Les bidonvilles

Les bidonvilles

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 548

Bidonville de Rio

Depuis le début du XXème siècle, des bidonvilles se sont étalés en périphérie des villes des pays du tiers-monde, comme à Calcutta, Caracas, Rio de Janeiro, Manille, Lagos, le Caire, Bogota… Ils sont en grande partie habités par des populations fuyant la misère des campagnes pour venir s’y entasser, souvent dans des abris de fortune insalubres. Les terrains inoccupés sur lesquels s’installent les bidonvilles sont souvent considérées comme impropres à la construction. C’est le cas des marécages autour de Calcutta, terrain de prédilection des moustiques et de la malaria où s’est construit un immense bidonville. C’est aussi le cas des bidonvilles construits sur les pentes abruptes des collines de Bogota ou de Rio de Janeiro, à la merci des coulées de boues consécutives aux fortes pluies. Les ruelles extrêmement étroites des bidonvilles sont un obstacle pour les secours (pompiers, ambulances, police). La forte densité de population favorise la propagation des maladies contagieuses et les épidémies y font des ravages, comme Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014.

Les premiers “migrants” commencent par monter des abris sommaires à partir de ce qu’ils trouvent sur place, cartons, vielles planches, tôles ondulées… avant de construire progressivement des habitations plus solides. Selon le bon vouloir des collectivités, les bidonvilles peuvent être alimentés en eau (généralement une arrivée pour plusieurs familles), en latrines et en électricité. Les règles générales de l’urbanisme veulent qu’on commence par viabiliser un terrain, avant d’y construire puis d’y habiter. Dans les bidonvilles, c’est exactement la démarche contraire, on habite, on construit puis on aménage. Parfois les autorités peuvent prendre l’initiative de contrôler l’installation des squatters en leur proposant des terrains pré-équipés, parfois même avec des maisons rudimentaires. Habiter un bidonville est parfois considéré comme un luxe pour les plus misérables qui doivent se contenter de vivre à même les trottoirs (lorsqu’il y en a).

L’urbanisation globalisée est la première cause de développement des bidonvilles, face monstrueuse des cités. Si au début du XXe siècle, un Terrien sur dix vivait en ville, cent ans plus tard, plus d’un sur deux est citadin et la proportion pourrait s’élever à 70 % à l’horizon 2050. Les villes engendrent deux situations antagonistes dans les pays pauvres: certains quartiers accumulent les richesses tandis que d’autres concentrent pauvreté et insalubrité. La proportion de personnes vivant dans les quartiers insalubres a tendance à diminuer depuis les années 70, grâce à l’élévation des revenus et aux politiques publiques. En 1990, 46% des urbains des pays pauvres (689 millions) vivaient dans des bidonvilles. En 2014, la proportion n’était plus que de 30%, mais l’explosion démographique était telle que 881 millions de personnes vivaient dans des bidonvilles. Les bidonvilles de onze pays accueillaient plus des trois quarts des urbains. C’était le cas notamment de la République Centre Africaine (93 %) du Soudan (92 %), du Tchad (88 %), du Mozambique de la Mauritanie (80 %”) et de Madagascar (77 %). L’Afrique est le continent laissé pour compte de la mondialisation et de l’urbanisation.En 2017, près d’un milliard de personnes vivent encore dans des bidonvilles.

Bidonville Le Samaritain à la Courneuve (2015)

Il ne faut pas croire que les bidonvilles soient l’apanage des pays pauvres. Le terme “bidonville”,  né au Maroc dans les années 30, était d’ailleurs utilisé dans les années 50 pour définir l’habitat des populations immigrées d’Espagne, du Portugal ou du Maghreb (près de 45 000 personnes). Ces premiers bidonvilles français avaient été créés à Noisy-le-Grand par l’abbé Pierre après son appel du 1er février 1954 en faveur des sans-logis. Les autorités françaises avaient décidé, à partir des années 70, d’éradiquer le phénomène de bidonvilles en construisant des logements sociaux. A la fin des années 70, la France métropolitaine ne comptait pratiquement plus de bidonville sur son territoir. Mais à partir des années 2000, l’ouverture des frontières européennes a favorisé l’arrivée de migrants venus de l’Est de l’Europe, en particulier des Roms. En France, près de 16 000 personnes vivent actuellement dans plus de 500 campements précaires (la tristement célèbre “Jungle de Calais” en faisait partie). Il ne s’agit pas à proprement parler de bidonvilles à vocation d’habitation, mais plutôt de lieux de transit précaires. Contrairement aux années 60, la politique actuelle semble surtout axée sur la destruction des camps et non pas sur l’insertion sociale de leurs occupants. Qui a parlé de progrès ?…

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