océan. Les tortues marines sont aussi menacées par les polluants chimiques, par les marées noires (comme celle de DeepWater Horizon en 2010 dans le Golfe du Mexique), par la bétonisation des zones côtières, par le tourisme de masse, par le réchauffement climatique (réduction de la surface des plages)…. sans compter des espèces toujours massacrées pour leur viande, leur carapace et leurs œufs.

La sirène a bien failli disparaître

Les lamantins et les dugongs, des mammifères marins herbivores de l’ordre des siréniens, ont inspiré la mythologie des sirènes et des tritons. Pourtant, ils n’ont pas vraiment de quoi ensorceler un marin, même si ce dernier est en mer depuis très longtemps. A la fin des années 70, les populations de lamantins et de dugongs avaient depuis longtemps décliné, chassés pour leur graisse et leur chair savoureuse. Il ne restait que 3 espèces de lamantins et une seule de dugong. La rhytine de Steller, appelée aussi “vache de mer” parce qu’il passait le plus clair de son temps à brouter les algues, devint rapidement la nourriture favorite des chasseurs de loutres de mer; il est vrai qu’il était facile de les tuer tant elles étaient lentes à se déplacer. Ce fut un tel massacre qu’en 1768 des chasseurs russes tuèrent le dernier spécimen. Bien qu’ils fussent aujourd’hui protégés, d’autres siréniens faillirent subir le même sort malheureux car le braconnage perdurait, en particulier dans les régions les plus pauvres. Les siréniens ont aussi souffert de la dégradation de leur environnement par la pollution, l’ensablement des estuaires, les filets de pêche, les hélices des bateaux…. Le lamantin est l’un des premiers animaux à avoir été inscrit sur la liste des espèces en danger. Sa population totale est estimée à 13 000 individus vivant essentiellement dans les eaux caribéennes et le long des côtes de Floride, de Colombie, du Venezuela et du Brésil. L’accroissement de cette population au cours de ces 25 dernières années, tout particulièrement en Floride, pourrait prochainement faire basculer le lamantin sur la liste des espèces simplement menacées.

Faire-part de décès : Les espèces animales éteintes

L’hécatombe

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2 Comments:

  1. Contrairement aux metaux pour lesquels nous pouvons decouvrir de nouveaux gisements (meme plus impactant pour l’environnement), la quantite de poisson dans les oceans est une estimation qui ne pourra ni doubler ni tripler par l’exploration des fonds marins. Nous ne pourrons pas decouvrir de nouveaux oceans ! Il est donc necessaire de modifier notre consommation.

    • Je partage cette analyse. Nous devons réduire notre consommation de poissons, qu’ils soient issus de la pêche ou de l’aquaculture (pour les poissons carnivores nourris aux farines de poissons).

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