Les bouteilles consignées

Bouteilles consignées

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Promesses de retour – pages 302-303

Échanger des bouteilles de vin vides contre quelques sous pour aller s’acheter des bonbons, voila une chose que les français de moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, et c’est bien dommage…

La consigne consiste à faire payer à l’acheteur d’une bouteille de boisson une petite somme supplémentaire qui lui est remboursée lorsqu’il rapporte la bouteille vide au magasin. Les bouteilles sont ensuite retournées chez l’industriel qui peut les réintégrer dans leurs chaînes d’embouteillage après les avoir nettoyées. Chaque bouteille peut ainsi être réutilisée jusqu’à 50 fois environ, ce qui permet de réduire la production de bouteilles, la quantité de déchets et la fréquence du recyclage du verre.

Jusqu’aux années 60, la plupart des boissons non alcoolisées étaient vendues dans des bouteilles en verre consignées. Les industriels remplacèrent alors petit à petit ces bouteilles réutilisables par des emballages jetables en plastique ou en aluminium, ce qui s’avérait plus rentable. Le coût de gestion des bouteilles consignées, dont il existait une multitude de modèles différents, devenait de moins en moins compétitif comparé à la production d’une bouteille neuve. L’argument commercial utilisé par les industriels pour inciter les consommateurs à se tourner vers l’emballage jetable était basé sur la simplicité d’utilisation et sur la diminution du risque sanitaire (moins de risque de contamination). Le marché des emballages consignés s’effondra, au profit d’une philosophie du gaspillage et de la génération de toujours plus de déchets. Les emballages vides commencèrent à s’accumuler un peu partout, ce qui incita les écologistes à demander le retour de la consignation. Ils se heurtèrent alors au lobby de l’emballage alimentaire disposant de moyens financiers beaucoup plus conséquents que les leurs.

Depuis plus de 30 ans, le recyclage est le procédé utilisé pour  réduire la quantité de déchets en verre. Les emballages en verre, principalement des bouteilles, sont collectés via des containers mis à disposition par les collectivités. Ils sont ensuite triés, broyés (formation du calcin), mélangés avec des additifs (silice, soude, calcaire) et fondus à environ 1500°C pour être transformés en une pâte qui sert à fabriquer de nouveaux produits. La pratique du recyclage s’est accélérée à partir de 1992, lorsque l’OCDE a préconisé le principe de responsabilité élargie du producteur (REP), plus connu sous le terme de pollueur-payeur. Cette mesure responsabilise les entreprises pour la gestion des déchets générés par les produits qu’elles ont fabriqués ou commercialisés. En France, le taux de recyclage du verre est estimé à 75%.

Consignation des bouteilles

En 1976, les écologistes américains réussirent à soumettre des propositions de lois sur les emballages qui furent adoptées, après une bataille acharnée, dans neuf Etats, dont les premiers furent le Michigan et le Maine. Les industriels répliquèrent en augmentant le prix des boissons, prétextant des coûts plus élevés et des pertes d’emplois. Pepsi Cola réfuta cette analyse en démontrant que le système de consignation créait au contraire des emplois et diminuait les coûts énergétiques et le volume des déchets. Selon l’Etat de l’Oregon, le système de consigne avait permis de réduire la quantité de déchets d’emballages de 88% et d’économiser près de 353 milliards de kilocalories par an. Dans le Maine, le volume d’emballages avait chuté de 77% et les consommateurs retournaient aux commerçants 90% de leur emballage. A ce jour, onze états américains et toutes les provinces canadiennes ont adapté un programme de consignation des emballages.

Le procédé de récupération des bouteilles consignées fut pratiquement abandonné en France dans les années 1980. Il perdure cependant dans le cas des bars et des restaurants, ce qui permet de réduire chaque année la quantité de déchets d’environ 500 000 tonnes et d’économiser 75% d’énergie primaire par rapport au recyclage. En Alsace, première région brassicole de France, les bières Ancre, Fischer, Kronenbourg Alsace, Kanterbrau et Meteor sont encore aujourd’hui disponibles en bouteilles consignées. De plus en plus d’initiatives émergent en France pour réinstaurer massivement le procédé de consignation des emballages en verre qui semble la solution la plus pertinente pour répondre aux objectifs de réduction de consommation énergétique et de production de gaz à effet de serre. Le plan national de prévention des déchets 2014-2020 du ministère de l’Écologie évoque très (trop) timidement la réintroduction de la consignation.

Leergutautomat (automate pour consignes)

Leergutautomat (automate pour consignes)

D’autres pays européens à forte culture brassicole ont réussi à maintenir opérationnel le dispositif de consigne sur les bouteilles de bière. C’est le cas de la Belgique, où les brasseries se sont astucieusement accordées sur quelques standards de format de bouteilles de bière permettant une réutilisation dans toutes les brasseries du pays. En Allemagne, où le système de consigne a été généralisé depuis 2003, il est possible de rapporter dans les supermarchés ses casiers de bouteilles consignées, en verre ou en plastique. Les allemands, peuple pragmatique, ont compris que ce système n’offrait que des avantages. Au-delà de la réduction de l’impact sur le réchauffement climatique, la consignation a permis de réduire significativement la quantité d’emballages vides qui polluent les espaces publics. Le montant des sommes récupérées en échange des bouteilles vides est suffisamment élevé pour inciter les citoyens à ne pas les jeter. Encore mieux, la récupération des consignes est devenue une source de revenus pour certains citoyens des classes sociales les plus défavorisés, les « pfandsammler » (collecteurs de consignes) qui sillonnent les espaces publics pour ramasser bouteilles et cannettes vides. Pour simplifier le procédé, des automates ont été mis en place pour scanner les récipients et rémunérer les collecteurs.

La consignation des emballages, l’une des solutions pour réduire la production de déchets et la consommation d’énergie, devra être encouragée dans les politiques environnementales des différents pays. C’est ce que les écologistes préconisaient il y a plus de 35 ans.

 

Pour en savoir plus sur la consignation dans le Monde : site bottlebill.org

Lire aussi article « Des mines dans nos ordures »

 

 

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