Les aliments les plus riches en pesticides et engrais chimiques

Les aliments les plus riches en pesticides et engrais chimiques

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 495-496

Les aliments les plus riches en pesticides

A la fin des années 70, près de 2,2 millions de tonnes de pesticides étaient déversés sur l’ensemble de la planète. Aujourd’hui, c’est plus de 3 millions de tonnes (la Russie ne fournit pas ses chiffres). L’OMS estimait qu’un demi-million de personnes étaient intoxiquées chaque année par des pesticides et que cinq mille en mourraient. Les pays industrialisés s’étaient dotés de lois interdisant l’utilisation des pesticides les plus toxiques, mais conservaient le droit de les vendre dans les pays en voie de développement. Ces derniers utilisaient plus de 360 000 tonnes de pesticides pour lesquels ils n’avaient pas l’expertise nécessaire pour en définir la toxicité. Ainsi en 1976, les Etats-Unis ont exporté plus de 63000 tonnes de pesticides non homologués. L’utilisation massive d’insecticides favorisait l’émergence de ravageurs résistants, ce qui provoquait en retour un accroissement des doses utilisées. Des solutions naturelles efficaces étaient pourtant connues, comme l’utilisation d’insectes prédateurs, de bactéries, de virus, de phéromones… (lire article “Régulation intégrée des insectes nuisibles“).
Aux Etats-Unis en 1976, 92% des récoltes de maïs étaient traitées aux pesticides (108 500 tonnes), de même que 90% du soja (40 400 t.), 95% du coton (37 400 t.), 48% du blé (13 600 t.), 83% du riz (4 100 t.)97% du tabac (2 100 t.), 99% de l’arachide (5 700 t.)…

Aujourd’hui, au moins la moitié des fruits et légumes que nous consommons restent contaminés par des pesticides. C’est en tout cas ce qui ressort d’une étude de la DGCCRF (Direction Générale de la Répression des Fraudes) et de l’association Générations Futures réalisée entre 2012 et 2016 sur 19 fruits et 33 légumes vendus en France. Parmi les fruits les plus pollués, 89 % des lots de raisins analysés contenaient des résidus de pesticides, de même que 88,4% des mandarines et 87,7% des cerises. Même les fruits les moins pollués, les mirabelles (34,8 %) et les kiwis (27,1 %) n’étaient pas sans reproche. Parmi les légumes étudiés, le céleri branche (86,6 %) et les endives (72,7 %) étaient les plus pollués, tandis que les choux fleurs contenaient très peu de pesticides. Selon un rapport de l’EFSA en 2014, 97,4 % des échantillons analysés étaient conformes aux teneurs maximales de résidus de pesticides autorisées dans les produits alimentaires en Europe. On pourrait croire que la situation n’est donc pas si alarmante, mais ce serait sans compter sur le phénomène d’accumulation des doses ingérées et des pesticides de nature différente.
Au niveau mondial, l’ONG Environmental Working Group (EWG) publie chaque année une étude sur la contenance en résidus de pesticides de 47 fruits et légume. Selon cette étude, les 12 fruits et légumes les plus contaminés sont : pêche, pomme, poivron, céleri, nectarine, fraises, cerises, chou frisé, laitue, raisins, carotte, poire. Consommer ces “Dirty Dozen” expose à avaler en moyenne 10 pesticides par jour (les raisins peuvent contenir les résidus de 15 pesticides différents et les pommes 13 (une pomme peut subir jusqu’à 35 traitements).
Une autre étude, publiée par l’association Pesticide Action Network PanEurope et fondée sur les données de l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Sanitaire), montre que les 18 fruits et légumes les plus pollués sont : aubergine, carotte, Laitue, chou, concombre, épinard tomate, fraise, chou-fleur, pêche, petits pois, poivre, pomme, pomme de terre, poireau, raisin.

On s’aperçoit que les fruits et légumes les plus pollués sont ceux que nous consommons le plus. Ce qui n’est pas forcément rassurant. Il ne faut pas croire qu’un simple lavage ou même un épluchage suffisent pour éliminer le risque d’ingérer des produits phytosanitaires (sans parler de la perte importante de valeur nutritionnelle). La seule solution pour un régime sans pesticides est de ne consommer que des fruits et légumes cultivés sans pesticides, avec ou sans certification Bio.

Les aliments les plus riches en engrais chimiques

Les engrais chimiques sont utilisés depuis 1860 comme supplément de l’amendement naturel (fumier, déchets organiques). Après la Seconde Guerre Mondiale, l’utilisation d’engrais synthétisés à partir de produits pétroliers a explosé et la “Révolution verte” a encouragé leur propagation à travers le monde. De nouvelles céréales hybrides programmées génétiquement pour se développer en présence de doses massives d’engrais ont été développées. Contrairement aux engrais naturels, ces produits chimiques ne permettaient pas de régénérer les sols, ce qui obligeait les agriculteurs à augmenter chaque année les doses utilisées à l’hectare.
Pour la saison 1976-1977 plus de 94,65 millions de tonnes d’engrais ont été utilisés dans le monde (données FAO). En France, la quantité par hectare était de 318 kg, en Irlande 490 kg, en Allemagne 353 kg et au Japon 431 kg, ce qui était supérieur à la moyenne mondiale (64 kg/ha). Les Etats-Unis et l’URSS en utilisaient un peu moins (respectivement 107 kg et 73 kg), mais beaucoup plus que des pays comme l’Angola ou la Tanzanie (1,1 et 4,7 kg).

En 2015, selon la Banque Mondiale, la consommation moyenne d’engrais dans le monde était de 139 kilogrammes par hectare de terres arables. Singapour (33 066,1 kg/ha), Le Qatar (7 512 kg/ha), Hongkong (2 334 kg/ha), la Malaisie (1 689 kg/ha), le Bahreïn (1 319 kg/ha), le Koweït (1 277 kg/ha) semblent croire qu’il suffit d’épandre des quantités massives d’engrais chimique pour résoudre leurs problèmes de production agricole. La consommation en France est légèrement supérieure à la moyenne mondiale, avec 169 kg d’engrais chimiques par hectare, en nette diminution par rapport à il y a 40 ans..

On connait depuis longtemps les effets néfastes d’une utilisation massive d’engrais et continue sur l’environnement et la santé. L’excédent de nutriments (nitrates et phosphates) de l’agriculture conventionnelle se retrouve irrémédiablement dans les cours d’eau, ce qui provoque une prolifération des algues et un appauvrissement de l’eau en oxygène. Cette eutrophisation bouleverse complètement les écosystèmes, allant parfois jusqu’à les détruire.

Peut-on nourrir la population mondiale en se passant de ces engrais chimiques ? De toute façon, nous n’aurons bientôt plus le choix. Comme le pétrole, le phosphate est une ressource limitée et les réserves connues ne devraient pas durer plus de 50 à 100 ans. Il faudra donc apprendre à nous en passer. Tous ceux qui pratiquent des techniques agricoles basées sur le respect des écosystèmes, comme la permaculture, savent très bien qu’il est tout à fait possible, voire conseillé, de ne pas utiliser d’intrants chimiques. Fabriquer de l’humus à partir de déchets végétaux, utiliser des plantes fixatrices de l’azote comme les légumineuses (“engrais verts”), sont des stratégies bien plus pertinentes à long terme.

(lire article “La Révolution verte“)

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One Comment:

  1. All its farm produce will likely be used as ingredients in the dishes served at its restaurant, apart from being bought under its
    private label ‘SevenHills’. http://www.chictopia.com/tychsentychsen91

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