Les filles du diéthylstilbestrol

Les filles du diéthylstilbestrol

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 186-187

Le scandale du Distilbène

Le scandale du Distilbène


 

Soit l’industrie pharmaceutique est incroyablement perfide, soit c’est nous qui sommes incroyablement crédules.

Le diéthylstilbestrol (DES ou Distilbène®), œstrogène de synthèse non stéroïdien découvert en 1938, fut prescrit jusqu’en 1971 aux femmes enceintes pour prévenir les avortements spontanés (fausses couches) et les accouchements prématurés. Pourtant, il n’existait aucune véritable preuve scientifique de l’efficacité de ce “médicament” dont la nature cancérigène avait été prouvée (chez l’animal) dès 1938.  Le DES fut largement prescrit dans les années 40 et 50, aussi bien chez les patientes à risque que chez les autres. Il faut dire que son prix de revient était particulièrement bas et des fabricants comme Eli Lilly ou UCB Pharma ne pouvaient laisser passer une telle aubaine. Bien entendu les patientes traitées ne furent pas informées des risques potentiels. Lorsque le DES fut enfin interdit en 1971, soit plus de 30 ans après la mise en évidence de son caractère cancérigène, 4 à 6 millions d’américains y avaient été exposés, directement ou non. Le DES a aussi été utilisé dans d’autres pays comme en France, où il a été prescrit de 1948 à 1977 sous  les  spécialités  Distilbène®  et  Stilboestrol-Borne®).

Ce sont les filles qui payèrent le prix le plus fort. La plupart d’entre elles souffrirent d’anomalies génitales. En 1971 des chercheurs mirent en évidence chez certaines d’entre elles (1,2 pour 1000 nées de mères traitées par le DES) l’augmentation anormale de l’incidence de l’adénocarcinome à cellules claires du vagin. En 1979, la relation entre DES et adénocarcinome était officiellement établie par le Ministère américain de la Santé (FDA). En 1979, le risque d’apparition d’autres pathologies chez les “filles du DES” était inconnu, de même que les répercussions sur leur descendance. On nota un accroissement de l’occurrence du cancer du sein chez les femmes traitées au DES, ainsi qu’une incidence accrue de la stérilité et du cancer des testicules chez les enfants mâles. Pire encore, le DES a été prescrit après 1979 pour supprimer les montées de lait chez les femmes n’allaitant pas ou comme agent thérapeutique lors de la ménopause.

En 2011, l’ANSM (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) déclarait que les problèmes liés à l’exposition in utero au DES restent d’actualité et que la surveillance doit se poursuivre  sur  la  génération  à  venir (enfants  de  parents  exposés in  utero). Le  diéthylstilbestrol est  encore prescrit  aujourd’hui comme traitement du cancer de la prostate.

Des dizaines de milliers de morts ne servent même pas de leçon. Les scandales de l’industrie pharmaceutique se succèdent et cette absurdité devrait se poursuivre encore un bon moment, tant les intérêts financiers sont gigantesque :

  • Médiator, un médicament totalement inefficace commercialisé par les Laboratoires Servier qui savaient depuis la  fin  des  années  60  que le principe actif (fenfluramine) provoque des  hypertensions  artérielles  pulmonaires  chez  l’animal;
  • Vioxx, commercialisé entre 1999 et 2004 par Merck qui savait depuis 2000 que cet antiinflammatoire augmente fortement le risque cardiaque;

 

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