Les faiseurs de pluie

Les faiseurs de pluie

Les faiseurs de pluie

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 188-189

 

L’homme a toujours cru pouvoir influencer le temps. Il a d’abord demandé aux Dieux, souvent avec quelques sacrifices en offrandes (Iphigénie s’en souvient), puis à partir des années 40, par des moyens nettement plus scientifiques. Il s’agissait surtout de faire pleuvoir au bon endroit et au bon moment. En 1946 furent testés les premiers ensemencements de nuages qui consistaient à y injecter de la neige carbonique ou des cristaux d’iodure d’argent. Bien que les résultats furent peu concluants, sachant que s’il n’y a pas de pluie c’est souvent parce qu’il n’y a pas de nuages, le business de faiseurs de pluies artificiels était florissant à la fin des années 70.

Même si l’ensemencement des nuages peut dans certains cas provoquer des précipitations, c’est rarement à l’endroit souhaité et l’intensité reste aléatoire. A l’époque les faiseurs de pluies étaient soit des charlatans, soit des apprentis sorciers. On sait aujourd’hui que le climat mondial répond à des lois chaotiques et qu’une perturbation même minime à un endroit de la planète peut modifier le climat à des milliers de kilomètres.

Pour pourvoir intervenir dans le processus de formation des précipitations il n’est pas question de contrer les énergies gigantesques mises en œuvre dans les systèmes météorologiques, mais simplement de rompre les équilibres métastables au sein des nuages. Aujourd’hui, pour  provoquer artificiellement des précipitations (en théorie), les nuages sont ensemencés avec des particules d’iodure d’argent (nuages à température négative) ou des sels (nuages à température positive). Ce procédé est aussi utilisé pour provoquer la chute de neige sur les stations de montagne ou pour empêcher la chute de grêle. Pourquoi l’iodure d’argent ? Tout simplement parce que la structure cristalline d’une particule d’iodure d’argent ressemble à celle de la glace. Les effets sur l’environnement sont minimes, étant données les infimes quantités utilisées.

Les faiseurs de pluies sont beaucoup sollicités aux Etats-Unis. Pourtant, il n’est pas évident que les contributions financières de la Californie, du Nevada et de l’Arizona aux projets d’ensemencement des nuages dans l’espoir d’améliorer leur approvisionnement en eau soient tout à fait rentabilisées : La sécheresse record qui, depuis quatre ans, met à mal toute l’agriculture californienne est partie pour durer.

Bien entendu, les militaires se sont rapidement intéressés aux techniques de modification de la météo. Bien entendu, c’est l’armée américaine qui a testé la première le procédé d’ensemencement des nuages contre un ennemi. C’était durant la guerre du Vietnam et le but était de rendre impraticable la piste Hô Chi Minh aux véhicules lourds nord-vietnamiens (Opération Popeye), ce qui a suscité une levée de boucliers dans le monde entier. Pour empêcher que des apprentis sorciers risquent encore de mettre à mal le climat, les Nations Unies ont alors adopté un traité interdisant la modification météorologique à grande échelle en temps de guerre (convention ENMOD. Adoptée en 1977). Plus de 70 États ont ratifié ce traité… sauf la France.

La guerre pour l’eau risque d’être aussi une guerre des nuages et les pays les plus développés vont vouloir provoquer des précipitations sur leur territoire au détriment des plus pauvres.

 

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