Les dangers cachés pour le fœtus : Comment les éviter ?

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Accumulations – pages 353-355

 

Selon l’Almanach Cousteau de l’Environnement en 1981, la moitié des anomalies à la naissance auraient pu être évitées en prenant certaines précautions d’hygiène dès les premières semaines de l’embryon.

Aujourd’hui, l’origine de plus de la moitié des anomalies congénitales restent inconnue, 20-30 % sont d’origine endogène (mutations géniques ou anomalies chromosomiques) et 10% sont attribuées à des facteurs environnementaux  (infections ou pathologies maternelles, médicaments, produits chimiques, radiations…)

 

Les médicaments

Médicaments et grossesse

A la fin des années 70, la plupart des médicaments classiques d’une pharmacie familiale présentaient un danger potentiel pour l’embryon. L’aspirine, combinée avec des acides benzoïques comme ceux que l’on trouvait dans les conservateurs alimentaires, pouvaient entrainer des anomalies fœtales. La tétracycline, le valium, certains anticancéreux, antispasmodiques, anticoagulants, antithyroïdiens, des sirops contre la toux à base d’iode et même des médicaments contre l’asthme pouvaient s’avérer toxiques pour l’embryon. Les œstrogènes pouvaient provoquer des cancers précoces. Même la vitamine A pouvait se révéler dangereuse en début de grossesse. Le principal problème à l’époque était le manque d’information des futures mères… et des médecins.

Il est encore difficile aujourd’hui d’attribuer une anomalie congénitale à un médicament consommé par la mère pendant sa grossesse. Si, depuis le drame de la thalidomide (lire article “Les anomalies congénitales”), on connait le risque pour l’embryon d’une exposition à certains médicaments, des traitements thérapeutiques peuvent s’avérer indispensables à la santé de la mère. Le prescripteur est donc obligé d’évaluer correctement le bénéfice thérapeutique, au regard des risques connus (ou potentiels) pour le futur enfant, en fonction de son âge gestationnel au moment du traitement. L’une des conséquences fréquentes de cette pratique est un traitement à minima des femmes enceintes pouvant aboutir à des complications pathologiques.

Les médicaments tératogènes récents posent le problème d’un diagnostic anténatal limité, contrairement à des traitements thérapeutiques chroniques plus courants. Par exemple, le Roaccutane® (isotrétinoïne) et le Soriatane® (acitrétine), deux médicaments prescrits contre certaines formes graves de dermatoses, sont strictement incompatibles avec la grossesse et il n’existe pratiquement aucun diagnostic anténatal. Ce n’est pas le cas pour le lithium (malformation cardiaque dans 4 à 8 % des cas) ou pour certains antiépileptiques comme la Dépakine et le Tégrétol (spina bifida et myéloméningocèle dans 1 % à 2 % des cas), traitements pour lesquels des protocoles de diagnostic anténatal sont appliqués.

 

Les produits de consommation courante

Substances toxiques et grossesse

A la fin des années 70, de nombreuses teintures capillaires et des produits d’ignifugation des tissus s’étaient révélés mutagènes. Il fallait aussi absolument éviter tout produit cosmétique contenant de l’hexachlorophène (lire article “Seveso : La terreur chimique“). Il était devenu difficile d’acheter des produits exempts de composés nocifs.

Le fœtus est particulièrement vulnérable au premier trimestre de la grossesse qui correspond à la période de développement des organes. Aujourd’hui, tous les fabricants européens ont l’obligation de déterminer la dangerosité des produits chimiques qu’ils produisent (toxicité, écotoxicité, inflammabilité, explosivité…) et d’appliquer le “système général harmonisé de classification et d’étiquetage des produits chimiques” (SGH). Les substances toxiques pour la reproduction sont ainsi parfaitement identifiables par un pictogramme et par les codes H360 (“Peut nuire à la fertilité ou au fœtus”), H361 (“Susceptible de nuire à la fertilité ou au fœtus”), H362 (“Peut être nocif pour les bébés nourris au lait maternel”), H340 (“Peut induire des anomalies génétiques”), H341 (“Susceptible d’induire des anomalies génétiques”). S’il est donc conseillé aux femmes enceintes de bien lire les étiquettes sur les emballages des produits qu’elles utilisent, il leur est difficile d’éviter la pollution de l’air, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’habitation. Elles sont exposées de façon permanente, comme l’ensemble de la population, à des mélanges de substances pouvant donner lieu à des impacts sanitaires difficilement prévisibles, même à faibles doses.

 

Les aliments

Alimentation et grossesse

Certains additifs alimentaires, tels que des colorants (rouges cochenille et amarante), des conservateurs ou des émulsifiants étaient responsables d’allergie et de multiples troubles physiologiques. Il était recommandé de consommer des produits frais, plutôt que des plats fabriqués par l’industrie agroalimentaire. Et même dans ce cas, la sécurité alimentaire n’était pas garantie. La viande de veau pouvait être contaminée par des œstrogènes et des antibiotiques, des herbicides contenant de la dioxine étaient encore pulvérisés sur certaines cultures, des pesticides organochlorés étaient utilisés sur des vergers…

Il existe aujourd’hui de nombreuses études épidémiologiques démontrant un lien entre exposition prénatale aux pesticides et développement de l’enfant. Si de nombreux pesticides utilisés avant 1981 ont été retirés du marché, ils peuvent néanmoins rester présents pendant de nombreuses années dans les sols contaminés. En outre, de nombreuses substances actives n’ont pas fait l’objet d’études épidémiologiques sérieuses, ce qui ne permet pas de conclure à leur innocuité. Le moyen le plus efficace de se prémunir des aliments contaminés par des produits chimiques potentiellement toxiques est de choisir des produits issus de l’agriculture biologique. Ce n’est malheureusement pas à la portée de tout le monde, bien que des progrès aient été réalisés dans ce domaine depuis quelques années. Manger bio ne revient pas forcément plus cher, à condition de choisir en priorité des produits de saison et peu transformés.

