Les lapins d’Australie

Les lapins d’Australie

Invasion de lapins en Australie

Invasion de lapins en Australie

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 171-172

 

Dans un précédent article nous avions évoqué le problème de la lamproie qui a envahi les Grands Lacs nord-américains. L’importation d’une espèce animale étrangère peut conduire à des résultats catastrophiques lorsque cette espèce prolifère de manière incontrôlée en l’absence de prédateurs naturels. C’est encore plus vrai lorsqu’il cela se passe sur une île.

En 1859 un agriculteur australien eut l’idée malheureuse d’importer 24 lapins d’Angleterre. Moins de six ans après ils étaient 22 millions… et 750 millions dans les années 30 ! Ces rongeurs étaient si voraces qu’ils entrèrent en compétition pour les pâturages avec les moutons dont la population fut réduite de moitié. Ce n’est qu’au début des années 50 que les envahisseurs indésirables furent enfin vaincus grâce à la myxomatose… mais pas pour longtemps car 5 ans plus tard, les lapins étaient devenus résistants. On estime qu’il en reste encore deux cent millions causant chaque année plus de 200 millions AUD$ de pertes pour les secteurs agricole et horticole.

En 1981 on recensait de nombreux autres cas d’espèces invasives :

  • L’étourneau européen (sansonnet) introduit en Amérique du Nord en 1890 et qui entrent en compétition avec les oiseaux indigènes pour les sites de nidification
  • La mangouste d’Asie introduite en Jamaïque pour tuer les rats mais qui s’attaque en réalité à beaucoup d’autres animaux, y compris les volailles
  • Le ragondin d’Amérique du Sud introduit en Europe à la fin du XIXème siècle pour sa fourrure et qui mine les berges des rivières et peut transmettre la leptospirose
  • Le kudzu d’Extrême-Orient, plante envahissante introduite en Amérique du Nord en 1876, elle recouvre toutes les surfaces et étouffe la végétation indigène
  • La jacinthe d’eau originaire d’Amazonie et qui étouffe cours d’eau et lacs
  • Le phylloxera d’Amérique du Nord qui détruisit les vignes de France dans la seconde moitié du XIXème. Le problème fut résolu en greffant des cépages français sur des plants américains racinés.
  • Le doryphore d’Amérique Centrale qui parasite la pomme de terre en France depuis le début du XXème. L’invasion est stoppée grâce à des pesticides chimiques provoquant d’importants dommages collatéraux (papillon grand Sphinx)

L’Australie n’en est pas restée là et a subi d’autres invasions d’espèces étrangères sans prédateur naturel :

  • Les dromadaires utilisés au XIXème siècle comme moyens de transport et de bat, puis abandonnés en pleine nature, sont considérés comme un véritable fléau : un million de dromadaires erre actuellement dans le désert rouge.
  • De nombreux chats et chiens errants déciment la faune indigène
  • En mai-juin 2013 des milliers de chevaux sauvages, descendants des montures utilisées autrefois dans l’armée, furent abattus dans l’outback par décision du gouvernement australien qui estimait que leur prolifération menaçait l’environnement

On comprend pourquoi l’Australie ne plaisante pas avec l’introduction d’espèces étrangères sur son sol. Tout objet suspicieux est inspecté et doit préalablement être déclaré, sous peine d’une amende de 220 AUD$.

Le problème des espèces invasives est caractéristique du décalage qui existe entre l’échelle de temps humaine et celle des équilibres de la planète, la mondialisation ne faisant qu’amplifier le phénomène. L’homme s’est aussi comporté comme une espèce invasive dans certaines circonstances historiques. Les colons européens ont décimé les civilisations amérindiennes parce qu’ils n’avaient pas de véritables prédateurs. Les indigènes d’Amérique du Nord ne pouvaient rien contre l’avantage militaire que procuraient les armes à feu, et encore moins contre les maladies importées d’Europe vis à vis desquelles ils n’étaient pas du tout immunisés. Et ce fut la même chose en Afrique du Sud, en Australie, en Nouvelle-Zélande… La seule différence avec les espèces animales invasives c’est que tous les hommes appartiennent à une même race.

 

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