Les drogues et les toxicomanes

Les drogues et les toxicomanes

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 526-528

 

Le fait de pouvoir accéder à des mondes artificiels par l’intermédiaire de drogues était perçu sur l’ensemble de la planète, dès l’Antiquité, et même avant, comme un don divin. Les Sumériens prenaient de l’opium 4000 ans avant JC. et identifiaient par le même signe le pavot et la joie. Dyonisos était vénéré en Grèce pour avoir fait pousser la vigne. Au Mexique, les champignons hallucinogènes étaient considérés comme la “chair des dieux” et en Inde, le cannabis était considéré comme la nourriture des dieux. En Amérique, le tabac était déjà consommé à l’époque préhistorique. Se droguer a donc été une constante universelle de la nature humaine.

L’être humain cherche par nature à se surpasser, à s’améliorer, à s’évader vers une vie meilleure, poussé en cela par son système endogène de renforcement. En se droguant, il se surpasse rapidement, mais artificiellement, en trompant son cerveau. En se droguant, l’homme moderne retrouve d’anciennes formes d’évasion mystique, mais sans les codes culturels traditionnels de la drogue. Comme si la pollution extérieure n’était pas suffisante, l’homme choisit de dégrader volontairement son organisme.

Les effets recherchés par les consommateurs sont multiples. La consommation de drogues récréatives comme la marijuana permet de stimuler artificiellement les centres cérébraux du plaisir. La répétition de ces stimulations brouille les schémas normaux des plaisirs et des émotions et perturbe le développement de la personnalité, en particulier chez les plus jeunes. Les dépresseurs entraînent une sensation de détente, de bien-être, une perte d’inhibition (alcool, tranquillisants, somnifères opiacés….). Les stimulants entraînent un sentiment temporaire d’excitation d’assurance,  généralement suivi d’un état d’épuisement et de dépression (cocaïne, crack, amphétamines, ecstasy, GHB). Les hallucinogènes perturbent la perception de l’environnement et de la réalité (cannabis, colles et solvants, L.S.D., champignons…).

La consommation de drogues a connu un boom dans les années 60 et 70. En 1978, 10% des étudiants dans les high schools américaines disaient prendre quotidiennement de la marijuana, 7% buvaient de l’alcool, 25% fumaient, certains prenaient des amphétamines, de la cocaïne, du LSD… On connaissait bien les effets délétères des drogues sur le cerveau, qu’elles soient “dures” (morphine, cocaïne, cocaïne…) ou “douces” (tabac, marijuana…), notamment sur le cerveau, les fonctions reproductrices et les poumons.

 

Selon le rapport mondial 2017 sur les drogues du Bureau de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), environ un quart de milliard de personnes, soit un adulte sur 20, ont consommé au moins une drogue en 2015. La consommation régulière de stupéfiants continue d’avoir des effets dévastateurs sur la santé et provoque des troubles chez près de 29,5 millions de personnes (0,6% de adultes) et serait responsable de plus de 200 000 décès, dont 35-45% par surdose. Les opioïdes représentent 70% de l’impact négatif de la consommation de drogues, suivis des amphétamines. Le marché des nouvelles substances psychoactives (NPS), dont le consommateur ignore souvent la nature exacte et les risques, est restreint, mais le nombre de substances a presque doublé entre 2012 et 2015 (260 à 483). Les usagers de drogues injectables sont ceux qui s’exposent le plus à de graves conséquences sanitaires. Un consommateur de drogues injectables sur huit (1,6 million) vit avec le VIH et un sur deux (6,1 millions) avec l’hépatite C. L’hépatite C cause le plus de dommages parmi les 12 millions de personnes qui se droguent par injection dans le monde.

En 2015, le cannabis reste la drogue la plus couramment consommée à l’échelle mondiale (183 millions de consommateurs), suivie par les amphétamines. Les consommations de cannabis et de cocaïne ont tendance à augmenter en Amérique du Nord et en Europe. Les hommes consomment trois fois plus de cannabis, de cocaïne ou d’amphétamines que les femmes qui sont elles même plus susceptibles de prendre des opioïdes et des tranquillisants à des fins non thérapeutiques.

On estime que les organisations du crime organisé auraient généré 20-30% leurs revenus grâce à la vente de stupéfiants. Le Darknet joue un rôle de plus en plus important sur ce marché noir, en permettant aux consommateurs d’acheter anonymement des stupéfiants avec des crypto-monnaies comme le bitcoin. La production mondiale d’opium est en hausse, essentiellement grâce à la hausse des rendements des cultures de pavot à opium en Afghanistan. Les recettes du trafic de stupéfiants représentent près de la moitié du revenu annuel de groupes terroristes tels que les Talibans qui contrôlent jusqu’à 85% de la culture de l’opium en Afghanistan. La culture des feuilles de coca a progressé de 30% entre 2013 et 2015, principalement à cause de l’augmentation des cultures en Colombie, soutenue par l’augmentation de la consommation dans les deux plus grands marchés que sont l’Amérique du Nord et l’Europe.

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