 

L’alcool

Alcool et grossesse

Les enfants de mères alcooliques souffrent du “syndrome d’alcoolisation fœtale” et ceux qui survivent présentent des retards mentaux souvent graves et peuvent être atteints des microcéphalies ou d’autres malformations crâniennes. A la fin des années 70, il était recommandé aux femmes enceintes d’éviter toute consommation d’alcool.

La toute première observation scientifique des méfaits de l’alcool sur le fœtus, par le pédiatre Paul Lemoine (Nantes) ne date que de 1968 (. L’alcool consommé par la mère durant sa grossesse traverse aisément le placenta vers le fœtus et porte atteinte à son développement. Le cerveau et le système nerveux central, particulièrement sensibles à l’alcool, même à de très faibles doses, sont susceptibles de subir des dommages permanents. Le fœtus, qui ne possède pas le système de détoxication lui permettant de métaboliser l’alcool aussi rapidement que l’adulte, est beaucoup plus exposé que sa mère. Il n’existe aucun moyen d’inverser les dommages causés par l’exposition prénatale à l’alcool. L’alcoolisation fœtale est la première cause non génétique de handicap mental chez l’enfant. La seule solution valable pour les femmes enceintes est donc de ne pas boire d’alcool. Le syndrome d’alcoolisation fœtale toucherait chaque année en France entre 700 et 3 000 nouveau-nés (2006 – Institut de Prévention et d’Education pour la Santé). Pourtant, le message “Zéro alcool pendant la grossesse” et son pictogramme ne sont officiellement systématiques en France que depuis 2007 !

 

Le café

La caféine, que l’on retrouve dans le café, le thé et certains colas, abaisse la fécondité et accroit les risques de malformations fœtales. Il était recommandé aux futurs parents d’en éviter la consommation.

Différentes études ont mis en évidence un lien entre excès de caféine chez les femmes enceintes et risque d’anomalies congénitales. La consommation de trop de caféine chez les femmes enceintes (plus de 300 mg par jour, soit plus de trois tasses de café) augmente significativement le risque d’avortement spontané, de prématuré, de retard de développement et/ou de rythme cardiaque plus élevé du fœtus. Il est donc important pour les femmes enceintes de limiter non seulement leur consommation de café, mais aussi de thé, de cola, de boissons énergisantes et de certains médicaments (Alepsal, Aspro Caféine, Guronsan…).

 

Le tabac

Caféine, tabac et grossesse

On savait depuis longtemps qu’il était strictement déconseillé de fumer non seulement aux femmes enceintes mais aussi à leur entourage (lire article “Une simple cigarette” ). Le tabac augmente significativement les risques de fausse-couche, de poids insuffisant à la naissance, d’accouchement prématuré, de malformation fœtale et de mortalité infantile, sans compter le risque de cancer. La meilleure solution pour la santé du nouveau-né était de ne jamais commencer à fumer.

Les consommateurs de tabac ne peuvent pas ignorer aujourd’hui les effets néfastes du tabagisme sur leur santé. Poursuivre ce vice pendant la grossesse met en jeu la santé d’au moins deux personnes. On savait déjà que fumer pendant la grossesse augmente les risques de fausse-couche, d’accouchement prématuré, de développement retardé, du syndrome de la mort subite du nourrisson… Selon une méta-analyse publiée sur le site Internet d’Oxford Journals le 11 juillet 2011 (10 000 études passées en revue), on sait aussi que fumer pendant la grossesse accroît les risques pour l’enfant de naître avec une anomalie physique (malformations crâniennes, pied bot varus équin, bec de lièvre, déformation des membres, malformations cardio-vasculaires…). Pourtant, une femme enceinte sur quatre ne semble pas réaliser la gravité des risques encourus par son futur bébé et continue à fumer.

 

La marijuana

Drogues et grossesse

A la fin des années 70, la consommation de marijuana, surtout chez les adolescents, était un phénomène encore récent, moins répandu que l’alcoolisme et le tabagisme. Les effets sur la santé étaient encore mal connus, mais on connaissait déjà l’action négative de son composé actif, le tétrahydrocannabinol (THC), sur la croissance et le développement fœtal. Le professeur Gabriel Nahas avait montré que le THC affecte l’hypothalamus qui régit l’hypophyse, centre de régulation de la production des glandes endocrines. Le cannabis est donc un perturbateur endocrinien et peut entrainer des troubles de la sexualité et de la reproduction.

Le nombre de femmes consommant du cannabis est en augmentation, en particulier en France. On sait aujourd’hui que le cannabis peut altérer les fonctions cognitives de l’enfant dont la mère a fumé excessivement au cours de sa grossesse.

Au delà du cannabis, toutes les drogues (ou leurs métabolites) passent la barrière placentaires et peuvent avoir des conséquences négatives sur le déroulement de la grossesse et le développement du fœtus : cocaïne, ecstasy, LSD, champignons, amphétamines, métamphétamines, opiacés (héroïne, morphine, méthadone…). Comme dans le cas de l’alcool et du tabac, la seule façon de ne pas faire courir de risque inutile au futur bébé est de stopper toute consommation de cannabis durant la grossesse.

 

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